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19 août 2016 à 18:00

BeatStory-650

Il est difficile d’évoquer Southland sans parler de son ancêtre directe, la série policière Adam-12. Hélas méconnue en France où je ne suis même pas certaine qu’elle ait été diffusée (je ne trouve trace que de passages au Québec), elle a pourtant un statut d’incontournable aux USA ; de nombreuses séries lui font référence et d’ailleurs c’est le cas de Southland, de façon directe comme indirecte, à plusieurs reprises. A noter d’ailleurs que Southland inclut des références à d’autres séries policières, y compris Car 54, Where Are You?, mais pas par rapport à l’espadon.

Le principe est simplissime : suivre les patrouilles de la voiture 12 de la police de Los Angeles, à bord de laquelle circulent Pete Malloy et le rookie qui vient d’être placé sous sa responsabilité, le jeune Jim Reed. Adam-12 se vante d’un ton réaliste (comme Dragnet dont elle est le spin-off), et d’une quête d’authenticité… vous comprenez pourquoi on en parle aujourd’hui ?

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Le point de départ d’Adam-12 est incroyablement similaire à celui de Southland ; pour le téléphage curieux qui connaîtrait la seconde, la découverte de la première revêt donc un intérêt certain. La question n’est cependant pas tant de comparer le style des deux séries, surtout que plusieurs décennies les séparent, mais plutôt ce que chacune dit de la société où circulent ses héros, et du travail accompli par eux.

A en croire le premier épisode d’Adam-12, les patrouilles dans le Los Angeles des années 60 apparaissent vite comme infiniment plus calmes. Malloy et Reed n’ont pas vraiment affaire à des gangs ultraviolents, mais plutôt à des incidents bloquant la voie de circulation (l’occasion de voir Ann Morgan Guilbert donner une hilarante performance de parfaite character actress), ou des problèmes d’ordre domestiques ; ainsi la radio va les orienter vers la maison d’un couple dont le bébé a cessé de respirer brutalement…
Mais que cette apparente quiétude ne trompe pas le spectateur moderne, car elle indique juste que la violence n’est pas quotidienne. Cela ne signifie pas qu’elle est inexistante. Malloy vient en effet de perdre son partenaire lors d’une intervention sur un vol à main armée. La mort de celui-ci a poussé Malloy à donner sa démission, et c’est en réalité sa toute dernière journée qu’il vit à bord de la voiture 12 et aux côtés du jeune Reed.

Ce n’est qu’en fin d’épisode que des tirs sont échangés dans un parc de Los Angeles, en pleine nuit. Sur les lieux, les flics expérimentés savent faire preuve de prudence. Ce n’est pas le cas de Reed qui s’enfonce dans les ténèbres à la poursuite du criminel. Le rookie est convaincu de savoir comment gérer la situation, et effectivement il en réchappe, mais cela fait réaliser à Malloy qu’en mettant son expérience à profit pour les jeunes générations de flics, il pourrait sauver des vies. Des vies de flics. Alors il reste.

Ce constat n’est pas qu’une excellente façon d’expliquer un partenariat entre deux policiers que tout oppose. C’est aussi un vif témoignage d’un thème important pour les séries mettant en scène des officiers en uniforme : leur sécurité est un point d’interrogation. Ils sont en première ligne, supposés assurer la sécurité des autres ; les seules personnes qui peuvent les protéger sont d’autres flics. En dépit du ton un peu lent de ce premier épisode, de la quasi-absence d’adrénaline (quelque chose que Southland, avec ses nombreuses scènes de course-poursuite à pied, évitera sensiblement au siècle suivant), et de l’ambiance surannée des sixties, cette douloureuse question apparaît comme intemporelle. Les détectives, enquêteurs et autres experts de la télévision policière peuvent parfois se retrouver dans une situation à risque, mais il n’est pas attendu d’eux qu’ils y soient confrontés au quotidien.
Adam-12 met cette réalité au centre de son premier épisode pour renforcer la construction de son tandem central, et ce faisant met le doigt sur quelque chose d’important dans la façon dont le système de camaraderie se crée au sein d’un service de police. Sur qui peut compter un flic lorsqu’il est dehors ? Un autre flic. La notion de partenaire repose moins sur de l’amitié qu’un besoin (certes relatif) de sécurité.

Il y a aussi un troisième personnage dans Adam-12, dont la fiabilité est au moins aussi importante, mais on lui consacrera plutôt un fun fact…

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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