Entre ciel et terre

6 août 2016 à 11:57

J’ai décidé de suivre la chaleureuse recommandation faite par Mabo le mois dernier, et décidé de m’atteler à Hua Qian Gu, un wuxia diffusé l’été dernier sur la chaîne du satellite Hunan TV (et connue des amateurs anglophones sous le titre The Journey of Flower).
Mais avant de commencer, un petit point vocabulaire qui va s’avérer crucial parce que je n’en parle quasiment jamais : un wuxia est une fiction mêlant le genre historique à de l’action (essentiellement arts martiaux), afin de former une histoire épique se déroulant dans la Chine ancienne ; le wuxia place l’emphase sur la noblesse de caractère et d’âme ; on y trouve aussi bien souvent de la romance. Né dans la littérature chinoise il ya plus de 2000 ans, le wuxia s’est depuis étendu à tous les domaines du divertissement, y compris, forcément, la télévision… Je vous avais prévenu que ce serait crucial ! Vous voilà dorénavant averti quant à la nature de Hua Qian Gu.

A une nuance près : il s’agit également d’une série fantastique (chose qui n’est pas obligatoire pour un wuxia, mais très courante). Et pourtant, même avec tous ces éléments en main, je n’étais pas préparée à ma réaction face à Hua Qian Gu.

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Une étoile filante s’écrase près d’une petite maison lovée au beau milieu de la forêt. A cet instant même, une petite fille vient au monde.
Hélas pour la petite, il ne s’agissait pas vraiment d’une étoile filante, mais d’une force maléfique ; celle-ci, pourchassée par le prêtre Qing Xu, marque de son sceau le nourrisson. Elle est désormais maudite : les plantes qu’elle touche se fanent, et son sang attire toutes sortes de démons. Pire encore, sa mère meurt en couches. Fort heureusement Qing Xu offre à l’enfant une protection contre ces monstres. Laquelle durera 16 années exactement, au terme desquelles il fait jurer au père de l’enfant que le jour de son anniversaire, elle devra partir pour le mont Zu et devenir apprentie du temple qui y est logé.
Presque 16 années ont passé et Hua Qian Gu (« cent os de fleurs », apparemment) est devenue une jeune fille charmante, au cœur pur, et choyée par son père. Il est bien le seul : dans le village voisin, la famille est traitée en paria ; régulièrement les villageois semblent décidés à lyncher, voire à se débarrasser, de Hua Qian Gu (potentiellement parce que sa simple existence menace leurs récoltes, mais ce n’est pas trop explicité). Seulement voilà : à quatre jours de son anniversaire, le père de la jeune fille tombe malade. Lorsqu’elle s’aventure au village pour solliciter le médecin, elle le découvre mort dans son officine. Un démon apparaît alors qui tente de la tuer. C’est alors qu’intervient Mo Bing Xian, un inconnu qui combat le monstre ; avec l’aide de Hua Qian Gu, il parvient à gagner un peu de temps et récupérer quelques herbes médicinales chez le docteur. Malgré tous les efforts de la jeune Hua Qian Gu, hélas, son père décède dans la nuit ; pire encore, les villageois, convaincus que l’adolescente a tué le médecin, viennent brûler la maison familiale. Sans l’aide du maître Mo (pas lui, un autre), l’histoire se serait finie cette nuit-là… Après l’enterrement du père de Hua Qian Gu, Mo Bing Xian accepte de passer les trois jours qui séparent la jeune fille de son 16e anniversaire ; ensemble, ils réparent la demeure où elle a grandi. Finalement, le jour de son 16e anniversaire, Hua Qian Gu se met en route vers le mont Zu…

Ce que vous voyez dans ce résumé linéaire c’est quelque chose comme la moitié du premier épisode, mais il se passe plein de trucs autour. Notamment un petit détail : l’ami Mo n’est pas un humain. C’est une entité céleste faisant partie d’un ordre secret qui maintient la paix et la justice dans le monde des humains comme dans celui des dieux. Plus encore : Mo Bing Xian vient d’apprendre qu’il a été choisi pour devenir le prochain leader de l’ordre en question, zénith d’une vie entière passée à défendre des valeurs chevaleresques, et que ses obligations incluent de se garder de l’avarice, de la colère, et… des sentiments. Uh-oh.

