Law & Disorder

20 juillet 2016 à 20:00

Ah, Cape Town. Joyau de l’Afrique du Sud ! Sa vue imprenable depuis Table Mountain, son château en étoile, son festival de jazz, ses séries allemandes… hein, quoi ?

Hé bien oui, ami téléphage : l’Afrique du Sud est devenue une destination tellement prisée par les sociétés de production du monde entier, que de plus en plus de séries viennent s’y installer. D’ordinaire, c’est plutôt en loucedé : l’Afrique du Sud offre alors des décors (et soyons clairs : des avantages financiers) uniques, mais on persistait à prétendre que les personnages évoluaient dans un quelconque décor américain ou autre. En gros, produire une série en Afrique du Sud, pendant longtemps, ça revenait à se taper un sachet de dix pains au chocolat Leclerc tout en prétendant que vous ne dégustez que le fin du fin des pains au chocolat, confectionnés à la main par votre boulanger de quartier. Je sais pas pourquoi je prends cet exemple, personnellement je n’ai jamais mangé que des pains au chocolat de boulangerie, bien-sûr.
Mais avec Cape Town, la série, les choses sont différentes. Cette fois, la série a été expressément écrite par une scénariste allemande qui voulait que l’action se déroule en Afrique du Sud, ce que ne trahit pas simplement le titre de la série, mais aussi le roman dont celle-ci est adaptée, Feniks de l’auteur sud-africain Deon Meyer. Cape Town, c’est donc un peu plus que de l’opportunisme tel que les studios sud-africains le connaissent d’ordinaire quand des séries étrangères viennent s’installer pour tourner des épisodes. Mais ce n’est pas beaucoup plus que ça non plus.

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Cape Town se présente comme un polar assez classique, ce qui à l’heure de la vague scandinave est autant un avantage qu’un inconvénient. Au centre de l’intrigue, un personnage de flic maussade, faisant tout pour se rendre détestable ; Mat Joubert a, cependant, des circonstances atténuantes, car son épouse est morte voilà un peu plus d’un an. Sauf que Joubert n’est pas juste inconsolable, il est aussi en train de partir totalement en vrille, notamment en ce qui concerne l’alcool, et qu’il met en plus une mauvaise volonté caractérisée à collaborer avec ses collègues ou sa hiérarchie. Dans d’autres circonstances, on pourrait le lui pardonner, mais l’unité des homicides et cambriolages de la police de Cape Town vient de changer de main, et le commissaire Bart de Wit vient d’arriver en poste. L’une des premières décisions qu’il prend est de faire venir Sanctus Snook, un officier de la police nationale (les Hawks), pour faire équipe avec Mat Joubert sur les affaires à traiter, et en même temps essayer de garder un œil sur lui.
Voilà qui se passe à peu près aussi bien que vous pouvez l’imaginer. Mat Joubert ne veut pas de partenaire, Sanctus Snook ne veut pas ce partenaire, bref c’est le coup de foudre.

Pas de chance : il y a trop à faire pour s’éterniser sur l’absence d’entente entre les deux partenaires. Le premier épisode est en effet consacré à introduire deux affaires : d’une part, le meurtre d’une jeune femme découverte dans une baraque sur la plage, et d’autre part l’assassinat en plein centre ville d’un riche homme d’âge mûr dont le visage a été couvert par un masque d’Einstein. A priori les affaires ne sont pas liées, mais ce n’est que le premier épisode ; le fait qu’aucune de ces enquêtes ne trouve de conclusion à la fin du premier épisode tend également à indiquer qu’il y a sûrement anguille sous roche. La fin de l’épisode inaugural, d’ailleurs, va un peu dans ce sens.
Mais en réalité on s’en fout un peu. Cape Town ne parvient pas à nous dire pourquoi nous devrions nous intéresser au meurtre de l’homme, notamment. Quant à la jeune femme, au contraire, l’insistance sur une amie de la victime nous dévoile la moitié des enjeux avant même que Joubert et Snook ne soient sur le coup.
Quant à la dépression de Joubert, elle joue tellement sur les clichés et si peu sur une émotion véritable qu’on ne peut pas dire qu’elle remonte le niveau. Des allusions peu subtiles à ses pulsions suicidaires, jusqu’à son entretien avec la psy qu’il est obligé de consulter, il n’y a vraiment aucune tentative pour dire quelque chose d’unique sur Joubert, son deuil, ou sa colère. A se demander comment un truc qui occupe tellement de temps d’antenne peut être d’une si grande vacuité.

On va être clairs : des séries policières comme Cape Town, il en sort plusieurs dizaines par an aux quatre coins de la planète (souvent on les retrouve à Séries Mania… peut-être que cela permettra enfin à une série tournée en Afrique d’avoir sa chance au festival ?), on aurait du mal à tomber de notre chaise d’ébahissement devant ce que met en place la série dans ce premier épisode.
Mais voilà : ça n’empêche pas la série d’être léchée (esthétiquement il y a des plans incroyables de la ville, par exemple), et d’être, dans sa catégorie, assez réussie. Une catégorie qui ne brille pas par son originalité ne serait-ce que parce que ce n’est pas nécessairement le but d’un polar, après tout, où on sait pertinemment qu’il y a 99% de chances pour que le tueur en série soit intercepté. Ca fait partie des règles du jeu pour les romans, ça n’est pas très différent pour les séries. Et si les amateurs de polars décident qu’en lieu et place de la froide Scandinavie et de ses décors forestiers, ils ont envie des plages d’Afrique du Sud, je ne vois pas vraiment de raison de leur recommander d’éviter Cape Town.
Une chose est sûre en revanche : déjà que le genre policier n’est pas ma tasse de thé en général, mais là, je ne me sens pas prête à faire face à l’énorme sentiment de redite pendant plus d’un épisode.

Il n’empêche que la carte de visite de Cape Town en jette, quand même : avec sa créatrice allemande qui a bataillé pendant 5 ans pour autoproduire son projet (aucune chaîne ne l’a financé), ses équipes de production allemande et sud-africaines, son acteur principal norvégien, son autre acteur principal autrichien mais ayant fait le plus gros de sa carrière aux USA… Oh, et c’est une chaîne câblée polonaise qui a eu la première l’idée de la diffuser !
Clairement, Cape Town est ce qui se fait de mieux, en matière de télévision moderne, lorsqu’il s’agit de faire tomber les frontières. Pour ce qui est de repousser les limites du genre, par contre il faudra attendre la prochaine série internationale. Mais on ne doute pas vraiment qu’il y en aura d’autres…

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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