De retour dans l’esprit du tueur

26 juillet 2017 à 12:46

Jusque récemment, les remakes de séries occidentales, en Asie, c’était rarissime pour ne pas dire inexistant, selon les pays. Mais ça, c’était avant. Maintenant les chaînes japonaises et sud-coréennes, en particulier du câble et du satellite, cherchent les grosses machines hollywoodiennes qu’elles pourront adapter ; Cold Case au Japon, The Good Wife et Entourage en Corée du Sud, sont apparues pendant l’année écoulée, venant quelque peu bouleverser une partie des standards de production nationaux. Échange de bons procédés, les Américains ont aussi cette année commencé à adapter des séries sud-coréennes, comme je vous le rappelais en début de semaine.

Ce soir, en Corée du Sud, c’est au tour de Criminal Mind (évidemment une adaptation de l’américaine Criminal Minds, mais sans le son « s ») d’être lancée sur la chaîne câblée tvN. L’occasion pour moi de me faire un petit revisionnage du pilote de la série d’origine, en vue de mesurer le chemin parcouru.

Est-il utile de présenter Criminal Minds ? Au bout de 12 saisons et au moins autant de mini-scandales en interne (dus à des actrices peu considérées et des acteurs à l’ego surdimensionné…), on ne la présente plus. Mais bon, ceci est une review de pilote, donc pour la forme, reprenons depuis le début.
Six mois après une affaire qui lui a laissé quelques séquelles psychologiques, l’agent du FBI Jason Gideon est tiré de sa semi-retraite pendant laquelle il enseignait à Quantico, afin de travailler sur une affaire de meurtres en série. Une 4e femme vient en effet d’être enlevée et les équipes de profilers du FBI pensent, au vu des victimes précédentes, qu’elle n’a plus que quelques jours à vivre avant d’être exécutée par son ravisseur. Mais une fois l’équipe du FBI sur place, des éléments du profil commencent à se contredire…

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C’est toujours un peu un défi que de s’essayer à une review comme celle-ci. Des épisodes de la franchise Criminal Minds, il y en a littéralement des centaines (rien que la série originale s’approche tranquillement des 300 épisodes produits, et il faut y ajouter la courte Criminal Minds: Suspect Behavior, et la plus récente Criminal Minds: Beyond Borders), et ces épisodes ont en plus le « travers » d’être procéduraux. J’en ai vu bon nombre pendant les premières saisons de la série et du coup, mon regard est teinté. Aussi l’impression de déjà vu est logique de bien des manières. Sans compter que Criminal Minds arrivait à ses débuts sur les talons d’une autre série policière procédurale à succès, elle-même devenue une prolifique franchise, je veux bien-sûr parler des Experts et de ses spin-offs dans les villes de New York, Miami, et Cyber (charmante bourgade par ailleurs), avec laquelle elle partage certains traits.

Le résultat c’est qu’écrire une bafouille sur le pilote de Criminal Minds plus d’une décennie plus tard est peut-être la pire chose qu’on puisse faire avec une série de ce type (ça, et la regarder, diront les mauvaises langues… mais je m’en garde bien !). L’engorgement auquel elle a participé, qui personnellement m’a tant écœurée que je me suis détournée même des procedurals que j’appréciais (un jour nous nous retrouverons peut-être, SVU), ne rend pas les choses faciles, c’est certain. M’enfin maintenant, puisque j’ai commencé, hein. Pis vous êtes là, et tout, ça me gêne que vous ayez commencé à lire pour rien… Allez, vite fait alors.

