Unfinished business

22 février 2020 à 20:54

Tipeee

Les réunions d’anciens élèves sont un thème plutôt fréquent dans les séries japonaises, si j’en juge par mes reviews passées : Dousoukai, Gekiryuu, REVERSE
De par leur faculté (un peu par définition) à mêler le passé au présent, ces séries possèdent aussi un angle dramatique auquel il est aisé de s’identifier : qui n’est pas tenté de faire le bilan des années écoulées au moment de retrouver des visages familiers ? C’est bien la raison pour laquelle ces réunions sont souvent difficiles pour beaucoup, malgré l’envie justement de retrouver des personnes qui étaient importantes à époque passée. Mais, plus étonnant, il s’agit aussi de séries qui s’orientent systématiquement vers le thriller, auxquelles les scénaristes nippons semblent penser qu’elles se prêtent naturellement (contrairement à l’Américaine The Class ou l’Australienne Winners & Losers, mettons).

Kamen Dousoukai, diffusée l’été dernier sur Fuji TV, en est non seulement le dernier exemple en date, mais aussi le plus criant. Son ton volontairement angoissant et ses faux airs de slasher éliminent tout-à-fait la moindre tentation de céder à la nostalgie.

Personnellement, je n’ai pas beaucoup de bons souvenirs de ma scolarité, et ce n’est que vers la fin du lycée que j’ai commencé à voir le bout du tunnel. J’ai été la cible de harcèlement scolaire pendant mes années d’école primaire et au collège, et même si je conçois parfaitement que ce ne soit pas l’expérience de tout le monde, ça me fait toujours bizarre de voir tant de gens repenser avec affection à leur années adolescentes, et à considérer qu’il s’agissait des meilleures années de leur vie, un temps plus simple, plus innocent. C’est également vrai dans les séries, et en particulier dans les séries sur les réunions d’anciens élèves, où, quoi qu’il ait pu se passer, globalement l’idée est toujours de mettre en contraste une adolescence gaie et une vie adulte plus compliquée. Ce n’est vraiment pas mon expérience (…pour moi, ya pas une décennie pour rattraper les autres !).
Alors je dois dire que ce premier épisode de Kamen Dousoukai apparaît comme plutôt rafraîchissant dans sa façon de présenter les choses.
Le personnage principal, Yousuke Shintani, galère à l’âge adulte, dans un boulot où il n’est clairement pas performant, où son patron n’a aucune hésitation à le maltraiter… mais il n’y a pas vraiment de différence avec l’adolescence de Yousuke. Même s’il avait des amis à l’époque, il n’a gardé aucune tendresse pour ses années de lycée. Le responsable était, en grande partie, un dénommé Kashimura. A cette époque, il était professeur de sport, et plus précisément un tortionnaire de la pire espèce qui concevait l’exercice physique comme une punition et l’humiliation comme une approche pédagogique. Ce qui est sûr, c’est que tout cela ne serait plus légal aujourd’hui. Fort charmant bonhomme, donc, et dix ans plus tard, Yousuke est toujours  traumatisé par le harcèlement psychologique dont lui et ses camarades d’alors ont pu faire les frais. C’est comme s’il y avait une continuité entre les souffrances d’alors et celle de maintenant ; émotionnellement, ça a beaucoup plus de sens pour moi.

Le premier épisode est donc l’occasion d’expliquer ce parcours, et en même temps, de planter d’autres éléments, grâce à deux faits en apparence isolés.
Il y a d’abord cette soirée, en rentrant du boulot, où Yousuke est accosté par une jeune femme effrayée qui dit être suivie par un homme louche, lui demandant de l’accompagner. Échappant de justesse au stalker, Yousuke réalise que la jeune femme n’est autre que Misato, l’adolescente pour laquelle il avait un méchant béguin au lycée, bien qu’il n’en ait jamais rien dévoilé. Cette reprise de contact fortuite est l’occasion d’échanger quelques politesses, et de réaliser que (bah tiens), dans une semaine, c’est la réunion d’anciens élèves. Yousuke n’avait pas trop l’intention de s’y rendre mais sachant que Misato y sera présente, il fait un effort. Ce soir-là, une autre jeune femme est poursuivie par un personnage louche (dont on peut supposer que c’est le même, bien que celui-ci porte un masque), et est agressée dans une ruelle.
Vient donc le deuxième événement : la réunion d’anciens élèves à proprement parler. C’est l’occasion pour Yousuke de retrouver ses 3 potes de lycée : le séduisant et assuré Kiichi, Yamato l’intellectuel, Kazuyasu le gaffeur. Comme toujours dans cette situation, il y a ceux qui ont réussi, et ceux qui ont l’impression de n’avoir rien accompli. Pourtant, avec eux, un verre à la main, Yousuke semble être dans sa zone de confort, heureux pour la première fois depuis longtemps… quand bien même ils ont, ensemble, partagé bien des mauvais souvenirs. Ils semblent pouvoir en rire aujourd’hui. Et, évidemment, il y a la jolie Misato, qui d’ailleurs ne semble pas vouloir parler à quiconque hors Yousuke. Hélas la soirée est aussi l’occasion de raviver des choses moins agréables, notamment lorsqu’il s’avère que le professeur Kashimura est désormais membre de l’équipe de direction du lycée, et que tout le monde, sauf notre quatre amis, le porte toujours aux nues.

