Break the story, break the silence

19 avril 2017 à 15:00

Le journal Novine est considéré comme la dernière publication sérieuse et indépendante de Croatie, ce qui en dit déjà long. Hélas, son propriétaire est sur le point de céder le quotidien à un riche entrepreneur, Mario Kardum, dont la réputation n’est plus à faire : il est un ami des puissants, il n’a pas les mains très propres, et par-dessus le marché, il est nationaliste. Si le Novine devait tomber entre ses mains (et il semble prêt à mettre le prix), c’en serait fini de l’indépendance de ses journalistes. Pourtant il pourrait bien y avoir une autre raison à cet achat soudain…

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Il est vraiment difficile de ne pas songer au film Spotlight pendant le premier épisode de Novine. Pas tant de par les sujets sur lesquels travaillent ses journalistes (au moins pour le moment), mais plutôt à cause de son intérêt évident pour les questions entourant le journalisme en tant que profession et le journalisme en tant que business. Cela explique pourquoi elle met tant l’accent sur l’activité de ses bureaux, qu’il s’agisse de celui de Vukovic le propriétaire actuel du Novine, de Martic le rédacteur en chef, ou des journalistes subalternes Andrek et Dijana. Quand il ne s’agit pas des bureaux, c’est dans un bar voisin que se retrouve la rédaction, où les journalistes s’expriment un peu plus librement que sur leur lieu de travail, et où chacun exprime ses idéaux journalistiques…
Chacun à son niveau a quelque chose à dire du fonctionnement de la presse, de la question de la transparence journalistique, des méthodes d’investigation, et ainsi de suite.

Ce que les spectateurs perçoivent assez tôt (bien que de façon encore confuse), c’est que Kardum n’achète pas le Novine par pure avidité. Au début de l’épisode, un accident s’est en effet produit, de nuit, sur une route déserte, et Kardum a été appelé par ce que l’on suppose être le conducteur de l’une des voitures impliquées. Du moins, avant de prendre la fuite. L’autre voiture, hélas, s’est retournée, et ses trois occupants sont morts dans l’accident.
Or, cette accident a attiré l’attention d’Andrej, l’un des journalistes du Novine, et de toute évidence l’acquisition du quotidien permettrait à Kardum de peser de tout son poids dans son investigation des faits.

Une fois, hélas, qu’on a compris cela (et très franchement, hormis l’identité du conductueur, on le comprend assez vite), Novine se montre plus brouillonne. La série ambitionne clairement d’utiliser des intrigues personnelles pour aborder toutes sortes de choses, mais ces mêmes intrigues personnelles semblent parfois occuper du temps à l’écran sans réel bénéfice dramatique pour le moment. Assez froide (les bureaux du Novine sont si modernes qu’ils en seraient presque stériles), la série n’insiste qui plus est pas franchement sur les émotions des uns et des autres.
Que reste-t-il ? D’assez longues scènes décortiquant les mécanismes de l’intérieur du journal, de sa petite cuisine interne. Mais c’est loin d’être inintéressant, et ça pose des jalons pour la suite, car si mes lectures sont une quelconque indication, Novine devrait par la suite poursuivre sa critique des institutions journalistiques avec des intrigues encore plus cinglantes qu’un accident de voiture…
Vu la solidité de l’écriture et la qualité du cast (très contente d’y retrouver Branka Katic, quelques mois à peine après m’être fait un semi-marathon Big Love), il n’est pas impossible que les choses montent en puissance et deviennent franchement jouissives.

Hélas, il y a de fortes chances pour que ni vous ni moi n’en ayons jamais la confirmation, parce que comme je vous le disais en ouverture de review… Novine est une série croate. C’était quand la dernière fois qu’une série croate était proposée en France ? Voilà.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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