2017, whatever

31 décembre 2017 à 12:00

Normalement à la fin de l’année, je vous propose une rétrospective complète des articles écrits pendant les 12 mois précédents et vous raconte un peu ma vie au passage (par exemple en 2016), non sans avoir dans les jours ou semaines précédentes essayé de finir des brouillons restés en souffrance le reste de l’année. C’est l’occasion pour moi d’attirer votre attention sur ce que j’ai fait, sans faire de classement mais au contraire en vous donnant du choix.
Et jusque très récemment, je pensais que c’était ce que j’allais faire cette année aussi.

Mais la vérité c’est que cela m’est de plus en plus difficile. Un coup d’œil à l’état de ces colonnes depuis quelques mois le montrera clairement : en-dehors des fun facts quotidiens, je n’ai rien publié depuis ma review de la saison 1 de This is Us, parue fin septembre.

Je devrais être plus spécifique : ce qui m’est difficile, ce n’est pas de regarder des séries. La passion est intacte, quand bien même elle fluctue parfois d’une période à l’autre (comme elle l’a toujours fait). Ce qui m’est difficile, ce n’est pas non plus d’étudier les séries : les fun facts quotidiens, qui demandent individuellement entre 2 et 4 heures de recherches chacun, en sont la preuve ; depuis 2013, ils me permettent de me pencher sur toujours plus de sujets. A défaut de quoi que ce soit d’autre, ils m’autorisent à développer ma curiosité sur des choses très spécifiques (des technologies oubliées aux lieux de tournages insolites, en passant par les trésors cachés du patrimoine télévisuel mondial, les records farfelus, et même l’actualité puisqu’actuellement les fun facts remplacent aussi le World Tour). Ce qui m’est difficile, ce n’est en somme pas de faire preuve de curiosité.

Non, le vrai défi depuis plusieurs mois, c’est d’essayer de voir un quelconque intérêt à partager cette curiosité ici même.
Une grande partie de mes doutes cette année reposent sur un pur et simple problème narcissique, en un sens : je ne crois plus du tout qu’on me lise. Et du coup, si je ne suis pas lue, à quoi bon écrire autant qu’avant ?
Mais cette année, il s’est aussi passé autre chose. Voilà deux ans, j’avais signé un contrat avec un éditeur pour la publication d’un livre sur la télévision internationale ; en dépit de mes difficultés à finir l’ouvrage la première année, en raison de mes problèmes personnels, j’espérais sincèrement envoyer le manuscrit avant la fin de la seconde année. Pour cette raison je me suis même autorisée à commencer à en parler un peu autour de moi, et j’étais contente de voir que les gens auprès de qui j’évoquais le projet, ce qu’il devait couvrir et ce que j’espérais en faire, s’enthousiasmaient sincèrement. Peut-être que j’allais même en vendre quelques uns, de bouquins, et pas juste avoir un truc relié avec mon nom dessus ! Mais les premiers ouvrages de la collection dont je devais faire partie n’ont apparemment pas donné les résultats escomptés, et l’éditeur a mis fin à l’expérience avant que je n’aie pu vérifier si j’étais ne serait-ce que capable de finir mon manuscrit. Comprenons-nous bien : je ne blâme personne (au contraire je compatis sincèrement avec les auteurs qui, eux, ont été publiés, et qui doivent se sentir doublement mal après l’avortement de la collection). Mais cela n’a fait que renforcer l’impression que ce qui m’anime depuis des années (presque une décennie et demie au total, passée à écrire sur la fiction télévisée…) ne passionne pas vraiment les lecteurs. Encore une fois, on n’écrit pas pour soi : on écrit pour être lu (ceux qui prétendent le contraire sont de fieffés menteurs par omission). Ce que je sais sur la télévision, quelle qu’en soit la valeur, je le sais déjà, dans le fond : si personne ne lit je peux aussi bien garder toutes ces choses pour moi et m’épargner les heures de travail que cela présuppose.
En plus ce n’est même pas comme si ce que j’écris sur les séries était strictement de l’ordre de la connaissance : mes reviews reposent aussi en grande partie sur du personnel (domaine éminemment compliqué par excellence), et j’ai aussi le sentiment que mon avis, bah je le connais déjà mais tout le reste du monde vit très bien sans. Alors, à nouveau : à quoi bon ?

