Cache-misère

11 octobre 2016 à 19:45

Gary Hyde, un flic de la brigade des homicides, se rend avec son partenaire Nick sur une scène de crime. Ce jour-là c’est aussi l’anniversaire de son fils, et il est préoccupé par la fête d’anniversaire à laquelle sa femme insiste pour qu’il vienne dés que possible. La victime, un homme blanc totalement anodin, est retrouvé à quelques pas d’une fourgonnette avec pour seule blessure visible une entrée d’arme blanche sous la mâchoire.Bref c’est une journée assez banale, dans son genre.
Jusqu’à ce que la fourgonnette explose. Nick, qui était sur le point d’examiner le véhicule, est tué dans l’explosion ; Hyde, désemparé, réalise que son meilleur ami vient de mourir. A charge pour lui de rentrer à la maison et d’annoncer à sa femme, son fils, mais aussi à l’épouse de Nick (qui bien-sûr est enceinte) la tragique nouvelle.

Pour essayer de comprendre ce qui a pu se produire (l’explosion ne pouvait pas être accidentelle), Hyde suit la piste du premier cadavre, identifié comme étant Erik Hansen, également propriétaire du véhicule piégé. C’est en arrivant chez sa veuve que le détective réalise que les choses sont encore plus compliquées qu’il ne le croyait : il est en effet interrompu par l’irruption des forces spéciales antiterroristes de la police fédérale, dirigées par Jackie Walters. Cette femme dépeinte comme antipathique (essentiellement parce qu’elle coopère peu avec Hyde) menait également une enquête sur Erik Hansen de son côté. Nous apprenons bientôt qu’Erik Hansen était entré sur le territoire australien avec un passeport néo-zélandais, mais qu’il s’agissait d’une identité d’emprunt : Nils Madsen, de son vrai nom, était recherché dans le cadre de l’attentat de Madrid en 2004. C’est Claire McKenzie, enquêtrice pour les services d’immigration de Nouvelle-Zélande, qui est chargée de comprendre comment Madsen/Hansen s’est retrouvé en possession d’un passeport légal, et qui est dépêchée en Australie pour suivre l’enquête menée par Hyde.

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Hyde & Seek, qui vient de débuter sur les écrans australiens, a décidé de nous emmener dans un thriller sur fond de terrorisme, parce qu’il n’existe rien de plus original en ce moment dans les médias que de parler de terrorisme. Mais de toute façon, Hyde & Seek se préoccupe assez peu d’innover, et beaucoup d’enfoncer des portes ouvertes. Sa seule véritable idée intéressante, c’est ce mélange de plusieurs entités planchant toutes sur une même enquête, mais chacun avec une approche différente (Hyde parce qu’il veut imputer la mort de Nick à quelqu’un, Claire parce qu’elle enquête pour la Nouvelle-Zélande, Jackie parce que le terrorisme est sa spécialité…). Sauf que cet angle devient, très vite, dés le premier épisode, déjà très répétitif… et qu’il n’y en a pas d’autre.
Au-delà de ça, Hyde & Seek peine à enthousiasmer, parce que rien n’est prévu pour le faire. C’est très scolaire, très propre, très efficace, mais pour ces mêmes raisons, il ne ressort rien de cette première heure qui rende Hyde & Seek particulièrement mémorable. La séquence finale de son premier épisode, par exemple, devrait prendre aux tripes, inquiéter, exciter à la rigueur… mais ce n’est pas le cas puisque la série n’invite pas à s’investir dans ce qui se déroule à l’écran. Matt Nable (déjà à l’écran plus tôt cette année dans Barracuda) est l’incarnation-même des qualités et des problèmes de Hyde & Seek : il n’est pas du tout mauvais acteur, mais sa maîtrise impeccable du héros au regard sombre et à la mâchoire serrée n’accomplit rien qui n’ait déjà été fait 712 fois.

