Rémanence

22 février 2017 à 20:04

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Puisque la fiction mobile fait la part belle au high concept (lui-même territoire propice à la science-fiction et/ou l’anticipation), la dernière review consacrée à une fiction mobile répondant parfaitement à cette définition, j’ai nommé Amnêsia.
Le pitch d’Amnêsia représente, après tout, le high concept sous sa forme la plus pure : et si toute l’humanité perdait la mémoire entièrement, et au même moment ? Le premier épisode d’Amnêsia a 10 minutes pour nous mettre en situation… voyons comment la série se débrouille.

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Ma foi, pas si mal pour une mise en place, surtout si l’on considère qu’il s’agit d’une série dont les personnages perdent la mémoire. Le minimum syndical est ici accompli dans la présentation des personnages, mais qu’importe puisque leur identité sera oubliée par l’intégralité de la planète avant la fin du premier épisode ? Qu’il s’agisse d’économie futée ou de paresse introductive, dans les deux cas, Amnêsia a l’avantage de s’en tirer grâce à son principe-même.

Car pendant « l’incident » qui a fait perdre la mémoire à tous les humains de la planète, c’est vraiment l’intégralité des souvenirs qui a été balayée (heureusement, pas les ressorts comportementaux : parler, utiliser un téléphone, etc., restent dans le domaine du faisable).
Les protagonistes centraux sont un père, une mère et une fille adolescente, mais outre leur propre nom, ils ont aussi oublié les liens qui les unissent ! Le potentiel dramatique est déjà perceptible dés ce premier épisode, notamment dans sa scène de conclusion, et même si je ne sais pas trop comment il peut être exploité plus en avant étant donné les circonstances, je le trouve très riche. Amnêsia ne prend pas forcément le temps de jouer sur l’émotion pendant ce premier épisode ; une réplique par-ci par-là, dans le chaos ambiant, rappelle que des bébés viennent d’être oubliés par leurs parents, et que cela est, dans le fond, parfaitement déchirant (imaginez que ces nourrissons soient abandonnés par leurs propres géniteurs, pensants aider l’enfant à retrouver ses « parents » ! l’absurdité tourne au tragique et c’est quelque chose que je veux voir la série aborder), mais c’est bien tout. Enfin, si, bien-sûr : de l’émotion il y en a, c’est juste que cette émotion est uniquement de la confusion, et à ce stade c’est assez normal de la part des personnages (la série appuie si lourdement sur la situation qu’on ne craint à aucun moment que le spectateur lui-même soit confus…).

Il faudra donc attendre de voir ce que donnent les épisodes suivants.
De par son high concept radical, Amnêsia pose justement une question fondamentale : à quoi peut bien ressembler la suite ? La plupart des séries high concept de ce genre n’expliquent pas totalement le phénomène qui a conduit à l’effacement des mémoires, et donc, ne permet pas une résolution du problème initial. Amnêsia assumera-t-elle un choix de ce type pendant le temps qui lui est imparti ? Si tel est le cas, il y a plein de choses que la série pourra aborder grâce à l’expérience de pensée que permet le high concept : ce sur quoi repose notre identité dans ce qu’elle a de plus intime ; ce que nous sommes capables de recomposer de notre essence à partir des traces que nous avons laissées dans le monde ; la réelle teneur des liens familiaux ; ou encore, si vraiment elle est ambitieuse, les fondements d’une société. Après tout, dans un monde où l’on a tout oublié (…au moins jusqu’à la redécouverte de Wikipedia), tout est à réinventer. Dans ce cas, quelle forme prend cette société libérée du passé ?

C’est peut-être beaucoup attendre, je vous l’accorde, d’une série dont les dialogues ne sont pas toujours efficaces, voire pesants, et où le premier épisode insiste très longuement sur des choses que le spectateur a compris depuis 30 secondes (et quand on a des épisodes de 10 minutes, c’est long, 30 secondes). Mais l’idée est belle et je ne résiste jamais à ce genre de série bien longtemps. De toute façon, l’avantage du high concept, et c’est la raison pour laquelle il se marie si bien à la fiction mobile, c’est que son premier épisode pose toutes les questions, et ne répond à aucune… parfait pour appâter le spectateur.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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