Jul to the world !

24 décembre 2016 à 18:30

Chaque année, début décembre, je me lance dans un « point Julkalender », pour vous rappeler qu’il y a des pays où l’on fête la fin de l’année dignement sur un plan téléphagique. Rappelons en effet, pour ceux qui roupillaient dans le fond quand je l’ai expliqué (sûrement à cause du lait de poule !), que cette belle tradition télévisuelle scandinave remonte aux années 60, et que depuis lors, la Suède mais aussi le Danemark et la Norvège, et même la Finlande, proposent chaque année des séries pour les petits et/ou les grands, de façon quotidienne, afin de se préparer à célébrer Jul, qui tombe le 24 décembre. Soyez pas jaloux, vos calendriers de l’Avent ont un jour de plus que les Scandinaves, et on ne peut pas tout avoir.
Cette année hélas, je n’ai pas eu le temps lorsque ces séries ont été lancées, soit le 1er décembre. Alors, si ça ne vous ennuie pas, je vous propose qu’on en parle maintenant, histoire de malgré tout revenir sur le Julkalender (orthographe suédoise), le Julekalender (ortographe danoise et norvégienne) et le Joulukalenteri (orthographe finnoise) que les spectateurs scandinaves ont suivi cette année sur leur télévision publique. Un peu en retard, moi ? Oui. Mais quand vous allez voir toutes les séries que je vous ai apportées, vous allez me pardonner, j’en suis sûre.

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A tout seigneur, tout honneur, commençons par la Suède où cette année, le Julkalender de SVT1 se nomme Selmas Saga. Cette série fantastique se déroule à la fin du 19e siècle/début du 20e ; à cette période, des ballons dirigeables sont dépêchés pour survoler et cartographier des terres reculées. L’un de ces dirigeables est imaginé par le scientifique Efraim von Trippelhatt, qui a décidé de planer au-dessus de l’Arctique afin de confirmer l’existence du Père Noël. Un projet qui lui vaut d’être la risée de la communauté scientifique ! Selma Traskvist, âgée de 8 ans, va être embarquée dans cette étonnante aventure, qui tombe au bon moment puisque la famille Traskvist vient d’apprendre son expropriation. Si le bonhomme joufflu existe, il pourra peut-être réaliser son souhait et permettre à sa famille de conserver sa maison ?
On doit Selmas Saga aux auteurs Per Simonsson et Stefan Roos (déjà responsable du succès de Tjuvarnas Jul en 2011), qui délivrent ici une nouvelle fois une série historique. C’est un point comment avec Tusen år till Julafton l’an dernier, en quelque sorte, mais les comparaisons avec la série de décembre 2015 s’arrêtent là, car ici il n’est pas question de donner dans le pédagogique et le réaliste, mais bien dans le merveilleux et l’imaginaire.
La série a été tournée en partie dans le zoo en plein air de Skansen, qui inclut une reconstitution d’une ville du 19e siècle (Tjuvarnas Jul et certaines scènes de Tusen år till Julafton y ont déjà été filmées, d’ailleurs !), ainsi que dans le château d’Årsta et le château de Haga (des lieux d’ordinaires inaccessibles au public et vous comprendrez vite pourquoi si vous jetez un œil à votre moteur de recherche favori), et bien-sûr dans les studios de SVT, par exemple pour les scènes dans le dirigeable.

