Osez, Josephine

17 février 2017 à 14:01

Rien ne ressemble tant à un legal drama « feelgood » qu’un autre legal drama « feelgood ». Je crois que de tous les genres télévisuels, la série juridique est sûrement celle qui pâtit le plus de ce choix de tonalité, qui découle directement d’une envie de plaire au plus grand nombre possible en gommant tout ce qui peut être négatif… or, il s’avère que le négatif, c’est précisément ce qui constitue le fond de commerce des avocats, à plus forte raison si ce ne sont pas des avocats d’affaires.
Newton’s Law, qui a commencé la semaine dernière en Australie, s’embourbe précisément dans ce choix contradictoire en essayant de présenter une avocate optimiste, bosseuse et opiniâtre… tout en lui confiant l’intrigue la plus gentillette qui soit. C’est dommage parce qu’avec juste un peu plus de cran, Newton’s Law aurait pu se distinguer parmi les nombreux legal dramas de la planète, à sa façon, grâce à une spécificité que franchement je n’avais jamais vue dans une série jusque là.

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Josephine Newton est une « solicitor », un terme qui en Australie semble recouvrir l’exercice du droit en libéral sur des affaires de moindre importance (au passage on voit bien les limites d’une culture télévisuelle dominée par les legal dramas étasuniens : il me manque certaines références pour comprendre les subtilités du système judiciaire australien). Elle possède un petit cabinet dans une banlieue pas spécialement chic, dont elle partage la responsabilité avec une partenaire, Helena Chatterjee ; ils ont également un stagiaire/employé/homme de main, Johnny, qui travaille pour elles à titre gracieux en remboursement d’une dette sur laquelle le premier épisode s’étend peu. Leur petite affaire survit péniblement quand se produit LA tuile : un client mécontent de l’issue d’un procès pour incendie volontaire… incendie volontairement son cabinet à titre de vengeance.
Fort heureusement, le jour-même de la catastrophe, Josephine a croisé une ancienne connaissance, Lewis Hughes, qui en pince pour elle depuis la fac de droit. Lewis Hughes est « barrister », c’est-à-dire qu’il pratique son métier d’avocat au plus haut niveau : le barrister est le type d’avocat qui plaide devant une cour, notamment. Or, un bureau vient de se libérer là où il travaille, et il poursuit assidûment Josephine afin qu’elle accepte de devenir barrister à son tour. L’incendie précipite sa décision, sans nul doute, et voilà maître Newton prête à commencer un nouveau travail dans un nouvel environnement…

Le premier épisode se déroule de façon à mélanger cette exposition, qui inclut des informations précieuses quant à la vie de Josephine Newton (elle est en pleine séparation d’avec son mari, par exemple), tout en abordant une première affaire directement liée à l’arrivée de Josephine auprès de Lewis Hughes. Le bureau qui vient de se libérer l’est en effet parce que le barrister précédent a trouvé la mort sur le toit de l’immeuble de bureaux ! S’agit-il d’un meurtre, comme le laisse penser la scène d’ouverture ? D’un suicide ? D’un accident ? A charge pour Josephine de le découvrir, et surtout, de le faire valider par le juge.

Vous le voyez, rien que de très prévisible dans ce premier épisode qui, sur le papier, coche à peu près toutes les cases de la dramédie légale classique telle qu’on la connaît depuis au moins Ally McBeal (collègues hauts en couleur, enjeux amoureux, affaires un peu tirées par les cheveux…). Claudia Karvan endosse un personnage plutôt sympathique, avec une certaine assurance et une certaine résilience qui font plaisir à voir étant donné les situations auxquelles elle est confrontée, mais rien de révolutionnaire n’est au programme.

A une nuance près, et je pense qu’elle peut faire tout le sel de Newton’s Law si elle cesse d’être placée autant en retrait dans les épisodes suivants : Josephine a peut-être changé de boulot, de statut, de tout… mais elle reste une amie loyale. Elle va installer Helena Chatterjee et Johnny dans un bureau en bas de l’immeuble-même où elle a commencé sa nouvelle vie, encourageant Helena (très insécure) et Johnny (un grand gamin) à voler de leurs propres ailes. Cet aspect, totalement fidèle à l’esprit positif et léger de la série, est particulièrement chaleureux, mais aussi unique. En choisissant de donner à son héroïne une nouvelle vie, mais en ne la forçant pas à se débarrasser de l’ancienne, Newton’s Law se propose de jouer sur des émotions peu explorées dans une série de ce type. En outre, le fait que la loi australienne autorise apparemment les barristers à pratiquer également le métier de solicitor pourrait indiquer que d’intéressantes dynamiques ont le potentiel d’être mises en place. En vivant un peu dans ces deux sphères professionnelles proches mais différentes, en frayant avec des clients issus de mondes différents, en essayant d’améliorer son statut professionnel tout en gardant à cœur de travailler sur des dossiers plus « sociaux », Josephine peut explorer des choses intéressantes sur le système juridique, et sur elle-même.

Mais cet aspect est tellement secondaire voire tertiaire dans le pilote, que je ne saurais vous recommander la série sur la seule base de cette spécificité. A ce stade, Newton’s Law persiste, pour l’essentiel de son premier épisode, à ne surtout pas se mouiller, et à rester à la surface des choses. A ce titre, elle est sûrement à réserver à ceux qui n’ont jamais assez de legal dramas à se mettre sous la dent, quelle que soit leur qualité.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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