Girl talk

15 mai 2017 à 21:49

On a beaucoup parlé des Etats-Unis aujourd’hui, rapport au lancement des Upfronts des grands networks, et comme souvent quand je parle trop d’un pays en particulier, je fais une crise d’urticaire et ressens le besoin impérieux d’aller vite en visiter un autre pour me changer les esprits. J’y peux rien, j’ai la bougeotte.
Par chance, je suis tombée sur le premier épisode de Rush, une série kényane. Elle n’est pas exactement récente (sa diffusion remonte à l’automne 2014), mais vu le nombre de séries kényanes sur lesquelles il est possible de mettre la main, je ne vais certainement pas chipoter.

Rush s’engouffre dans une voie a priori assez simpliste : essayer de transposer Sex & the City en Afrique noire. Plusieurs séries de son continent pendant la décennie écoulée s’y sont essayées, certaines avec plus de bonheur, plus de fidélité, plus de finesse que d’autres… Mais comme je ne pense pas avoir reviewé les autres (et que j’ai la flemme de vérifier dans mes tags si j’ai causé en détail d’An African City ou Lekki Wives ; si vous saviez comme j’en ai plein le dos des tags aujourd’hui, après ça), on va donc se lancer dans Rush.

rush-ke-650

Rush démarre alors que Pendo Odama (vraisemblablement la plus importante des 4 héroïnes de la série) a organisé une soirée de lancement pour le magazine « lifestyle » qu’elle a créé, qui porte le nom de, vous l’avez deviné, Rush. Des mois de travail pour en arriver là, le stress retombe à peine… que son ex Teju débarque à la fête pour lui annoncer qu’il s’apprête à céder ses part dans Rush. Eh oui, Teju est le fils d’une riche famille, et c’est grâce à lui, lorsqu’ils étaient encore ensemble, que Pendo a réussi à monter son projet. Le retrait des parts de Teju sonne le glas de cette relative indépendance : Pendo sait que quiconque achètera les parts de son magazine voudra certainement en contrôler, au moins en partie, l’aspect éditorial. Bref, l’annonce lui coupe un peu les jambes, et on la comprend.
Fort heureusement, pendant cette fête, elle peut compter sur sa meilleure amie, Liz, présente pour cette soirée d’ouverture, et présente en général. Son soutien permet à Pendo de ne pas complètement se démoraliser. Liz garde donc pour elle ses propres préoccupations quant à sa vie conjugale.
L’autre aide, plus inattendue, vient d’une invitée slash chanteuse venue assurer le divertissement ce soir-là avec son petit ami, une certaine Ruby, qui dans un moment critique, offre à Pendo un tampon sans lequel la soirée aurait encore plus déraillé. Dans l’émotion du moment, Pendo promet à Ruby, jusque là une totale inconnue et d’un coup devenue son héroïne, de lui offrir son aide si jamais elle venait à en avoir besoin ultérieurement, pour lui renvoyer l’ascenseur… Enfin, loin de la soirée, Zoe, une photographe de mode, travaille d’arrache-pied sur un photoshoot mais se laisse distraire par le sexting d’un homme…

On ne peut pas dire que Rush invente le fil à couper le beurre : les situations de ce premier épisode sont décrites et « développées » sommairement. Beaucoup n’ont pas d’autre vocation que de présenter les personnages. Chose que pourtant le générique fait avec beaucoup d’application, comme le montrent les 4 captures d’écran ci-dessous :

rush-ke-pendo-650 rush-ke-liz-650 rush-ke-ruby-650 rush-ke-zoe-650
Les 4 héroïnes de Rush, selon son propre générique (cliquer pour agrandir)
Rush ne brille donc pas par son inventivité, ou même ses dialogues pour être honnête, mais la série essaie de poser des choses intéressantes tout de même, d’entrée de jeu.

Ainsi Pendo s’affirme rapidement comme une femme ambitieuse et volontaire, au point que cela lui ait peut-être causé des soucis d’ordre personnel. Elle ignore en effet pourquoi Teju a rompu leurs fiançailles, mais la série sous-entend que son engagement à faire naître Rush, et donc à privilégier sa carrière plutôt que ses perspectives de mariage, pourrait en être la cause au moins indirecte. Pour l’instant, Teju préfère échapper aux conversations qu’éclaircir ce point, mais la vente de ses actions dans le magazine parle un peu pour lui quand même.
En outre, cette dynamique qui semblait très bien convenir à Pendo, et qui est désormais menacée, soulève d’autres questions, qu’une bloggeuse présente à la soirée va poser à voix haute (et de la plus irritante des façons, certes, mais ça ne veut pas dire qu’il s’agit là de mauvaises questions) : si Pendo tient tant à se faire passer pour une femme indépendante, et à s’adresser à travers son magazine à d’autres femmes indépendantes… n’est-il pas étrange qu’elle se repose sur son fiancé (et maintenant ex-fiancé) pour financer son projet ? La question ne manque pas de pertinence, quand bien même elle ne fait pas plaisir. Et ne tombe pas au bon moment.

Les problèmes de Liz sont quant à de l’ordre purement relationnel/sexuel, alors que son mari Harrison (vraisemblablement plus âgé qu’elle qui plus est) ne prend plus en compte ses propres besoins. Pas faute que Liz, dans l’un des flashbacks de ce premier épisode, mette pourtant toute l’énergie du monde à se faire belle pour lui. Mais c’est justement intéressant qu’à travers cette intrigue, certes secondaire, Rush interroge le désir féminin ; c’est toujours précieux dans une série, et finalement plutôt rare.
Les intrigues de Ruby et Zoe sont plus discrètes encore, mais toutes les deux sont clairement des femmes éprises ET actives, ce qui devrait réserver quelques ingrédients mouvementés pour la suite. Je ne saisis pas trop de quoi il va s’agir pour Zoe, vraiment présente très brièvement dans cet épisode introductif. En revanche, pour Ruby, les choses sont plus marquées : elle et son petit-ami Ken (le chanteur embauché par Pendo pour la soirée de lancement) viennent plus ou moins de se fiancer, là, comme ça, dans le feu de l’action. Ils partagent une passion commune pour la musique, mais Ruby est ostensiblement plus directe, plus claire dans ce qu’elle veut et ce qu’elle ressent, ce qui promet forcément de bonnes choses d’un point de vue dramatique. Si en plus Pendo lui a promis de l’aider un jour… c’est la garantie que l’existence de Ruby s’apprête à changer du tout au tout.

En soi, Rush n’est pas extraordinaire. A part son sens de la couleur (le zèle de l’étalonneur est palpable ! et vraisemblablement il a travaillé main dans la main avec l’équipe de stylisme), cet épisode inaugural à bien des égards n’a pas grand’chose qui le distingue d’autres séries du genre. Mais en un sens, tant mieux : c’est plutôt représentatif des séries du genre en question !
Et c’est aussi intéressant de voir que derrière les moyens modestes qui sont vraisemblablement les siens (tournage en multi-camera, notamment), Rush fait de son mieux pour raconter à son public de femme des histoires de femmes, en divertissant mais aussi en soulevant des sujets qui les concernent directement. C’est exactement ce que tentent de faire ces séries, qui comme je vous le disais ont été assez nombreuses ces dernières années en Afrique noire ; que Rush ne tranche pas dans le lot est un excellent indicateur pour le téléphage européen curieux, à défaut d’être une expérience télévisuelle révolutionnaire.

par

, , , , , ,

Pin It

Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *