Le plus beau métier du monde

18 janvier 2019 à 10:01

Tipeee

Avez-vous remarqué notre obsession pour les profs que rien ne destinait à être profs, mais qui justement deviennent de formidables profs à cause de cela ?
A l’origine d’un véritable sous-genre au Japon, dont la télévision nous a donné quelques monuments du genre avec GTO ou Gokusen (…sans parler des nombreux copycats depuis), ce phénomène est également visible aux USA, que ce soit au cinéma (Dangerous Minds, School of Rock) ou à la télévision (Bad Teacher, Mr. Robinson). On en trouve aussi en Europe, comme avec Rita/Sam par exemple. Dans une certaine mesure, Bad Education représente la moitié de ce trope : le prof ne se destinait pas à l’enseignement… et il n’est pas franchement bon.
Pour une raison étrange, les rares fois où nous voulons bien voir la fiction parler des professeurs, c’est quand ils n’ont pas été formés à l’être, et le deviennent à leur corps défendant. Ca ne vous interroge pas un peu que des séries comme Teachers ne puissent jamais prétendre à un succès mainstream et/ou durable ? Ou tout simplement qu’il n’y ait presque jamais de série occidentale dramatique sur le métier d’enseignant (le dernier exemple en date étant probablement… euh, Boston Public) ?

Dans ce panorama peu glorieux débarque donc Schooled, qui non seulement emprunte donc des chemins cent fois pris par d’autres comédies en son genre, mais a aussi l’immense privilège d’être le spin-off de The Goldbergs. Dire qu’il y a peu à attendre de Schooled est donc bien en-deçà de la vérité…

Suivant méthodiquement tous le cahier des charges des fictions sur la-prof-qui-n’était-pas-supposée-être-prof-mais-qui-justement-s’avère-être-une-prof-géniale, Schooled s’intéresse à Lainey Lewis, une jeune musicienne qui ne parvient pas à faire décoller sa carrière, et qui faute d’argent se retrouve à postuler dans son ancienne école, la William Penn Academy, pour y devenir prof de musique.

Naturellement, le système éducatif américain étant ce qu’il est, la seule barrière qui se pose entre Lainey et ce job est de réussir à convaincre le proviseur Glascott (chose dont en fait Beverly Goldberg se charge), et hop, vogue la galère. Sauf que bien-sûr, Lainey n’a aucune idée de ce que cela peut représenter que d’enseigner, elle ne connaît à vrai dire même pas le mot « syllabus », et elle arrive un peu les mains dans les poches. Mais qu’importe, puisqu’elle a bon cœur, et qu’elle se prend rapidement d’intérêt pour une élève de sa classe, Felicia, qui s’avère en outre être la nièce du proviseur Glascott.
Très vite il apparaît que Lainey a envie de bien faire, mais est plus désireuse d’être l’amie de ses élèves que leur professeur. Alors vous me direz, certes, elle enseigne la musique et pas les équations à 712 inconnues, mais l’épisode part vraiment du principe que c’est la « bonne » façon d’enseigner, et part sur une intrigue où Lainey va tout entreprendre pour faire plaisir à tout le monde, et surtout à Felicia. Cela se concrétise finalemement par organiser un concert de grunge au lieu d’un récital de chorale plus traditionnelle. Résultat, tout le monde est content, et comme Felicia participe au concert, eh bien même le principal Glascott est ravi et décide que Lainey fera peut-être une bonne prof après tout. Mais bien-sûr.

Et c’est là où le bât blesse dans toutes ces séries sur les profs que rien ne destinait à être profs, mais qui justement deviennent de formidables profs à cause de cela. Dans cette impression que ce qui fait un bon enseignant, c’est son rapport aux élèves. Cela peut prendre plusieurs formes : créer un rapport de conflit pour pousser l’élève à se dépasser, se rapprocher de lui pour en apprendre plus de sa situation personnelle et au final jouer les assistantes sociales, ou tout simplement établir un rapport de bons copains. Mais au final, l’idée est toujours que ce qui fait un bon prof, c’est la nature de son rapport à l’élève. La pédagogie ? La connaissance de son domaine ? Le temps passé sur ces putains de copies ? Rien à faire, du moment que le prof est humain.
Schooled n’est pas plus à blâmer que toutes les séries en son genre qui l’ont précédée, et très franchement, on n’attend pas d’un spin-off de The Goldbergs une époustouflante originalité. Mais à observer, une fois de plus (et dans une comédie, une fois de plus), le phénomène laisse songeur, en tous cas…

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

4 commentaires

  1. Tiadeets dit :

    C’est surprenant, dites-moi donc. Un peu comme si les gens pensaient que le métier de prof était facile. *sarcasme*
    Il serait intéressant de voir comment ce genre de séries reflète la perception qu’ont les gens des métiers de l’éducation et de voir si elle change suivant les pays également.