Peut-être que le plus déconcertant est de voir à quel point Criminal Minds n’est pas vraiment conçue comme un ensemble show, au départ, en dépit des apparences.
Bien-sûr il y a beaucoup de personnages dans cette équipe de profilers (dont une femme, qui rejoint cette équipe initialement très masculine en cours de pilote), mais la star de la série, c’est clairement Jason Gideon, dont le passé, la personnalité et les capacités cimentent les interactions avec les autres personnages, qui sont construits en réponse à lui. Il y a ainsi Hotchner, qui supervisait l’équipe du FBI en l’absence de Gideon, et qui est maintenant chargé d’écrire un rapport d’aptitude concernant son retour sur le terrain ; Reed, un jeune « surdoué » qui le révère bien qu’étant lui-même une véritable encyclopédie vivante ; et Morgan, un employé fidèle (sans doute le personnage le moins détaillé de l’équipe). Même la nouvelle arrivée Greenaway doit montrer patte blanche à Gideon avant d’être embauchée. Quant à Garcia, la spécialiste informatique, elle n’a qu’une seule courte scène dans ce pilote et elle est de toute façon éloignée géographiquement, ce qui fait d’elle une double exception dans ce tableau puisque son unique interaction est avec Morgan.
Bien qu’on ne nous dise pas précisément ce qui s’est passé 6 mois plus tôt, on sait que l’incident qui s’est produit à Boston pendant la prise d’un tueur a coûté la vie à 6 agents, dont, apparemment, au moins un était proche de Gideon. Celui-ci est désormais en train de réfléchir sur le cas d’un autre tueur en série, le « Footpath killer », dont on comprendra à la fin de l’épisode qu’il est toujours, si je puis dire, dans la nature. C’est à peu près tout. L’épisode insiste pour faire de ces deux affaires à la fois quelque chose de fondateur dans le personnage de Gideon, et de suffisamment accessoire pour n’avoir pas besoin de nous en dire plus : l’homme est abimé mais tenace, c’est tout ce que nous avons besoin de savoir. Du coup le traumatisme ne se ressent pas vraiment, d’autant que Gideon est perpétuellement en train de faire bonne figure devant ses collègues, comme le prouvera une brève scène en cours de pilote. Sans cette petite minute de relâchement, ce serait totalement indétectable.

Le premier épisode de Criminal Minds délimite aussi comment travaille cette équipe. Il semble que chacun ait plus ou moins ses propres attributions, qu’il faut tenir pour logiques. Ainsi Hotchner est celui qui interroge le suspect, quand bien même rien n’indique qu’il soit plus qualifié pour le faire que, mettons, Reed ; Morgan est plutôt l’homme de terrain, et ainsi de suite. Cela permet essentiellement à l’épisode d’avancer plus vite, les agents communiquant à partir d’un certain point de l’enquête uniquement par téléphone, de façon à s’assurer qu’il se passe quelque chose sur trois à quatre niveaux d’intrigue. C’est efficace, quoique pour la finesse on repassera.
En-dehors de cela, tout se passe de façon assez routinière pour le genre, avec une structure très classique : premiers éléments d’enquête, première avancée qui s’avère être une fausse piste (dans le cas présent, il s’avère qu’il y a en fait deux tueurs travaillant ensemble, ce qui explique le profil initial parfois contradictoire), nouveaux éléments, un peu d’action/suspense, et finalement tueur dangereux appréhendé juste à temps, avant que la 4e victime ne soit tuée. On peut difficilement faire moins révolutionnaire que ce premier épisode de Criminal Minds.

Mais ce n’est pas vraiment le but, et ce revisionnage du pilot de Criminal Minds m’a rappelée à l’essentiel.

Pour beaucoup de séries procédurales, cet épisode inaugural n’est pas une façon de révolutionner le genre, mais plutôt une mise en place qui permettra les variations futures, certaines pouvant alors être beaucoup plus surprenantes et inventives, si le Dieu de la Téléphagie le permet. Criminal Minds ne vient pas vous dire qu’elle est une série différente d’entrée de jeu : comme pour bien des séries de son espèce, sa force se jugera sur la longueur. A force d’affiner sa formule, de détailler ses personnages, de cultiver leurs interactions, et de trouver le twist qu’il n’a pas encore produit dans les épisodes précédents, le procedural se distingue sur la durée, pas d’entrée de jeu (ou en tous cas pas tout le temps, et vu que CSI venait justement d’introduire une révolution de forme et de fond…). C’est la raison pour laquelle le produit est stable, et durable ; bien que la série ne soit pas feuilletonnante (ou alors de façon passagère et secondaire, voire tertiaire), c’est son évolution sur le long terme qui lui donne toute sa saveur.
C’est l’une des raisons pour lesquelles ces séries sont capables de fidéliser sur une décennie voire au-delà un public réputé moins friand de fiction : ce sont ces variations qui font le sel d’une série procédurale, ses capacités de réinvention à l’intérieur de la structure claire qu’elle s’est donné à l’origine, sa capacité à détailler certains personnages au fil des affaires, et ainsi de suite.

Non, reviewer un pilote de série procédurale n’est pas chose facile : quasiment par définition ! Alors disons que je m’en suis tirée de façon à peu près décente, et restons-en là, voulez-vous ? Et apprêtons-nous, avec Criminal Mind ce soir sur tvN, à observer si un procedural (chose déjà assez rare en Corée du Sud) partage ces mêmes propriétés quel que soit son pays de production.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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