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Au Danemark, c’est vers DR qu’il faut pour l’essentiel se tourner… afin d’y trouver, chose rare, une série s’adressant plus spécifiquement aux adolescents. Den Anden Verden (« l’autre monde », semble-t-il) mêle une romance à une aventure fantastique, en suivant une jeune fille, Sara, qui se retrouve soudainement propulsée dans le monde des contes de Grimm. Ouais, y compris ses monstres. Elle est ainsi séparée brutalement de sa sœur jumelle Anna, qu’elle va tenter de retrouver tout en navigant dans cet univers étrange.
denandenverden-sofiegrabol-300Pour le producteur Andreas Hjortdal, de nombreuses histoires des frères Grimm correspondent à la transition de l’enfance à l’âge adulte, et à ce titre la série sert de métaphore sur la fin de l’adolescence. L’idée à l’origine de Den Anden Verden était de concevoir un univers qui colle aux traditions nordiques (…bien que les Grimm aient été allemands), qui puisse rivaliser en magie avec, je cite « Disney et Harry Potter » (avec une touche de Narnia et de Game of Thrones selon les interviews, on ne doute de rien). La série est signée par les plumes de Nikolaj Scherfig et Bo « Hr. » Hansen, chacun ayant à son actif une longue liste de scénarios pour la télévision danoise. On nous promet une série qui sera à l’occasion effrayante, et à ne pas montrer aux moins de 8 ans, une démarche inédite pour une série de fin d’année telle que celle-ci. A priori, Den Anden Verden est un projet extrêmement onéreux, bien que DR n’en divulgue pas les chiffres exacts ; la chaîne se contente d’indiquer que la série est plus chère que Tidsrejsen, qui était voilà deux ans la série de Julekalender la plus chère jamais produite pour la télévision publique danoise (les calculs d’apothicaires vont bon train dans la presse danoise, en tous cas). Toujours est-il que les costumes ont l’air à se damner ; et je ne résiste pas non plus à vous montrer à quoi ressemble Sofie Gråbøl dans le rôle de la reine, ci-contre, a priori similaire à celle de Blanche-Neige, puisqu’elle est décrite comme obsédée par sa beauté.
Le changement de cible, le durcissement du ton, et le cast trois étoiles ne sont pas un pur produit dur hasard, car la télévision publique danoise a un but en tête : réussir à vendre un Julekalender à l’étranger aussi bien le sont les séries destinées au public adulte (jusque là peu de séries de l’Avent se sont exportées hors de la Scandinavie ; arte vient à peine d’acquérir sa deuxième du genre). Et ça marche : DR rapporte avoir déjà des propositions.
hotelkrollepahalen-300Sur TV2, les expérimentations de fiction originale sont loin : après Juleønsket l’an passé, c’est cette fois une rediffusion que la chaîne propose avec les épisodes de Ludvig og Julemanden.
Dommage, vu que la série proposée en 2015 par TV2 avait réussi à faire de jolies audiences, mais comme vous le savez les chaînes scandinaves n’ont pas exactement des fonds illimités, et il n’a jamais été question pour TV2 d’essayer de rivaliser durablement avec la programmation de fin d’année de DR. C’est juste que cette année, ça tombe mal.
On trouve également des rediffusions sur les chaînes pour la jeunesse DR Ramasjang, qui propose les épisodes du Julekalender de 1989 Nissebanden i Grønland, et DR ULTRA, qui diffuse la série fantastique Hotel Krølle på Halen (ci-contre), dans laquelle une famille tient un hôtel loufoque où se déroulent toutes sortes de choses bizarres.
A noter que ces trois séries, oui, toutes les trois, avaient déjà été (re-)diffusées pendant le mois de décembre 2011 par diverses chaînes publiques danoises. L’impression de redite s’en trouve sûrement décuplée. Vraiment pas de bol pour les très jeunes Danois cette année.

rytterietsjul-300Pour les plus grands, il existe cependant une autre option : Rytteriets Jul, visible sur DR2 par un public plus adulte. Ce n’est pas un coup d’essai pour la chaîne : elle a déjà essayé, par le passé, de donner dans la satire, proposant des séries sur la signification de Noël pour les adultes et/ou les parents, incluant obligations familiales, incontournables disputes autour desdites obligations, et autres petites mesquineries propres aux grandes occasions qu’il faut organiser bon gré mal gré.
A travers une série de sketches quotidiens, et des personnages divers incarnés par Martin Buch et Rasmus Botoft, Rytteriets Jul revient sur la vie domestique pendant cette période, avec des portraits grinçants de familles dysfonctionnelles (le vin chaud n’aidant pas). Les épisodes d’une demi-heure mettent alors en lumière les frustrations, les déceptions, les bisbilles, les crises. Bref, un vrai Jul de carte postale !
On est clairement dans le même registre que Hjælp, det er Jul, proposée en… 2011 (c’est quoi la nostalgie pour 2011 cette année, amis Danois ?!) sur un thème similaire.