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Vous l’aurez deviné, parmi toutes les choses que Hua Qian Gu met en place, la romance entre Hua Qian Gu et Mo Bing Xian en est une. Et à vrai dire, je pensais que ça m’agacerait, mais pas du tout : j’ai bien aimé la façon dont c’était amené.
Car même s’il s’agit d’une évidence totale, l’épisode prend tout de même le soin de lentement mettre en place cette relation, et les sentiments naissants de part et d’autre. Malgré sa propension à battre des cils et faire des yeux de Bambi, Hua Qian Gu ne considère pas immédiatement son sauveur comme un enjeu romantique, mais d’abord comme un ami. Ce n’est qu’en passant trois jours ensemble à reconstruire sa maison que les liens se tissent.
Qui plus est, il y a tout de suite quelque chose de très symétrique dans la façon dont ils interagissent, Hua Qian Gu luttant contre le démon aussi bien que Mo (limite mieux…), et apprenant très vite à se débrouiller seule. Vu sa situation, il serait si facile d’écrire l’héroïne comme une pauvre chose qui a besoin d’aide, mais non, on évite relativement l’écueil. Et du coup on a l’impression d’avoir affaire à un couple qui se forme véritablement, plutôt qu’à un couple écrit pour être ensemble. C’est pas toutes les romances qui peuvent se vanter de ce résultat.

Côté fantastique, il y a à prendre et à jeter dans ce premier épisode de Hua Qian Gu. L’animation du démon était lamentable (faut le voir marcher, ça pose plein de questions. Principalement : qu’est-ce que comment pourquoi ?!). Par contre en ce qui concerne l’illustration des pouvoirs magiques (notamment ceux de Mo qui peut voler), ça passe plutôt bien. Et niveau création de décors pour les exposition shots, c’est carrément la classe. Trois poids, trois mesures, donc.
Quant aux combats, ils ne sont pas hyper nombreux pour le moment, mais de toute façon les personnages se contentent de voler dans tous les sens avec un air pénétrant et en faisant voler leurs cheveux (le budget perruques des wuxia a souvent de quoi faire pâlir d’envie The Americans), donc c’est pas comme si j’était particulièrement demandeuse. Il faut cependant noter que ce que la chorégraphie n’accomplit pas dans ce premier épisode, la camera le produit pour deux : j’ai rarement vu une série filmée avec autant d’énergie ! Toujours à chercher l’angle qui fait mouche, refusant de rester en place pour un plan de plus de 10 secondes, obsédée par le désir de souligner des mouvements même imperceptibles… cette camera souffre de troubles de l’attention, mais ça me plaît !

Bah je vais vous dire un truc, en fait : c’était trop court. J’étais à fond dedans ! Je ne pensais sincèrement pas me laisser happer aussi facilement, mais les faits sont là : quand le générique de fin est apparu, je me suis relevée sur ma chaise, la surprise cédant rapidement à la déception. Déjà 45 minutes ?
Alors je sais pas si c’est l’habitude des séries japonaises et coréennes qui dans leur immense majorité sont plus longues (et que je regarde infiniment plus souvent que des séries chinoises) ou autre chose, mais franchement j’y aurais bien passé un quart d’heure supplémentaire.

Il faut dire que l’interprète du rôle-titre est d’une mignoncité sans nom, et que suivre ses tribulations est vraiment un plaisir… du moins, pourvu qu’on tienne pour acquis qu’elle est supposée incarner une image de l’innocence n’ayant rien de subtil. Il s’avère que dans le contexte de la série, ça ne revêt aucune forme de gravité : les personnages sont un peu unidimensionnels de toute façon. Mais ça s’accorde parfaitement au côté mythologique. De toute façon, quand on prend la mesure du nombre de personnages (et certains nous ont été présentés si vite !), on se rend bien compte que tout le monde ne peut pas être écrit en 3D, soyons clairs.
J’ai juste un regret, c’est que la série se sente obligée de donner dans la comédie un peu lourde pour se trouver une respiration (une scène impliquant l’héroïne se baignant dans un lac et un moine passant par là, je vous laisse deviner la suite), ça m’a un tout petit peu sorti la tête de l’ambiance. Mais pour le reste je me suis bien amusée, et j’ai hâte de voir les développements promis par les génériques de début et de fin, qui sont TRUFFÉS de spoilers, mais qui vont tellement vite qu’on n’a pas le temps de s’en offusquer.

En tous cas l’héroïne me plaît bien, les décors sont superbes, et le côté épique est galvanisant (à défaut d’être d’une originalité démentielle). Comme visionnage d’été, ça se pose là en matière de dépaysement téléphagique. Seul bémol : 50 épisodes, ça me fait un peu peur, je crains un peu les prolongations et je sais pas trop si j’aurai la patience. Ca ne m’empêchera pas de tenter le coup.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

1 commentaire

  1. mabo dit :

    Ah cool t’as testé ^^ J’aime bien parce que dans le paysage chinois ça déborde souvent partout mais là y’a des sujets et personnages intéressants, j’ai hâte de vraiment l’attaquer et voir ce qu’ils vont en faire. J’espère que ce dépaysement te divertira cet été ^^

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