Through the wormhole

19 juillet 2019 à 19:14

Tipeee

En mars dernier, on célébrait l’air de rien les 20 ans de Farscape, et j’avoue que ça m’avait totalement échappé à ce moment-là. Je vous rassure : on va tout de suite rattraper ça, avec une review du premier épisode de la série.
Avant de commencer, une note : je suis extrêmement déçue de n’avoir aucune trace écrite de mes impressions la première fois que j’ai vu cet épisode (en outre, les aléas de la télévision linéaire ayant été ce qu’ils étaient, je n’ai pas commencé Farscape par son pilote mais par l’un des derniers épisodes de sa première saison…). Je suis donc bien en peine, surtout après deux décennies, de vous détailler dans quelle mesure mon opinion a changé. Mais il ne s’agit donc pas non plus d’une découverte… vous voilà prévenu !

Un astronaute américain, lui-même fils d’un astronaute célèbre, s’apprête à conduire une expérience scientifique à bord d’une navette de son invention. Mais John Crichton n’avait pas prévu qu’un wormhole* se formerait pendant son vol ; son engin est happé et se retrouve au plein cœur d’un combat spatial entre différent vaisseaux ! L’un d’entre eux se crashe après avoir percuté Crichton, un autre prend le contrôle de sa navette et le force à atterrir dans son hangar. Le jeune homme n’est pas au bout de ses surprises : il découvre que le vaisseau géant qui l’a pris à bord abrite des aliens… Et pas n’importe lesquels : il s’agit de prisonniers en fuite.

Le plus frappant dans le démarrage de cet épisode introductif, c’est à quel point Farscape insiste non sur l’incongruité de la situation, ou l’incroyable découverte que vient de faire Crichton (de son propre aveu le premier humain à rencontrer des extraterrestres), mais plutôt sur la dimension horrifique de l’expérience. Le héros a beau être un personnage sympathique, doté d’humour et légèrement maladroit, ce que la situation amplifie… en réalité la situation est dépeinte de façon angoissante. Le chaos dans lequel il débarque, son incompréhension totale non seulement de ce qui se passe mais même de ce qui se dit, la réalisation progressive qu’il est en train de vivre quelque chose qui ne lui était jamais apparu comme possible… tout cela plonge Crichton dans un cauchemar. L’épisode rend avec acuité l’impression de peur que ressent le seul humain de la série (on voit brièvement deux autres humains au début de l’épisode, mais bien-sûr ils sont désormais sur Terre, loin de l’autre côté du wormhole*). La musique met vraiment l’accent sur cette dimension traumatique voire horrifique, à un degré vraiment impressionnant.
L’aventure de Crichton ne commence pas comme une fantastique rencontre du troisième type (et il le soulignera lui-même), comme un rêve de gamin devenu réalité, comme une excitante aventure qui commence, ou même comme une curiosité fascinante pour ce scientifique. Non, c’est un traumatisme. Rien que cela mérite d’être souligné, tant cet angle est rare.

Mais il permet d’emblée de donner de l’importance à une caractéristique de la série : en dépit de son humour et de ses marionnettes, Farscape n’a pas l’intention d’être inoffensive. Ne vous laissez pas fourvoyer par ses couleurs, elle est en réalité sombre. Quelles que soient les situations, il s’agit avant tout de mettre le doigt sur la douleur, la colère, ou le sentiment de perte de ses personnages. Et si dans l’enchaînement du pilote, Crichton n’a pas encore totalement réalisé dans quelle mesure il est voué à ressentir toutes ces choses, elles sont d’ores et déjà présentes, en filigrane.
Il n’y a pas que Crichton, d’ailleurs, qui exprime des choses négatives dans ce premier épisode. Entre Rygel qui a perdu son trône, Zhaan et D’Argo qui mentionnent leur expérience de la guerre (plusieurs guerres, en fait), ou encore la rage ressentie par Crais lorsqu’il découvre que son frère est mort à cause de l’irruption de Crichton dans la bataille de début d’épisode… il n’y a pas beaucoup de place pour les émotions positives. Et en fait, pour certains des personnages, c’est même une option inenvisageable, comme le démontre la discussion pendant laquelle Crichton essaye de convaincre Aeryn de faire preuve de compassion.

Ce qui est fascinant, c’est à quel point Farscape était restée pour moi l’une des séries de science-fiction les plus drôles. Alors certes, les dialogues sont bourrés de référence (et la suite de la série va bien-sûr beaucoup plus jouer sur différents tons que ce seul pilote) et le rythme est enlevé. Mais j’avais oublié à quel point Farscape est aussi le royaume du sordide, de la cruauté, du tragique et du traumatisme.
Je trouve ça terrifiant et en même temps génial qu’on conserve une idée aussi déformée de séries qu’on a pu aimer par le passé, mais que, faute de revisionnages réguliers et/ou intégraux, on réduit à quelques unes seulement de ses caractéristiques. Ca m’a un peu rappelé l’effet qu’a eu le marathon de Scrubs sur moi il y a quelques années, et si objectivement je peux comprendre quelles en sont les causes, les effets me prennent toujours autant par surprise.
Outre le plaisir d’avoir revu ce premier épisode réussi, l’expérience aura eu l’avantage à la fois de me donner envie de me replonger dans de la SF (ça ne m’était pas arrivé depuis quelques mois), et de me demander quelle autre série mériterait d’être redécouverte après plusieurs années !

* je refuse, REFUSE, d’employer le terme français « trou de ver ». Je sais que ça a exactement le même sens, mais la francisation manque tellement de poésie !

Tipeee

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

1 commentaire

  1. Mila ♥ dit :

    Je ne prends pas les choses dans l’ordre du tout (mais je fais ce que je veux, VOILA) mais comme pour une fois tu écris sur une série que j’ai vue… j’étais enthousiaste :’) J’avais même les DVDs avant que je les prête, et oublie complètement à qui, et ne les revoie jamais o.o

    Lire ton article m’a fait sourire, car à la base, si j’avais acheté le coffet, c’était pour revoir la série avec ma petite soeur, car j’en avais aussi le souvenir d’une série très drôle. Je lui avais vendu le truc en lui disant « tu vas voir, c’est super fun ! » et… eh bien… tu connais la suite…

    « Je trouve ça terrifiant et en même temps génial qu’on conserve une idée aussi déformée de séries qu’on a pu aimer par le passé, »
    Je n’aurais pas mieux dit 🙂

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