Peut-être que mon baromètre est faussé. Peut-être que je devrais regarder des stats chiffrés pour me laisser décourager, plutôt que le vide des commentaires, les RT toujours faits par les mêmes (parfois sans lire cependant… et quand ça se voit, ça fait mal l’air de rien), ou le fait que certains autres téléphages plus médiatiques que moi parlent de trucs 6 mois après que je les évoque ici et obtiennent des réactions, là où moi je suis réduite à faire ma sale autopromo sous les tweets des gens pour rappeler que j’existe. Peut-être qu’en fait il y a une majorité silencieuse qui apprécie de me lire, trouve de l’inspiration dans ce que je recommande, se passionne pour une étude de cas de high concept nippon, ou guette pour savoir combien de reviews je vais ramener de Séries Mania. Peut-être qu’il faudrait que cette majorité sorte de son silence aussi, parce que j’ai pas de pouvoirs de devin pour le moment.
Peut-être aussi que je devrais ne rien en avoir à foutre et continuer pour un pelé et deux tondus, mais voilà, tout travail mérite salaire et je trouvais qu’un peu de réactions, c’était pas trop demander pour un boulot que je produis gratuitement.

Dans le fond je ne suis pas en colère contre mon lectorat si j’en ai encore un, qui d’ailleurs doit l’avoir bien mauvaise de se faire chier à venir sur cette logorrhée quand c’est pour prendre pour les autres, ceux qui justement ne sont pas venus.
Dans le fond je suis en colère contre moi-même de ne pas être capable de faire quelque chose d’intéressant. De ne pas être capable d’être fascinante alors qu’il s’agit de ce qui me fascine. De ne pas être capable de faire quelque chose d’un peu constructif, déjà que je vais certainement pas changer le monde ni trouver un remède contre le cancer, alors ça serait la moindre des choses que j’accomplisse un petit machin, avec le peu de moyens que j’ai, dans ma « discipline », qui ait un impact sur les gens.

Cette crise, c’est clairement à moi de la résoudre (ne serait-ce que parce qu’aucun autre paramètre ne va changer).
A moi de m’attacher à revoir mes priorités, à moduler mes objectifs, à adapter ce que je produis si je produis quoi que ce soit. Pour le moment, cela signifie fermer ma gueule, et juste faire ce que je considère être le minimum : les fun facts. Parce que pour le moment j’ai encore un semblant de foi en eux (pis qu’ils m’éclatent… même quand j’ai un coup de stress à 18h15 parce que j’ai pas de sujet pour le fun fact du jour), et parce que de toute façon, je les arrêterai en septembre prochain, pour leur 5e anniversaire.
Peut-être qu’un jour ça signifiera fermer boutique. Peut-être qu’un jour ça signifiera juste faire les choses autrement.

Tout ce que je sais c’est que, en cette fin d’année, je n’ai simplement pas le cœur ni à finir les nombreux brouillons commencés et jamais finis au point de pouvoir être publiés, ni à vous dresser une rétrospective de tous les articles publiés dans l’année. J’ai plus envie d’essayer de promouvoir péniblement des trucs qui n’intéressent que moi, en fait (et qui sont de toute façon accessibles).
Et puis, bah, on verra bien comment 2018 sera. Il n’est pas totalement à exclure que je retrouve plus tard le feu sacré d’ailleurs ! Ce serait bien, parce que, bah, ça fait un peu vide, après pas loin de 15 ans, quand il s’éteint. Mais enfin, voilà où ça en est aujourd’hui.

…Bonne année ?

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

5 commentaires

  1. Ben dit :

    Ça fait plaisir d’avoir de vos nouvelles ! Je fais probablement partie de cette majorité silencieuse qui lit sans commenter (à moins que je ne sois l’une des deux tondus). Je trouve que le travail que vous faites avec les fun facts est impressionnant, en particulier pour sa régularité, dont peu de blogs peuvent se vanter. Les fun facts sont très intéressants, peut- être trop, je veux dire trop pointus pour quelqu’un comme moi qui ne regarde que le tout venant des séries proposées en France. Ils sont très frustrants quand on n’a pas accès aux séries dont ils parlent, alors je ne les lis pas tous. Ce qui m’amène sur votre site ce sont vos articles plus longs, que je lis jusqu’au bout même quand je sais que je ne regarderai pas la série en question. J’apprécie votre manière d’écrire et votre manière de donner un avis personnel argumenté (même quand je ne suis pas d’accord). Je ne commente pas car le plus souvent je n’ai pas vu la série, ou bien parce que je ne lis l’article que des années après sa publication. Je suis presque toujours décalée ou en retard (par exemple ce qui m’occupe en ce moment c’est la saison 7 de The Good Wife, False Flag et Profit). Sinon je suis plutôt old fashion : votre site est dans mes favoris, je ne passe pas par FB ou twitter pour m’y connecter (pas de RT à attendre de ma part). J’espère qu’on pourra encore lire vos avis en 2018. Bonne année !