Kamen Dousoukai va cependant plus loin que cette réunion d’anciens élèves. Le véritable coup d’envoi est réellement donné lorsque Kiichi, Yamato et Kazu font part à Yousuke de leurs plans : ils veulent se venger du professeur Kashimura, en le kidnappant pendant son jogging. Juste pour rire. Juste pour égaliser le score. Juste au nom du mauvais vieux temps. Yousuke est d’abord hésitant, mais les mauvais souvenirs prennent le dessus sur sa moralité, et il décide de prêter main forte à ses potes pour mettre le plan à exécution. Munis de masques, utilisant un entrepôt vide et planifiant leur frappe, les quatre amis parviennent, dix ans plus tard, à accomplir leur vengeance, en humiliant, terrifiant et électrocutant leur professeur avec un taser.
Les choses commencent à dégénérer lorsque Kazu, qui souffre toujours d’une séquelle physique héritée d’un des rituels humiliants du prof de sport, commence à le rouer de coups… Même si des gaffes sont commises, les quatre amis se tirent de là en ayant, globalement, le sentiment d’avoir remis les compteurs à zéro, laissant leur victime ligotée derrière eux.
Sauf que le lendemain matin, ils apprennent à la télé que le corps de Kashimura a été retrouvé, sans vie.

Quand bien même la réalisation de Kamen Dousoukai n’est pas toujours au rendez-vous, la série parvient dans ce premier épisode à instaurer un climat de malaise et de ressentiment auquel j’ai plutôt bien répondu. Je crois qu’il n’y a personne au monde qui soit capable de survivre à une forme de maltraitance sans, à un moment ou à un autre, ne serait-ce que par mécanisme psychologique de survie, s’imaginer se venger ; la série retranscrit bien cela, mais aussi à quel point il s’agit d’une profonde transgression que de réellement commettre cet acte. A fortiori une décennie après les faits. Après tout, quel que soit le traumatisme (et à bientôt 40 ans je vous jure que le ressens encore dans certaines situations), n’est-on pas supposé dépasser le stade du ressentiment, et en particulier mettre la violence de cette période derrière soi ?
Evidemment au terme de cet épisode inaugural, toutes sortes de questions se posent. Qui a tué Kashimura, par exemple ? Yousuke est clairement sur la liste des suspects, mais en même temps, nous, nous l’avons vu épargner son prof, rentrer avec ses potes, puis aller directement se coucher avant d’être réveillé par un message lui intimant de regarder les informations. Difficile de ne pas soupçonner le personnage masqué, plutôt, mais tout dépend de sa réelle identité. Un autre aspect du passé de Yousuke, que je n’ai pas évoqué ici, m’interroge également. Et dans une série aussi pessimiste, l’innocence de Misato apparaît presque comme louche… d’autant que son expérience du lycée semble, d’après le peu d’éléments qu’on en a, assez peu brillante. Cela veut-il dire que dans ce cas…?

Comme vous le voyez, Kamen Dousoukai a mis tellement de choses en place, et laissé tant d’inconnues, qu’il y a pas mal de suspense. En outre j’apprécie son portrait sans fard des années lycéennes, refusant toute idéalisation de l’adolescence. Ah ça c’est sûr, ceux d’entre vous qui ont eu une jeunesse marrante et ont gardé de bons souvenirs de leur prof de sport ne vont pas s’y reconnaître beaucoup !
…Losers.

Tipeee

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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