Avar-ice

18 avril 2017 à 14:00

Après l’Allemagne avec 4 Blocks ce midi, c’est au tour de la Russie de passer un peu de temps à parler de personnages musulmans avec Salam Moskva (alias Salaam, Moscou pour ceux qui ne peuvent vivre sans traduire un titre de série), projetée hier soir à Séries Mania.

Ancien flic d’élite, Rebrov est aujourd’hui plus proche de sa bouteille que de son badge, mais il reçoit une offre de la dernière chance quand l’un de ses amis l’invite à rejoindre la petite brigade de Moscou spécialisée dans la criminalité des immigrés. Rebrov sera en charge de deux types d’enquêtes, les homicides et la drogue, et il commence bien vite à étudier les liens entre les différents groupes mafieux de la capitale qui sont dirigés par des musulmans. Il débarque en pleine pagaille, alors qu’un dénommé Arslan est en train de marcher sur le plate-bandes d’un certain Maga ; les deux criminels, qui chacun veulent une part du gâteau du trafic de drogues à Moscou, sont sur le point de s’affronter, soit le moment parfait pour la police d’aller s’en mêler. Il y a cependant une clause en petits caractères : Rebrov est obligé de travailler avec Roustam, un musulman qui a des connexions dans le milieu…
Pendant ce temps, toujours à Moscou, une jeune femme du nom de Goulia vient d’arriver pour venir en aide à son frère, arrêter pour trafic de drogues, et qui jure avoir été piégé.

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Cette review commence toutefois par une confession : je n’ai pas fait de vieux os à la projection. A la fin du premier épisode, j’ai bondi hors de mon siège, bousculé une vieille dame, marché sur un chaton, écrasé un bébé, et j’ai filé plus vite que la lumière vers la porte de sortie, never to be seen again. En conséquence, non seulement je n’ai vu qu’un épisode sur les deux dévoilés hier, mais je ne suis pas restée pour les questions et je n’en ai certainement pas posé moi-même.
A partir de là vous pouvez estimer que vous avez lu tout ce que vous aviez besoin de savoir sur Salam Moskva, ou vous pouvez traîner encore quelques minutes dans le coin pour que je vous explique pourquoi j’ai sacrifié des vies afin de m’extirper de la salle au plus vite.

La réponse tient à deux éléments, dont je vous laisse juger, naturellement, du bien-fondé.

D’abord, il y a le fait que Salam Moskva se prenne pour une série se voulant authentique, dont les méthodes notamment de réalisation s’inspirent du documentaire. Cette intention ostensiblement affichée, pourtant, ne donne pas du tout les résultats escomptés, parce qu’à côté de ça le jeu des acteurs (et notamment de l’un des interprètes principaux) est ridicule et surjoué, et qu’il est impossible d’ignorer que la série est très écrite (même si… bon, j’y reviens). En outre, l’insistance de la série à glisser de l’humour pour atténuer le « choc » de son propos va à l’encontre de ce beau principe. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est de la malhonnêteté, en revanche le propos n’est clairement pas servi par ce genre de choix.
Plus grave encore, Salam Moskva rechigne en outre à nous dévoiler clairement de quoi elle parle. Disons qu’on comprend d’une façon générale sans trop de peine (crime organisé, place de l’Islam…), mais que ça reste très brouillon. L’épisode d’exposition est comme composé de vignettes dont on ne comprend pas comment elles se connectent, l’histoire qu’elles racontent, le sens qu’elles tentent de donner à la série. Il faut vraiment attendre la toute fin de l’épisode pour que la succession d’instantanés prenne du sens ; pas parce que Salam Moskva prépare un gros twist de malade, mais parce que l’épisode introductif se voulait déstructuré.
Au bout d’une heure de scènes sorties de tout contexte, j’étais vraiment découragée. Exemple : le héros sort dans la rue, rejoint une femme qui l’attend dans une voiture, tire vite fait son coup, obtient d’elle des renseignements, se casse. Ok, euh, qui est cette femme, pourquoi lui donne-t-elle à la fois un orgasme et des infos, qu’a-t-elle à gagner de pareil échange ? Eh bien on ne le saura pas. Bon, donc ça, à mes yeux, c’est un souci.

Ensuite, l’autre grand problème que j’ai avec Salam Moskva, c’est sa violence.
Pas au sens où la regarder pourrait être insoutenable (il ne s’y passe franchement rien que de très banal si vous avez déjà regardé des séries sur le crime organisé, et le montage prend grand soin de ne pas montrer de détails de toute façon), mais au sens où l’écouter devient vite très lourd. Salam Moskva fait partie de ces séries (je vous en parlais avec Transferts hier) qui pensent que laisser s’exprimer des racistes suffit à discuter du racisme ; or, ce dont on s’aperçoit, c’est que ce climat haineux n’est jamais contré verbalement par des arguments contraires. Regarder des personnages musulmans (pas arabes, il faut le noter, mais avars) dans leur vie de tous les jours devrait apparemment suffire à contrebalancer aux yeux des spectateurs les horreurs qui sont dites d’eux, ou proférées face à eux, mais ce n’est pas vrai, les deux procédés ne s’annulent pas. A plus forte raison parce que Salam Moskva présente tous ses personnages musulmans comme ayant des liens avec le crime organisé… et de fait, justifient indirectement le mépris du personnage principal à leur sujet.
Facteur aggravant dans mon expérience de la projection d’hier : dés que le personnage raciste proférait des propos racistes, le public riait, quand bien même ça n’avait rien de drôle dans le contexte. Bonjour le malaise.

Il y a peut-être des gens qui sont sortis ravis de la projection ; qui se sont dit, chouette, les avars ya jamais de série sur eux, c’est intéressant ; qui ont posé dix questions à la fin de la séance pour avoir des précisions sur le procédé de réalisation… Pourquoi pas ? Mais franchement, c’était trop m’en demander. L’avantage c’est qu’à Séries Mania, il y a des séries suffisamment différentes pour (sûrement) plaire à un peu tout le monde. Je ne suis pas sûre de vouloir plaire aux gens à qui Salam Moskva plaît, cela dit.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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