Histoire de fantôme malaisien

22 mars 2020 à 19:27

Tipeee

En ce début d’année, voulant tester ma capacité à me faire peur (…je suis notoirement couarde), j’ai tenté de regarder des séries qu’il m’aurait en temps normal semblé inconcevable de me mettre devant les yeux. Je vous parle de ça, c’était un autre temps hein : avant que l’actualité ne me rende transie de peur, au point de ne pas réussir à regarder de séries du tout.

Or donc j’avais surmonté mentalement le premier épisode d’Ares (le trouvant même un peu trop tiède), j’avais surmonté la première saison d’Evil (non sans ressentir une certaine fierté), et je me croyais invincible. J’ai lancé le premier épisode d’une série de Netflix dont le pitch me faisait un peu sourire, en me disant qu’il ne pouvait plus rien m’arriver de grave, et certainement pas de la part d’une dramédie malaisienne/taïwanaise dans laquelle une jeune femme épouserait un fantôme. Sérieusement, un mariage avec un fantôme ? Ha ha ha, je crois que je vais survivre, merci bien.

Voilà ce que c’est que de pré-juger une série avant de l’avoir vue. Je n’ai jamais fait autant de cauchemars que depuis que j’ai tenté de regarder Bi An Zhi Jia (ou The Ghost Bride de son titre international). Vous vous rappelez quand je vous ai dit que faire un combo The Walking Dead et Dead Set pour l’enregistrement d’un podcast m’avait traumatisée comme jamais ? Avec le recul, c’était du pipi de chat.

Au juste, je n’ai aucune explication rationnelle à vous fournir. Le plus fou c’est que Bi An Zhi Jia est effectivement, en grande partie, tournée comme une dramédie, et regarder son premier épisode m’a un peu rappelé l’expérience que j’avais eue, l’an dernier, devant l’adorable Nang Sao Kon Krua. C’est-à-dire qu’on est en présence d’une héroïne pleine de fraîcheur, incarnée par une actrice charmante qui fait plein de moues qui donnent envie de lui pincer les joues avec affection. Les préoccupations de Li-Lan sont mignonnes : comme une petite princesse Disney, elle n’est pas attirée par le mariage et la maternité, par contre elle est très attirée par son ami d’enfance qui est justement de retour, après avoir été au loin pour poursuivre ses études de médecin. Li-Lan est attachée à son père, à sa gouvernante, à sa petite vie faite de joies simples, bref, notre héroïne est facile à suivre et ne pose aucune sorte de menace. C’est enlevé, rythmé, coloré, vraiment ya pas de raison de s’alarmer.
Au cours du premier épisode, notre jeune protagoniste est invitée à une fête organisée par la famille la plus riche de Malacca, et franchement à ce stade on est hyper détendu, limite on sourit devant l’écran, ah que c’est rafraîchissant tout ça. Avoir peur, moi ? Mais de quoi ? Regardez donc comme c’est adorable. Alors oui, on y parle déjà un peu d’esprit et de croyances ésotériques, mais pas de quoi fouetter un chat.

Les choses montent légèrement en intensité au fur et à mesure de l’épisode, mais rien d’effrayant, en soi. Comme prévu, on propose à Li-Lan d’épouser un homme mort (une pratique marginale, mais réelle, dans certains pays d’Asie, permettant de garantir qu’un défunt généralement de bonne famille ne passera pas l’éternité tout seul ; c’est un plutôt bon deal, surtout dans les contrées où l’épouse est autorisée mourir de mort naturelle avant de le rejoindre), ce qui devrait sauver les affaires de son père. Li-Lan, elle, en pince plutôt pour le frère du défunt, mais accepte le pacte par amour pour son paternel ; quand elle découvre qu’elle est capable de communiquer avec son mari dans l’au-delà, elle est un peu terrifiée, bien entendu… mais elle est aussi motivée pour l’aider à trouver qui l’a assassiner. Eh oui ! Notre histoire de fantôme malaisien est aussi une enquête policière !

Je ne sais pas comment mieux vous dire qu’il n’y a rien à craindre, c’est somme toute classique, d’une certaine façon. Totalement inoffensif. Le fait que Bi An Zhi Jia ait en plus choisi de se dérouler au 19e siècle (en Malacca coloniale, dépeinte ici avant tout comme un carrefour de civilisations excitant), ne fait que renforcer l’apparente innocuité de cet épisode introductif : il y a une forme de distance qui semble induite par ce contexte historique lointain. Et puis comment se sentir en danger devant une série historique qui n’a pas peur des anachronismes ? Paradoxalement ça lui ôte encore plus de son pouvoir.
J’ai fini l’épisode avec l’expression satisfaite de la téléphage qui a fait un bon repas télévisuel et qui, repue, a eu ce qu’elle cherchait.

Ecoutez. A ce stade, on a tous compris que ça n’allait pas durer. Moi, évidemment, je ne m’en doutais pas, mais je m’en suis aperçue dans les heures suivant mon visionnage. La moindre ombre dans mon dos était suspecte (c’est assez ennuyeux d’ailleurs parce que mon bureau me fait tourner le dos à toute une pièce ET une porte, donc tout était suspect). J’ai commencé à regarder d’un drôle d’œil les quelques objets d’inspiration asiatique que je peux avoir chez moi (y compris mon bol préféré pour manger mon riz, croyez-le ou non).
Tout d’un coup, je ne sais pas comment l’expliquer, mais TOUT me rappelait le fantôme du mari de Li-Lan.

Le pire c’est que ça a duré plusieurs jours ; et entre les jours, il y avait les nuits, et j’aime mieux ne même pas vous parler des cauchemars que j’ai faits. A ce jour je ne suis pas capable de vous expliquer pourquoi Bi An Zhi Jia a eu cet impact sur moi, bien en peine que je suis de mettre le doigt sur ce qui a activé pareille terreur dans mon imaginaire. Est-ce justement le contraste du comportement menaçant du fantôme par rapport au ton autrement charmant de l’épisode ? Vaguement, il me semble que le nerf de la guerre tient dans les dernières scènes de cet épisode inaugural ; mais il ne me viendrait pas à l’idée de le revoir, même en avance rapide, pour essayer de disséquer le pourquoi du comment.
Ce que je sais, c’est que plusieurs semaines après, un frisson me parcoure toujours l’échine quand je repense à la série. Ce n’est pas son concept, ce n’est pas vraiment son traitement, mais autre chose, quelque chose, qui m’a fait peur de façon irrationnelle. Peut-être que ça ne vous arrivera pas. Ou peut-être que si.
Oserez-vous vérifier ?

Tipeee

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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