Ghost whisperer

23 mai 2020 à 23:44

Tipeee

Si je vous disais aujourd’hui qu’on s’apprête à parler d’une série policière mâtinée de fantastique, où converser avec les morts permet de résoudre des mystères… allez-vous m’accuser d’une fois de plus faire du forcing sur Pushing Daisies ?
Comment ça, « oui » ? Ah. Bon bah alors disons que j’avais prévu dés le départ de parler de la série russe Anna-Detektiv, alors.

Lancée initialement en 2016, Anna-Detektiv (dont je ne vous fais pas l’affront de traduire le titre) a cependant une originalité toute particulière : aux dimensions policière et surnaturelle vient s’ajouter une approche historique. La série se déroule en effet en 1888 à Zadonsk, une petite ville située à l’extrémité ouest de l’empire russe.


Je craignais initialement qu’Anna-Detektiv soit une énième série policière avec un léger twist ; après tout il y a tant de séries d’enquêtes pour lesquelles les compétences des protagonistes sont secondaires, pour ne pas dire des gimmicks ! Mais la toute première séquence de la série m’a immédiatement rassurée : il ne s’agit pas d’un simple prétexte. On y découvre un cauchemar d’Anna, une jeune fille bourgeoise de 19 ans, qui augure de choses assez morbides mais pour le moment difficilement déchiffrables. Rapidement la série établit que Piotr, l’oncle paternel d’Anna, travaille comme médium, organisant des séances de spiritisme dans la haute société (enfin, « travaille »… ça ne nourrit pas un homme, mais ça lui donne des opportunités de voyager et rencontrer des femmes). Revenu à Zadonsk après 5 années passées en France, il attise la curiosité d’Anna qui insiste pour le suivre à sa prochaine soirée ésotérique.
Tous les deux ont depuis toujours une relation très forte, que les années n’ont pas atténué. Et puis, quelle enfant ne serait pas enchantée à l’idée qu’un membre de sa famille puisse l’emmener parler à des esprits ? C’est intrigant pour quelqu’un comme elle. Parce que, oui, en définitive, Anna n’est pas vraiment sortie de l’enfance : elle vit une existence privilégiée, est sur-protégée, et n’a (…pour l’instant) jamais vraiment pensé à la romance. Il suffit de la voir s’extasier sur le vélo que lui offre son oncle pour comprendre qu’elle n’a pas grand’chose d’une adulte.
A mesure que progresse ce premier épisode, Anna-Detektiv nous raconte précisément les causes à ces dynamiques. Lorsqu’elle était enfant, Anna a eu une vision lui permettant de voir sa défunte grand’mère ; quelque chose qui a grandement inquiété ses parents, lesquels l’ont depuis couvée et surveillée pour qu’elle ne se mette plus ce genre de choses en tête. Son oncle, en revanche, a pris ses visions très au sérieux ; il partage volontiers ses lectures ou son savoir avec elle, et agit parfois comme un confident. C’est une relation intéressante parce que, d’une part, il est important que tout le monde autour d’Anna ne nie pas perpétuellement son don, et d’autre part ça fait vraiment du bien de voir (a fortiori dans une série historique) une amitié comme celle-là, entre un homme et une femme qui échangent principalement sur un plan intellectuel et se prennent au sérieux l’un l’autre sans aucune forme de sous-entendu. Ce serait glauque s’il y avait un sous-entendu, évidemment, mais bon au 19e siècle ce ne serait pas totalement inédit non plus.

En parallèle, Anna-Detektiv installe un autre personnage, l’inspecteur Shtolman. Il s’agit d’un détective ayant eu une belle carrière à Moscou mais qui, après un incident (dont on a peu de détails mais qui s’est visiblement soldé par un duel), a été envoyé à Zadonsk histoire de se mettre au vert. Il est rapidement présenté comme extrêmement observateur et compétent grâce à deux affaires mineures qui servent d’exposition pour lui et son nouvel assistant. Il est sans ambiguïté qu’il représente aussi un enjeu romantique pour Anna, même si pour le moment celle-ci a vraiment autre chose à l’esprit.