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En Norvège ça a failli être le malaise. Après avoir injecté 50 millions de couronnes dans un projet colossal qui doit s’étendre sur plusieurs années (un plan bien ambitieux, et inédit pour un Julekalender !), NRK est face à une situation un peu délicate : des associations de parents adoptifs recommandent de ne pas laisser les enfants regarder Snøfall sans supervision parentale. Oups.
Reprenons : commandée en 2012 mais longtemps tenue secrète, Snøfall promettait de rivaliser avec Harry Potter et Narnia (parce que la télévision scandinave connaît DEUX franchises littéraires) en offrant tous les 4 ans environ un nouveau volet d’une aventure fantastique. L’histoire tourne autour de Selma (mais…!!! c’est de l’espionnage industriel à ce niveau !), une petite orpheline de 9 ans qui vit désormais avec sa voisine, la vieille Ruth. Il semblerait précisément que ce point pose problème à beaucoup de parents norvégiens, mais ce n’est pas le cœur de l’histoire cependant : un jour, Selma découvre un portail magique qui l’emmène au pays des nissene, dans le village du Père Noël plus exactement, et qui découvre qu’elle est en réalité à demi-nissen ! Forte de sa nouvelle identité de lutin, elle va vivre des aventures extraordinaires avec ses amis Pil et Frida.
Fort heureusement la polémique n’a pas empêché Snøfall de trouver le succès : 1 million de spectateurs en moyenne se posent chaque jour devant leur écran. Phew !

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Enfin, petit passage par la Finlande où cette année encore, la télévision publique Yle a décidé de se passer de la série qui avait hanté… pardon, je voulais dire : meublé ses mois de décembre pendant près d’une décennie et demie, je veux parler de Tonttu Toljanteri. Alors que la série traditionnelle maintient son hiatus pour la troisième année consécutive, la chaîne finlandaise a décidé de faire appel à un univers bien connu de ces spectateurs en convoquant les elfes Sherlokkinen, Väinökkinen, Pirpana et Ylitonttu.
Mais si ! Vous savez ! Les héros du Joulukalenteri Porokuiskaajan arvoitus, en 2014 ! Eh bien les revoilà pour une nouvelle aventure intitulée Jäätävä seikkailu (ci-dessus), qui lui fait office de spin-off, et qui cette fois fait porter l’enquête sur un mystère touchant les animaux de la forêt…
Pour cette troisième année sans son Joulukalenteri fétiche, Yle a en partie misé sur l’existant, mais la chaîne publique a aussi innové en proposant un spin-off à son spin-off : chaque jour, sur le site video de la chaîne, des vignettes inédites appelées Sherlokkisen Joulukalenteri ont été mises à disposition des petits et des grands.

Toutes ces séries, bien-sûr, s’éteignent aujourd’hui sur les écrans scandinaves, comme c’est la tradition… sauf, bien-sûr, Snøfall, qui devrait devient la première série de type Julkalender à être planifiée sur plusieurs saisons, et assurée d’un retour le jour-même de sa fin de saison. Les temps changent, amis téléphages. Joyeux Jul quand même !

par

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

2 commentaires

  1. mabo dit :

    T’as une belle production d’articles en ce moment c’est cool !
    Juste pour te dire que t’as une coquille dans la première partie du post (« des lieux d’ordinaires inaccessibles au public et vous comprendrez… » vite !)
    Joyeux Jul :p

    • ladyteruki dit :

      Aha XD Wow, je savais que Noël me faisait de l’effet, mais Jul c’est bien la première fois. Merci de m’avoir aidée à corriger ce « b » malencontreux !
      Pour les articles, en fait je suis en train de faire du tri dans mes brouillons inachevés de 2016 histoire d’en laisser le moins possible derrière moi quand commencera la nouvelle année. J’en ai encore plus d’une centaine en travaux, mais je ne pense pas que j’aurai fini d’ici le 31 hélas ! Il faudra faire des choix !

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