Beat Story

15 août 2016 à 12:00

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La saison américaine qui va débuter est la première de ce siècle à n’inclure aucune série de la franchise CSI, ni cet automne, ni à la mi-saison. La première de notre siècle !
Le succès et la longévité des Experts ont changé la façon dont on présente le travail de la police dans les séries. Que les limiers de Las Vegas, Miami ou New York soient présents à l’antenne ou non (sans parler de ceux qui se sont engouffrés dans la brèche à leur suite), nous vivons dans un monde où la série policière a été transfigurée…

…Et nos attentes avec elle, souvent. Le format procédural, en particulier, nous a éduqués à faire attention aux preuves, ces détails précieux qui vont forcément nous dire qui est le coupable. Nous avons appris que c’est en appliquant la plus froide logique et une méthode scientifique qu’on déniche ce coupable. Parce qu’il y a un coupable, n’en doutons pas, qui d’ailleurs ne pourra que passer aux aveux lorsqu’il réalisera qu’il n’a pas d’autre choix. Nous avons appris que déterminer l’identité de ce coupable est un objectif primordial, voire même la seule chose qui compte, tant ces séries rechignent collectivement à s’intéresser à ce qui se passe au-delà de l’obtention des aveux et de l’inculpation. Bien-sûr, Les Experts n’ont pas totalement inventé tout cela (le whodunit les précède de plusieurs décennies), mais l’omniprésence de ces séries policières au détriment d’autres types a modifié notre perception.
Qu’on se rassure, les flics de la police scientifique et leurs copycats ne sont pas faits de pierre, et ils vont hocher la tête d’un air désolé devant un énième cadavre. Probablement qu’ils dispenseront quelques répliques compatissantes envers une victime. Parfois, ils auront le regard fixe et las à la fin d’un épisode, parce que le meurtre était absurde, ou le criminel pas foncièrement mauvais, ou les circonstances tragiques pour des victimes collatérales. On n’est pas des monstres. Il reste que c’est leur travail rationnel qui aura été mis en avant pendant l’essentiel de l’épisode, de la saison, de la série, et que c’est de cela que nous sommes devenus familiers.
Alors que, soyons clairs, les experts de tous poils rencontrés aux quatre coins de l’Amérique, on n’y a pas affaire tous les jours. Ils ne se pointent que dans certains cas, certainement pas pour tous les crimes, et moins encore pour les délits. La plupart des séries mettant en scène de tels personnages ne s’intéressent qu’aux meurtres (New York: Unité Spéciale étant l’une des notables exceptions ; il y a quelques années FBI: Portés Disparus en était une autre).

Si je célèbre la fin de plus d’une décennie et demie de travail policier très « cerveau gauche », focalisée sur des cas finalement très propres sur un plan judiciaire et souvent éthique, c’est parce que cette période a été très difficile pour moi qui… déteste cette déclinaison du genre. Ces enquêtes sagement bouclées en moins d’une heure m’agacent parce que, ce que j’aime le plus dans une série policière, c’est le sentiment de banalité, de proximité et d’humanité.

Mes flics de série préférés portent l’uniforme, pas un costard froissé et une cravate bon marché. Ils sont ceux qui patrouillent, ceux qui interviennent sur les petites choses du quotidien. Ce sont eux qui possèdent un point de vue unique sur la vie des anonymes qu’ils croisent, entrant dans leur vie rapidement pour bien souvent n’y plus jamais retourner, prenant brièvement le pouls de leur situation sans jamais en connaître toutes les nuances, mais en ayant réglé un conflit ou une urgence. Quoique parfois non.
Ces policiers sont ceux qui ont les mains dans le cambouis et les deux pieds dans le merde. Ceux qui savent que beaucoup de crimes ne nécessitent aucun outil high-tech, et que de toute façon, il n’y aurait pas les moyens pour déployer tout ces effets à chaque fusillade dans une rue. Ceux qui savent que lorsqu’il y a une donnée inconnue dans leur travail, cela ne signifie pas qu’il y a un mystère à résoudre. Bien souvent, cela signifie simplement qu’ils sont en danger.
Je les trouve plus intéressants à suivre, ces flics-là. Leur travail, contrairement à l’expertisation du métier telle qu’elle nous a été présentée à outrance depuis l’an 2000, est autant émotionnel qu’intellectuel. Les enjeux auxquels ils sont confrontés sont plus variés que la simple question de la culpabilité. Leurs priorités sont plus souvent les vivants que les morts. Ils se confrontent plus régulièrement aux victimes de crimes et surtout délits ordinaires. Les portraits qu’ils permettent ainsi de brosser, d’individus mais aussi de la société dans son ensemble, me semblent bien plus porteurs de sens que la recherche de la preuve irréfutable qui dira qui a tué qui et comment.

A partir d’aujourd’hui, je vous propose donc une semaine spéciale Beat Story, pour accompagner ces flics lorsqu’ils battent le pavé.
…Bon en fait, très peu d’entre eux se baladent à pied, et nous allons donc passer la plupart des prochains articles dans des voitures de patrouille, mais vous saisissez l’idée.

Tous les jours à midi et à 18h, je vous embarquerai donc à leurs côtés, pour réapprendre à nous familiariser avec ces flics. Rendons donc un peu de prestige à l’uniforme ! Je vous proposerai également des fun facts spécialement consacrés aux séries policières pendant cette semaine thématique. Et vous avez de la chance : la première de ces reviews débarque dans quelques minutes !

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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