Formation pratique

29 novembre 2016 à 12:46

Vous êtes-vous déjà demandé comment on recrutait et formait un espion ? Comment s’assure-t-on qu’une personne, repérée pour ses diverses qualités souvent théoriques, a ce qu’il faut dans la pratique  pour survivre aux situations les plus extrêmes, est capable de mettre ses ressources au service de sa mission, a les réflexes nécessaires pour accomplir l’impossible ?
Attention : je ne parle pas d’un simple montage du point vue du futur agent, mais bien d’en détailler le processus du point de vue de l’organisation qui tente de trouver ses futurs espions.

A vrai dire, cela n’a pas vraiment d’importance, comment on les forme ; de l’avis de Yona Harari, de toute façon, cette formation a échoué. Les derniers agents recrutés par le Mossad ont conduit à des échecs cuisants de l’organisation, et il faut désormais tout mettre à plat. Croyant fermement à un changement radical de méthode, il décide de mettre en place un bureau spécialisé dans la formation de nouvelles recrues, le HaMidrasha ou « séminaire ». C’est également le nom de la série dont nous allons parler aujourd’hui.

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Au beau milieu de la nuit, les futurs espions que veut former Yona s’enfuient d’une soirée distinguée. Ils sont sur leur 31 mais leur moral est subitement au 36e dessous, maintenant qu’ils doivent échapper aux autorités, lancées sur leur piste sous un prétexte quelconque. Si la raison importe peu, c’est parce qu’il s’agit d’un exercice destiné à trier le bon grain de l’ivraie parmi les dizaines de personnes que le Mossad veut recruter cette année ; et ça commence d’ailleurs à marcher : en moins de 45 minutes d’exercice, une quinzaine d’apprentis espions (ou, comme Yona aime à les appeler : « une quinzaine d’abrutis ») a déjà été appréhendée, épargnant au Mossad d’investir dans leur formation qui à terme aurait révélé ce que son exercice a mis en lumière en quelques minutes. Un demi-million de shekels a ainsi été économisé, selon Yona. Pour réussir le test, les recrues doivent rester sur le terrain une douzaine d’heures sans être appréhendées, sous l’œil attentif de Yona, et de Simon, son vieil ami sorti de sa retraite pour l’aider dans cette tâche.

La brutalité de l’exercice (les espions potentiels ne sont pas équipés, pas briefés, pas soutenus de quelque façon que ce soit, et donc entièrement livrés à eux-mêmes) sème cependant le doute parmi les décideurs du Mossad, qui laissent aux côtés de Yona une figure importante de l’organisation pour garder un œil sur le HaMidrasha en la personne d’Avigail. Ce qui serait une meilleure idée… si Avigail et Yona n’étaient pas divorcés. HaMidrasha démarre le soir de la toute première expérimentation de ce type, avec l’idée implicite que si l’exercice donne des fruits, il sera prolongé : c’est le moment pour le système de tri/formation de Yona de faire ses preuves.

HaMidrasha se regarde avant tout comme une dramédie ; le ton est enlevé, les scènes courtes, l’humour omniprésent (bien qu’essentiellement dû à l’attitude des personnages, que par les situations qu’ils rencontrent). La course-poursuite de ce premier épisode s’y prête particulièrement, il faut le dire, en particulier parce que plusieurs groupes de recrues se forment et que les interactions, souvent basées sur une coopération purement circonstancielle, sont basées sur une dose non-négligeable de sarcasme. Du coup, avec ses épisodes d’une demi-heure, HaMidrasha colle plutôt bien à l’idée qu’on se fait d’une dramédie.
Le problème c’est qu’elle n’a pas vraiment le temps de faire grand’chose de plus, et que l’exposition prend toute la place dans ce premier épisode.

Le cast pléthorique n’aide pas vraiment, vu le nombre de recrues que Yona supervise. Malgré tout, s’il y a beaucoup de personnages à introduire, ce n’est pas non plus que la série fasse le choix d’aller très loin dans ces portraits, beaucoup de personnages se limitant au stéréotype sous lequel ils ont initialement été présentés : le riche, la vieille expérimentée, le froussard, la femme fatale… Ne comptez pas sur la première demi-heure pour en dire tellement plus sur eux.
Est-ce important, d’ailleurs ? Pas vraiment : sous un certain angle, HaMidrasha ambitionne surtout de proposer un divertissement rythmé, mettant ses personnages dans des situations risquées voire impossibles pour que le spectateur puisse découvrir comment chaque archétype de personnage va surmonter l’embûche. Il y a un peu l’idée sous-jacente que ces protagonistes sont accessoires, quand bien même l’essentiel de l’action repose sur eux, et que ce n’est qu’à la condition qu’ils se distinguent au fil des tests imposés par Yona qu’ils prendront de la valeur, non par le biais de character development ou d’exploration de leur psychologie, mais principalement parce qu’ils auront eu le mérite d’aller aussi loin dans le processus.
Les vrais personnages de HaMidrasha, en fait, ne sont que trois : ce sont les superviseurs qui, enfermés dans un bureau (au propre ou au figuré), surveillent ce qui se déroule à distance, sans prendre le moindre risque. Le fait que Yona et Simon soient vraisemblablement amis de longue date, ou que Yona et Avigail aient été mariés, compte beaucoup plus. Avi va d’ailleurs rappeler de nombreuses fois, au fil de ses conversations houleuses avec Yona sur le traitement des recrues, combien leur passé est lourd, par le biais d’allusions à des incidents qui nous restent flous, mais qui indiquent que ces personnages ont une histoire. Les espions que tente de former/recruter Yona, eux, n’ont pas d’histoire.

HaMidrasha est un divertissement d’espionnage avant tout ; dans le fond, il y a déjà tant de séries israéliennes qui prennent l’espionnage au sérieux, ce n’est pas nécessairement un mal. Ca se regarde vite et sans vraiment y penser. La mise en scène en rajoute un peu (en particulier dans le bureau du HaMidrasha ; il faut voir comment est introduit Yona aux spectateurs…!), mais si l’on part du principe que cela participe à l’outrance générale de la série, cela ne pose pas vraiment de problème.
Il y a quelque chose de proche du guilty pleasure, je suppose (…j’ai un problème avec le concept), qui rend HaMidrasha regardable, sympathique, appréciable, j’ai failli dire « pas maussade » ; et ce quand bien même elle n’est pas inoubliable.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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