Au-delà de l’origin story des visions d’Anna (qui, apparemment, ne se limitent pas à des rêves), le premier épisode met aussi en place une véritable énigme. La séance de spiritisme à laquelle Piotr doit présider, et à laquelle il avait promis d’emmener Anna, tourne mal : Piotr, prétendant être possédé par l’esprit d’une légendaire médium française, fait une révélation morbide à la maîtresse de maison (Piotr croît de toute évidence à ce qu’il fait, mais son don est contestable). Au même moment, Anna voit le fantôme de cette médium lui apparaître, et mentionner une phrase-clé de son rêve un peu plus tôt. Anna est terrifiée, les autres convives en panique, et la soirée se finit dans l’embarras le plus complet. Mais le lendemain, il apparaît que la maîtresse de maison est morte, noyée dans le Don. Le mystère s’épaissit quand il s’avère que la défunte était aussi la maîtresse de Piotr… et qu’il y a 5 ans (soit juste avant son départ pour Paris), une ancienne conquête de Piotr était morte dans exactement les mêmes circonstances.

Parce qu’on a établit qu’Anna avait un don, une relation particulière à son oncle, et une certaine forme d’innocence, tous ces éléments s’emboîtent de façon à ce que la jeune femme mène l’enquête. L’oncle Piotr est-il coupable ? C’est le moment pour moi de vous préciser que je n’en connais pas la conclusion, parce que les intrigues d’Anna-Detektiv occupent en fait deux épisodes chacune…

La façon dont Anna-Detektiv soigne son exposition, prend au sérieux ses personnages et leurs relations, et ne cherche pas immédiatement à se ruer dans une intrigue policière générique, est vraiment louable. Il faut aussi noter que le choix de faire se dérouler la série à Zadonsk (une ville auréolée pendant longtemps d’un certain mysticisme) est un détail bienvenu.
Je suis un peu moins fan de certains autres aspects, hélas. La direction d’acteurs n’est pas toujours au point, par exemple ; certaines scènes sont longues et bavardes ; l’absence de musique empire les choses plusieurs fois (il y a aussi un véritable problème de prise de son à plusieurs moments, ce qui n’arrange rien). On est loin du sans faute, mais enfin, admettons que ça se tient, et que visuellement il y a des efforts visibles en dépit d’un budget ostensiblement serré.
Mais dans l’ensemble, ça se tient, et je me demande quel genre d’enquêtes la série va trouver pour la suite, une fois la culpabilité ou innocence de Piotr établie ; apparemment la série est quand même plutôt procédurale, mais de toute évidence Anna va progressivement apprivoiser son don paranormal à mesure que la série avance. Du moins est-on en droit de le supposer. Ca s’annonce donc comme un visionnage pas forcément indispensable, mais intrigant et sympathique, et si l’aventure vous tente aussi, apparemment Amazon Prime a les droits de la série dans certains pays, et de toute façon les épisodes sont disponibles sur Youtube en version sous-titréeJe ne vous rappellerai jamais assez que StarMedia a tendance à y proposer plusieurs de ses séries quelques années après leur diffusion originale ; on n’y vient pas pour les plus fraîches des nouveautés, par contre ça permet largement d’étendre ses horizons.

Avec tout ça, si vous ne donnez pas au moins une chance à Anna-Detektiv, je ne sais plus quoi faire de vous.

Tipeee

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

2 commentaires

  1. Yuuki dit :

    « si vous ne donnez pas au moins une chance à Anna-Detektiv, je ne sais plus quoi faire de vous. »

    Et bien moi je vais lui donner une chance à cette série et à Anna !!!
    En plus elle est facile à trouver sur le net donc pas d’hésitation.
    Merci bien pour la découverte.

    • ladyteruki dit :

      C’est le genre de commentaire que j’aime lire… au moins autant que ceux des gens qui ont testé la série et viennent me dire ce qu’ils en ont pensé 😉

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