Manteca

21 avril 2016 à 14:00

Vous le savez sûrement, pendant Séries Mania cette année, vous avez deux opportunités de découvrir une série projetée : une fois au Forum des Images, une seconde au cinéma UGC. Cuatro estaciones en La Habana est projetée ce soir pour la deuxième fois du festival, ce qui me donne l’occasion de venir à bout de ma review.

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Pour être claire, j’avais prévu d’assister à la projection de ce soir. Une co-production espagnole, cubaine et allemande ? Noël avant l’heure ! Mais toutes les personnes ayant assisté à la première projection, samedi matin, sont revenues avec beaucoup moins d’enthousiasme qu’elles n’y étaient entrées (et elles ne partageaient pas toutes mon enthousiasme initial, c’est vous dire). J’ai donc décidé de regarder Cuatro estaciones en La Habana dans la salle réservée aux accrédités en début de semaine.
J’ai bien fait : regarder le premier épisode sur un ordinateur consacré m’a évité d’être bloquée dans une salle de projection pendant deux épisodes d’affilées, sans possibilité de m’éclipser discrètement en cours de route.

Ce n’est pas que Cuatro estaciones en La Habana soit mauvaise, pourtant. C’est qu’elle est terriblement quelconque. Si on lui enlève son contexte cubain (et c’est vrai que visuellement et musicalement, le voyage est total), il ne s’agit que d’une énième enquête sur le meurtre d’une jeune femme, conduite par un flic supposément charismatique. Avant la fin de sa première heure, la série s’est déjà désintéressé de cet angle feuilletonnant, pourtant, et se passionne pour les subtilités du trafic de drogue à La Havane. Ce ne serait pas du tout agaçant, si le héros n’avait de cesse de clamer qu’il ne parvient pas à se sortir la victime de la tête.
L’hypocrisie est d’autant plus flagrante que le policier en question (ironiquement appelé Conde) est surtout obnubilé par une chose : sa rencontre fortuite avec une jeune femme rousse qui l’a totalement séduit. On le verra à plusieurs reprises penser à elle, s’absorber dans le souvenir de leur rencontre, ou bien-sûr partir à un rendez-vous galant avec elle dans une boîte de jazz. Je suis en mesure de vous assurer que si je n’arrivais pas à me sortir un meurtre violent de la tête, je n’irais pas compter fleurette dans des bars à rhum cubains après le boulot (ou à la place du boulot…).

Tout cela se fait sans grande émotion, et c’est assez gênant dans la mesure où Cuatro estaciones en La Habana a dans sa manche quelques ingrédients intéressants qu’elle n’exploite pas beaucoup. Ainsi Conde est-il en fait un romancier contrarié : lors d’une soirée de beuverie avec des copains, il nous est révélé que notre homme a toujours voulu écrire mais que la vie a fait qu’il devienne policier. C’est un axe intéressant, et j’aurais voulu que la série aborde les regrets qui en découlent, ou au contraire la façon dont finalement Conde s’est peut-être accommodé de cette réalité. On le voit brièvement écrire dans le premier épisode, mais rapidement s’arrêter (faute d’être capable de se concentrer sur autre chose que la belle rousse) : faut-il en conclure que finalement Conde n’aurait peut-être pas pu être ce qu’il aurait voulu, même sans les impératifs de la réalité ?
Et d’ailleurs cette réalité, j’aimerais que la série l’explore plus. Toujours pendant la soirée avec ses potes, Conde et ceux-ci révèlent quelques petites choses sur la vie à Cuba. On avait promis monts et merveilles à leur génération, et finalement tous se retrouvent à vivre une vie où joindre les deux bouts est un défi constant, et où la vie active n’offre aucune satisfaction. Pourquoi Cuatro estaciones en La Habana ne cherche-t-elle pas à explorer cela ? A un autre moment, Conde lâche en passant qu’il est « né trop tard » pour profiter de l’âge d’or de la culture cubaine, mais là encore cette mention rapide ne nous permet que d’effleurer cette préoccupation. J’aurais adoré que la série s’aventure dans ce propos sur une génération qui se sent prise entre deux promesses non-tenues sur l’identité cubaine.

La déception s’ajoute au rythme lent de l’épisode, et à de nombreuses facilités, notamment en termes de violence et de male gaze (les femmes de Cuatro estaciones en La Habana ne sont en fait autorisées à parler que pour nous rappeler leur désirabilité). Franchement, si vous êtes en manque de cartes postales sur Cuba, allez à la projection de ce soir. Sinon, je recommande d’aller au lit tôt : la journée de demain sera forte en rencontres et projections autrement plus mouvementées.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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