Poussée d’adrénaline

23 mai 2017 à 9:09

CRISIS est supposément LA série japonaise dont il faut parler ce printemps.
Pour commencer, il faut dire que l’anticipation était considérable au sein du public ; il s’agissait, d’après un sondage Oricon (la compagnie qui fait autorité au Japon dans le domaine de l’information et des statistiques sur les industries du divertissement), de la 2e série de la saison la plus attendue, après REVERSE… qui est une adaptation de roman, et qui à ce titre a donc déjà une fanbaseCRISIS avait bien-sûr, avant-même sa diffusion, un gros avantage : comme toute série japonaise conçue pour être un succès, cette série sur une cellule anti-terroriste bénéficie d’un cast quatre étoiles, propre à susciter l’excitation du public. Dans une industrie comptant 4 rentrée télévisuelles par an, la distribution est en effet un des arguments majeurs pour attirer les spectateurs à une nouvelle série. En outre il s’agit de l’une des rares séries s’intéressant à l’anti-terrorisme, qui plus est axée sur l’action, de la télévision japonaise ; son scénariste Kazuki Kaneshiro (déjà créateur de la série SP il y a 10 ans sur un sujet similaire) l’a développée pendant 5 années, un phénomène plutôt rare également.
A cela, il faut ajouter un autre facteur : le fait que CRISIS soit devenue la toute première série asiatique projetée en avant-première mondiale lors du MIPTV n’a fait qu’augmenter le buzz autour de la série, au moins au Japon. Après tout, la reconnaissance internationale pour une série locale (plus encore pour une industrie exportant peu), ça fait toujours plaisir… et ça sert d’argument d’autorité.

Faire parler d’une série en amont, c’est une chose, mais il faut assurer derrière. Avec un tel pedigree, il était inévitable que je jette un œil à la série… et une série qui s’échine à faire autant de bruit n’a pas le droit à l’erreur.

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Les forces de police comptent désormais une nouvelle unité mobile en leur sein, flambant neuve, nommée Kouan Kido Sousatai Tokusouhan ; ses membres viennent de finir leur formation, et sont désormais en charge des interventions les plus risquées. Dirigée par Mitsunari Yoshinaga, elle compte quatre agents : Rei Oyama, l’informaticienne ; Yuusuke Kashii, l’expert en explosifs ; Saburou Tamaru, un combattant hors pair ; et Akira Inami, un homme d’action (et un peu chien fou).
Pour leur première mission, ils sont envoyés à bord du Shinkansen, où le ministre de l’Education serait sur le point d’être assassiné pendant l’un de ses trajets. La secte Kami no Hikari serait derrière cette opération, et le suspect présumé l’un de ses anciens membres, renvoyé de la secte afin que celle-ci puisse se couvrir. Comme l’attaque est prévue le jour-même, lors d’un déplacement du ministre, l’intervention de cette nouvelle unité semble aller de soi, et bientôt les 5 agents sont déployés à l’intérieur du Shinkansen.

CRISIS démarre par un solide quart d’heure d’adrénaline et d’action, en soi pas spécialement mauvais, mais sans aucune originalité. La fonction de ces 15 premières minutes est évidemment de servir à exposer qui sont les personnages centraux, quelles sont leurs compétences, et comment ils travaillent.
C’est en fait là que CRISIS commet ses premières erreurs : dans leur façon de travailler. C’était le seul domaine où la série pouvait prétendre à un peu d’originalité, pour fixer le ton de ses intrigues à venir à travers les méthodes de ses héros. Manque de chance, CRISIS se refuse à toute forme de réflexion personnelle sur ce que peut signifier de travailler dans une telle unité, surtout si elle vient d’être constituée. Passe encore que la cohésion de groupe soit acquise d’entrée de jeu (après tout les 5 membres de l’unité ont été formés ensemble jusqu’à cette première mission), mais le sang-froid de tous les agents alors même qu’il s’agit de leur toute première intervention sur le terrain ensemble, et avec de tels enjeux, est assez dommageable. On sent très bien que CRISIS ne veut pas mettre en place des personnages, mais plutôt des archétypes qui ne vont quasiment jamais exprimer d’émotion, sauf lorsque c’est pratique pour manufacturer un peu de suspense. Ce premier quart d’heure tombe dans tous les clichés possibles du genre, mais ce n’est qu’une introduction, après tout.

Son exposition de l’unité faite, le premier épisode met de côté l’intrigue du Shinkansen comme si elle n’avait pas d’importance, et CRISIS s’offre sa deuxième intervention. Cette fois c’est le fils du ministre des Affaires étrangères qui a été lâché sur une place de Tokyo avec une bombe autour de son cou. Pris en otage par un terroriste surveillant les événements de loin, le jeune homme indique que l’engin explosera à 19h00 pétantes si son ministre de père ne s’est pas présenté à la télévision pour admettre avoir couvert les agissements criminels du fils, un violeur récidiviste.

Dirigée par le commissaire divisionnaire Tsukasa Hoshino, la police au grand complet intervient sur cette situation, mais c’est évidemment l’unité spéciale qui va résoudre à elle seule cette affaire sensible. Le but : éviter que la bombe n’explose, bien-sûr, mais aussi faire tout ce qui est possible pour arrêter le terroriste avant que le ministre des Affaires étrangères n’ait eu à se présenter devant le pays pour avouer ses crimes. Environ trois répliques et demies sont consacrées au paradoxe posé par cette affaire : dans le fond, il s’agit d’étouffer une fois de plus les crimes du fils du ministre, pour que ni lui ni son père ne soient éclaboussés par un scandale. Mais enfin, une bombe c’est une bombe et il y a des priorités dans la vie.
CRISIS pourrait là encore essayer d’utiliser son intrigue très classique (je suis certaine d’avoir déjà vu cette exacte intrigue dans une série occidentale, je n’arrive juste pas du tout à me rappeler laquelle) pour dire quelque chose de « personnel » sur la différence entre sécurité et justice, ou sur le cas de conscience qui se pose à ses agents dans pareille situation. Mais CRISIS est juste venue pour le suspense et l’adrénaline et n’a aucune envie de se poser plus de questions que cela, s’appuyant sur quelques rares répliques (certaines ostensiblement ambiguës) pour signaler qu’elle a perçu le paradoxe, mais sans avoir à l’explorer.

Et pourtant à un moment, il faudra bien se poser la question, sans quoi CRISIS court le risque de s’enfoncer à chaque épisode un peu plus dans le grand-guignolesque. L’intrigue en fil rouge lancée à la fin de cet épisode consiste en effet à désigner une organisation mystérieuse, l’Armée pour la Restauration de l’ère Heisei, qui a décidé de combattre les pratiques politiques véreuses, et rétablir une démocratie honnête. En cherchant à empêcher des actes terroristes (les méthodes de cette Armée secrète sont, de toute évidence, bien plus discutables que leurs intentions), l’unité spéciale va donc se confronter à un nombre croissant de comportements abjects de la part des politiques les plus influents du pays.
A un moment, la série va-t-elle interroger ce point pourtant central ? Rien n’est moins sûr vu le parti-pris de ce premier épisode qui sacrifie la réflexion à l’action.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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