Daddy’s little pitcher

25 septembre 2016 à 17:34

Des séries américaines sur le baseball, il n’y en a pas des masses (ne me vient à l’esprit que Clubhouse) ; même au Japon où pourtant c’est le sport le plus pratiqué du pays loin devant le sumo, sport national, ou les arts martiaux, on n’en compte qu’une poignée (parmi lesquelles H2, Wonderful LifeYowakutemo Katemasu ou Rookies). Pourtant le Dieu de la Téléphagie sait combien les Japonais aiment les séries sportives !
Que peut-on en conclure ? Peut-être doit-on ces lacunes télévisuelles à une explication toute simple : le baseball a une réputation de sport soporifique. Déjà que filmer un sport pour de la fiction, ce n’est pas toujours facile, mais un sport où en plus on s’endort tellement qu’il est devenu une tradition de faire une pause pendant le jeu pour que les spectateurs puissent aller s’étirer et se dégourdir les jambes…? Ce n’est pas gagné.
La solution, en réalité, est peut-être de faire une série qui se déroule dans le monde du baseball, mais qui ne fasse pas du baseball son épicentre. Bienvenue dans Pitch.

Pitch-650

Pitch s’intéresse donc à Ginny Baker, une pitcher (lanceuse) qui intègre l’équipe des San Diego Padres. Ce faisant, elle devient la première femme à jouer pour une équipe de la Major League Baseball ou MLB, la plus importante et la plus ancienne ligue de baseball américaine (il en existe d’autres, dont une strictement féminine qui a disparu dans les années 50).
La série décide donc de ne pas faire des rencontres de baseball son sujet central, mais de plutôt reporter son attention sur une révolution dans le monde de ce sport. Il faut noter que pour le moment, dans la réalité, cela ne s’est jamais produit : aucune femme pitcher n’a jamais rejoint la MLB. C’est vous dire à quel point Pitch ne propose pas franchement une idée de départ tirée par les cheveux… même en 2016. Toujours est-il que cette approche permet à Pitch de ne pas s’attarder sur les balles et les battes, au moins pour son premier épisode (le défi se représentera au fur et à mesure que la série va évoluer, n’en doutons pas), mais plutôt sur ce que cette arrivée signifie pour Ginny, son entourage, son équipe, et l’Amérique au sens large.
Du coup, maintenant, la balle de baseball est dans le camp des Japonais : j’attends un biopic sur Eri Yoshida, première pitcher féminine à intégrer une équipe de baseball masculine au Japon (à l’âge de 16 ans, en plus), avant de devenir la première femme à appartenir à une équipe professionnelle dans deux pays à la fois (Japon et USA). Allez, clairement c’est faisable.

Quand commence Pitch, tout le monde est bien conscient qu’il s’agit d’une révolution. C’est même sur cette lucidité que repose l’intensité dramatique de l’essentiel du pilote : Ginny tente de ne pas se laisser submerger par l’importance symbolique du moment (pour elle et pour d’autres), sa manager Amelia Slater s’assure que cette grande première se transforme en affaire lucrative, son nouveau coach tente de tenir son équipe malgré ses craintes de voir celle-ci déstabilisée par ce changement, et ainsi de suite.
Mais ce qui émeut le plus dans les scènes qui décrivent l’arrivée de Ginny au sein des Padres, c’est surtout la réponse publique. Partout où le regard se pose, des fans, plein. Et surtout : des fans féminines. Des petites filles, des adolescentes, des femmes adultes. Toutes semblent derrière Ginny, attendant d’elle qu’elle ouvre une porte dans laquelle s’engouffrer et/ou qu’elle matérialise tous leurs fantasmes de réussite dans un milieu exclusivement masculin. C’est évidemment une pression supplémentaire pour l’héroïne de Pitch, et l’épisode souligne bien cela. En somme, Pitch décrit l’importance des représentations, ce qui est ironique car la série elle-même, en choisissant ce thème, fait justement beaucoup pour les représentations des femmes dans le sport, quand bien même il s’agit d’une femme fictive. Il n’est pas non plus tout-à-fait anodin que Ginny soit une femme noire (les références à Jackie Robinson sont impossible à manquer dans cet épisode inaugural).

Pitch fait grand cas de la façon dont notre héroïne est perçue par d’autres femmes. Bien que celles-ci tiennent une minorité de rôles dans la série (seuls deux personnages majeurs hors Ginny), elles font systématiquement montre d’un soutien sans faille. Les encouragements que Ginny reçoit des femmes de son entourage comptent au moins autant que ceux qu’elle reçoit d’inconnues, quand bien même ces encouragements s’exprime avec un peu de tough love par moments.
Ces scènes importent d’autant plus que Pitch emploie ses (nombreux) personnages masculins pour décrire des rapports beaucoup plus ambigus : plusieurs hommes rencontrés au sein des Padres la félicitent par devant, mais la critiquent par derrière. Le « cirque médiatique » causé par son arrivée fait (discrètement) grincer des dents. Les vieux réflexes sexistes remontent (déjà) à la surface. Dans la vie de Ginny Baker, faire équipe avec des hommes ne signifie pas du tout pouvoir se reposer sur eux. Quant au premier et plus important supporter masculin de la jeune femme, son père Bill, qui l’accompagne depuis qu’elle a lancé sa toute première balle de baseball, c’est encore plus compliqué…

Ces ingrédients rendent le premier épisode de Pitch très émouvant. Peut-être parce que je suis une femme (bien que personnellement le baseball ne me fasse pas rêver du tout), j’ai eu l’impression d’être galvanisée à mon tour par le bouleversement, dans tous les sens du terme, apporté par les débuts de Ginny parmi les Padres. La série fait, il faut le dire, un travail formidable pour capturer cette excitation, et toutes ses nuances avec elle.

Le problème c’est qu’une fois cette émotion retombée, je ne sais pas quoi faire de Pitch.
Son « twist » de fin de pilote, qui n’en était pas exactement un (en tous cas certainement pas de la trempe de This is Us), ne change pas vraiment les choses, ne bouleverse pas l’histoire, n’introduit pas un évènement perturbateur. Cette révélation finale, pour émouvante qu’elle soit sur le coup, n’a donc pas vraiment vocation à avoir des conséquences pour la suite de l’intrigue, et il est permis de se demander, par conséquent, à quoi va ressembler cette intrigue sur le long terme.
Combien de difficultés la présence d’une femme au sein d’une équipe masculine peut-il y avoir ? Bon, connaissant quelques univers masculins, je ne doute pas que ce soit une manne de scénarios potentiels. Cependant je n’arrive pas à jauger de leur intérêt. Et puis il y a cette histoire de sport soporifique…? La prudence s’impose donc pour quelques épisodes encore.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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