Easy as pie

23 avril 2019 à 19:08

Tipeee

Depuis le temps que j’écris sur les séries, mes goûts ont changé, mon approche a changé, mon angle d’analyse a changé. Mais une chose était vraie au début, qui l’est toujours aujourd’hui : il est cent fois plus facile de parler d’une série pourrie jusqu’à la moelle que d’une série simplement correcte. Au moins la série médiocre évoque-t-elle quelque chose, même si c’est négatif. La série moyenne, elle, suscite un immense silence.
C’était vrai hier et ça l’est aujourd’hui que je m’apprête à écrire une bafouille sur Queens of Mystery.

La série se déroule dans le patelin fictif de Wildemarsh, une charmante bourgade britannique où a grandi l’héroïne, Matilda Stone, après la disparition de sa mère. Élevée par ses trois tantes excentriques, qui ne pourraient être plus différentes mais qui partagent un amour immodéré pour les histoires de meurtre (et sont toutes trois autrices), Matilda est entrée dans la police et a fini par être affectée au commissariat de sa ville d’origine. Et si comme ses tantes, Mattie a conservé une curiosité sans pareille pour la résolution de crimes, secrètement, elle ne rêve que de découvrir les raisons de la disparition de sa mère.

Honnêtement, si Julian Unthank, créateur de Queens of Mystery, n’est pas un grand nostalgique de Pushing Daisies, alors je rends mon tablier et je pars élever des chèvres dans le Larzac. C’est criant du début à la fin du premier épisode de cette petite série policière, et je vous mets au défi de me contredire en voyant l’introduction du pilote qui, à elle seule, reprend trois quarts des éléments : narration en voix-off par un personnage omniscient (…au point de connaître le jour, la date, et l’heure à la seconde près, des évènements), petite musique au clavecin, mise en scène de personnages hauts en couleur. Même l’héroïne est un mélange de Ned et Chuck !
Cela aurait dû me mettre en joie, mais non. Il n’y a aucune joie à tirer d’un ersatz de quelque chose qu’on aime. En outre, Queens of Mystery manque de folie, quand bien même elle fourmille d’efforts pour avoir l’air farfelue. La magie ne prend jamais vraiment (et pas uniquement parce qu’il n’y en a pas, de magie !), faute de tenter des choses originales. Ce n’est jamais vraiment mauvais, ce n’est juste jamais vraiment bon non plus. On s’aperçoit rapidement devant les outils déployés par Queens of Mystery pour charmer, que les ingrédients utilités (pour ne pas dire recyclés) n’ont rien à dire ; il n’y a pas de thème particulier, de questions que Queens of Mystery souhaite évoquer émotionnellement ; le premier épisode de la série, outre une présentation de l’héroïne et des principaux protagonistes de notre affaire, écarte bien vite tout élément mythologique pour s’intéresser uniquement au festival local du polar ou, comme par hasard, a lieu un meurtre, avec toutes sortes de suspects naturellement.
Laissons éventuellement le bénéfice du doute à Queens of Mystery puisque chaque intrigue tient sur deux épisodes et que j’ai refusé d’en regarder un deuxième pour connaître la solution de l’énigme ; ça se trouve, c’est lié à la disparition de la mètre de Matilda.

Ce qui en soi n’est pas un crime (ha !). D’ailleurs la série s’imbrique parfaitement dans la programmation d’Acorn TV, où l’on trouve mille crime dramas plutôt inoffensifs comme Miss Fisher’s Murder Mysteries, Murdoch Mysteries, Agatha Raisin, et tutti quanti. Queens of Mystery cherche donc moins à flirter avec le génie de Pushing Daisies qu’à répondre à l’exact cahier des charges de la plateforme qui l’a commandée. Queens of Mystery reste dans la limite de ses ainées : une série légère, une intrigue plus ou moins cousue de fil blanc, et une capacité à divertir qui se limite au superficiel.
Le problème c’est que… pour moi, personnellement, subjectivement, ai-je mentionné que ce n’était que mon avis ? Pour moi, donc, regarder un sous-Pushing Daisies quand j’ai les DVD de la série sur mon bureau (oui, de façon permanente, pourquoi ?), c’est totalement inconcevable et absurde. Bien au-delà de ses gimmicks musicaux, narratifs ou visuels, Pushing Daisies parle de mort et de deuil, et à travers ces thèmes, de perte et d’abandon, de façon puissante; la série se montre en permanence être une réflexion sur ces thèmes, même quand une intrigue touche à l’absurde (surtout !), ce que Queens of Mystery refuse de faire, ou toute autre chose similaire, par peur d’effrayer des spectateurs venus regarder une série un rien facile, mais rythmée et digeste.

Voilà, en somme, de quoi il est question… c’est-à-dire de rien, et cela explique pourquoi je n’en pas grand’chose à en dire. Alors pourquoi en parler, me direz-vous ?
Eh bien je ne pouvais qu’être difficile devant Queens of Mystery. Mais si vous appréciez les séries policières sans prise de tête, alors, ma foi, godspeed. C’est là pourquoi je voulais vous en glisser un mot.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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