  2. Mila dit :

    J’ai beaucoup aimé cet article, et c’est une réflexion que je me fais devant les jdramas du genre (parce que c’est là que j’ai de l’expérience surtout…): on ne voit quasiment jamais les profs enseigner, et surtout on ne les voit jamais bosser leurs cours en amont (en même temps, tu m’étonnes: si tu dois passer ton temps à régler tous les problèmes personnels de chaque élève, t’as plus le temps de faire grand-chose d’autre o.o) Même quand, en plus, ils sont censés avoir appris, bordayl: dansGokusen, devenir prof est le rêve de l’héroïne depuis sa tendre enfance (donc on peut dire que pour le coup, elle se destinait toute seule à devenir prof), et elle y a beaucoup travaillé, mais finalement, elle utilise bien plus son éducation de fille de yakuza, parce qu’apparemment il n’y a que ça qui marche…

    Honnêtement, j’aime bien ce genre de fictions (notamment School of Rock, que tu cites, et puis j’aime aussi beaucoup Dragon Zakura, par exemple, et j’avais aimé Gokusen à une époque lointaine) parce qu’elles ont quelque chose d’optimiste, mais ayant grandi dans une famille de profs (mon papi était prof, mes deux tantes sont profs, j’étais censée devenir prof..) et ayant des ami•e•s profs, clairement, elles sont simplistes, irréalistes, et gomment toute une partie du travail des professeurs… tout en donnant/renforçant de mauvaises idées (non seulement aux non-profs, mais j’ai aussi connu de jeunes profs très inspirés par des modèles fictifs, et certains « principes » ne sont juste pas applicables à la réalité, ou en tous cas pas toutes les réalités, et peuvent même faire plus de mal que de bien, aux profs comme aux élèves.)

    • ladyteruki dit :

      Tiens oui j’avais oublié que dans Gokusen elle s’y était initialement destinée, j’avais surtout retenu le côté yakuza, l’attitude autant que les méthodes… c’est marrant d’ailleurs que finalement j’ai retenu ce que je reproche.
      Après je suis conscience que montrer la préparation des cours ou la correction des copies c’est pas super glamour, ou même dramatiquement riche, mais je trouvais que Boston Public (dans ses premières saisons surtout) avait réussi à parler des problématiques rencontrées par les profs, sur un plan éthique/moral, voire parfois légal (bon après c’est du David E. Kelley) et que plein d’autres séries n’essaient même pas de s’avancer sur ce terrain. Un contre-exemple, pour poursuivre sur le sujet des séries asiatiques, serait Monster Parent, qui à travers une prof explore non pas exactement le système éducatif mais précisément l’influence des parents sur le système éducatif, en particulier sous l’angle des enfants-rois. C’est une prise de position idéologique parmi bien d’autres possibles, il suffit de le vouloir. Peu de séries le veulent.

  3. SALT dit :

    Ben on va pas faire une série pour montrer l’échec, parfois, de la mise en place des méthodes pédagogiques prônées par l’inspection, hein. :p C’est bête qu’ils évacuent la question de la formation au métier d’enseignant, parce que purée, y aurait des trucs à dire sur le sujet. 😀
    Mais c’est vrai que ce trope est marrant, parce que c’est un métier où la reproduction sociale est particulièrement forte, en fait : le nombre de profs mariés à des profs et avec des parents profs… Du coup je peux comprendre l’idée de l’outsider qui est une bouffée d’air, remarque. Et en même temps, le prof plein d’empathie qui fraternise avec les élèves et n’en est que plus apprécié, c’est d’une naïveté touchante (et même pas fidèle au souhait des élèves, en général, d’ailleurs)…
    Bref, article super intéressant, comme toujours, et qui relève des choses auxquelles je n’avais jamais pris la peine de réfléchir jusque là !

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