Je ne dis pas que, déjà sur le principe, j’aurais envie de me prendre de passion pour une énième série où des gentils flics doivent arrêter des méchants terroristes. C’est juste que tant qu’à faire, autant essayer de faire une série qui a de la personnalité.
Une fois de temps en temps, je ne dirais pas non à une série qui essayerait de réfléchir à son sujet pour le prendre dans un autre sens ; par exemple ce serait super si plus de séries s’intéressaient à nous raconter le terrorisme de l’intérieur (je comprends la frilosité des exécutifs, bien-sûr, mais ça m’empêche pas de la regretter), ou pourquoi pas, du point de vue des victimes. Certaines séries le font, et je vous renvoie aux fun facts que j’avais écrits en novembre dernier sur la série néerlandaise Lijn 32 ou la syrienne Al-Hawr Al-Ayn (toutes deux hélas inédites chez nous). Et ce sans même aller jusqu’à parler d’un terrorisme motivé politiquement par tout autre chose, comme le fait la finlandaise Tellus.
Je serais plus intéressée par des séries qui essayeraient de poser cette même question du terrorisme, puisqu’il est impossible d’y échapper, en de nouveaux termes.

Là, on a l’impression d’assister à une énième course contre la montre, certes se déroulant sur fond d’attentat parce qu’on peut prétendre être dans l’actualité et faire mine de répondre aux peurs des gens, mais qui, en somme, aurait aussi bien pu raconter n’importe quelle autre enquête sur n’importe quel autre crime.
En plus, Hyde & Seek fait complètement abstraction d’une donnée importante des mécanismes du terrorisme : la peur. Or le premier épisode ne parle pas du tout de peur, ni du côté des autorités, ni de la façon dont ce crime est dépeint dans les médias : l’explosion de la fourgonnette donne-t-elle lieu à une panique collective ? Est-elle au contraire présentée comme un crime « normal » voire un accident ? Y a-t-il quoi que ce soit qui indique qu’une attaque plus large est prévue, qu’un danger plus grand pèse sur l’Australie (jusque là pas mal épargnée, et tant mieux pour elle) ? Je n’arrive pas trop à voir contre quoi tout le monde court dans l’immense majorité de cet épisode, en fait. Il faut attendre la fin de celui-ci pour qu’on découvre que Hansen/Madsen possédait en fait beaucoup plus d’explosifs, et qu’il y a peut-être une cible diplomatique à la clé… sauf qu’arrivée à ce stade j’avais déjà à moitié décroché. Et puis c’est traité avec tellement peu d’intérêt par Hyde & Seek de toute façon, presque comme un prétexte, alors à quoi bon ?
Plutôt que de dédier du temps à ce genre de choses, on perd énormément de temps à regarder Hyde grommeler que Jackie Walters ne lui communique aucune info, à être déprimé (pendant que sa femme a droit à deux scènes et demies pendant lesquelles elle le réconforte, super utile), à accepter à contre-cœur l’aide de Claire McKenzie qui devient de fait sa partenaire… Tout ça est d’un chiant.

Je sais que j’ai dit ça pour plusieurs autres épisodes inauguraux cet automne, mais j’ai une fois de plus l’impression que dans l’épisode inaugural de Hyde & Seek, il n’y a rien qui dépasse. Chaque scène est tellement à sa place qu’on se croirait dans un tiroir du héros de Monk. On pourrait facilement deviner ce qui vient ensuite : ah, il vient d’y avoir une scène dans laquelle on a légèrement fait avancer l’enquête, on va donc consacrer les deux minutes suivantes à voir Hyde adopter une moue piteuse devant une photo de Nick.
Je ne prends aucun plaisir de cette façon, je ne suis ni intriguée ni émue. A quoi bon regarder une série dans ces conditions ?! J’ai juste envie que ça s’arrête. A défaut, je peux en tous cas arrêter de regarder la série et, franchement, à plein d’égards… ça va tout de suite mieux.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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