  2. JainaXF dit :

    Bonjour.

    Je fais partie de cette majorité silencieuse (par manque de temps et par paresse aussi, désolée) et je voulais te dire que j’apprécie beaucoup tes articles !
    Les fun facts sont amusants et intructifs, mais tes reviews ou tes thématiques m’ont égalemet poussée à tenter des choses inédites (j’ai regardé quelques séries japonaise, allemandes ou espagnoles grâce à toi, comme Mother ou Weinberg pour n’en citer que deux) et tu m’a fait découvrir plein de choses moi qui ne connaissais que les séries de langue anglaise !

    Je n’ai pas Tweeter (libriste dans l’âme, je suis sur Mastodon) mais j’essaierai de commenter plus souvent pour 2018 !
    Voilà, c’était pour te dire que tu as des lecteurs et que ton site reste pour moi un site de référence et une mine d’informations…

    Je te souhaite une excellente année !

  3. unlecteurmasqué dit :

    Un tres grand merci pour le travail que vous effectuez sur votre site, grave a vous je me suis ouvert a tout un monde que je ne connaissais pas !
    Sortir du monde anglo saxons en terme de fictions est un pur bohneur, je ne vais pas enumerer toutes les series que j’ai decouvert grace a vous mais encore un grand merci.
    Votre fatigue et lassitude est legitime ,je vous comprend, avez vous envisagé de faire ,participez a des podcasts pour transmettre votre excellent travail ?

    Encore merci et tres tres bonne année.

  4. Cédric dit :

    Moi j’habite tout de suite que je suis loin de lire tout ce que tu publie, non que ça ne m’intéresse pas mais plutôt par manque de temps… À vrai dire je n’ai pas le temps de regarder des séries non plus. Mais de temps en temps je vais lire un de tes articles, soit que le sujet me semble particulièrement intéressant, soit parceque ce jour là j’ai le temps… Et je suis content que tu fasses ton travail, qui est de qualité et, me semble-t-il, assez inédit. Dommage s’il n’est pas assez reconnu, mais c’est souvent le lot des meilleurs.

  5. Mila dit :

    Coucou Lady,

    Je suis désolée de lire tout ça, et je ne sais pas trop quoi dire, parce que même si je te lis, je sais aussi que je n’ai pas toujours été bien exemplaire comme lectrice, malheureusement, et n’ai pas fait assez sentir ma présence, et mon appréciation. Surtout ces derniers temps, pour des raisons de temps, et des raisons physiques aussi (mon boulot fait que j’ai les yeux vraiment détruits, et que vraiment lire du texte sur écran est devenu très compliqué pour moi, selon les jours). Mais je venais ici, tout de même, après avoir fini une série, pour voir si tu avais écris dessus (là en l’occurence je suis venue pour voir si tu avais regardé le début de Totsuzen Kekkon, me demandant à quel point tu l’aurais détesté)(et puis je suis quasi au chômage alors du coup mes yeux se reposent un peu :D), et bien sûr je suivais aussi ton journal de cinéphile. Et tes articles les plus personnels étaient généralement mes favoris (mais j’avais aussi lu celui sur le high concept !). En fait, je me servais aussi un peu de toi comme référence, même si non, je ne lisais pas tout au jour le jour (et j’ai loupé cet article, du coup) et bref, voilà, j’ai pas marqué mon appréciation comme il fallait.

    Mais je peux pas te dire de continuer comme avant, si tu te sens comme ça, parce que je comprends les sentiments que je lis dans ton article. Non, on n’écrit pas que pour soi-même, clairement, et avoir l’impression d’être dans le vide, c’est terrible, et je ne peux qu’imaginer le vide que ça doit faire, aussi, d’arrêter une chose dans laquelle on a autant investit (et je suis vraiment désolée pour le livre :'(( )

    Je suis désolée que ton année aie commencé avec ce sentiment (qui est venu peu à peu bien entendu, pas pouf, comme ça, pour le nouvel an) et désolée, aussi, d’avoir raté ton message, parce que j’aurais bien aimé ne pas réagir quasiment un mois après coup.

    Merci pour des tas d’articles que j’ai aimé lire, même (souvent) en retard ♥ Et pour les idées de films, et pour le blog violet, et pour, aussi, le concept du lapin blanc, que je me rappelle chaque fois que je commence à me dire « argh, je suis en retard » ♥

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