Une rose pousse dans le palais

10 janvier 2021 à 19:05

Nul n’est besoin de présenter l’actrice chinoise Zhang Ziyi, qui depuis plus de vingt ans maintenant est l’une des stars les plus prisées de son continent et au-delà. Ce que vous ne savez peut-être pas sur elle, en revanche, c’est qu’elle n’a absolument jamais tourné dans une série.
Jamais… en tout cas jusqu’à cette semaine. La plateforme chinoise Youku a en effet démarré l’année en fanfare, lançant le period drama Shang Yang Fu hier, où Zhang Ziyi occupe le rôle central.

Hier. Et j’ai déjà des sous-titres en anglais pour le premier épisode. Que personne n’ose dire que nous ne vivons pas une époque formidable.
C’est vraiment du premier épisode dont on va parler aujourd’hui parce que, outre la question des sous-titres, comme souvent lorsqu’il s’agit de série chinoise on parle ici d’une très longue saison, en l’occurrence 68 épisodes. Pardon, mais je ne suis qu’humaine.

Dans Shang Yang Fu (ou The Rebel Princess de son titre international, et précédemment Monarch Industry pendant son développement), l’héroïne est une jeune femme d’origine noble, la princesse Shang Yang. Sa mère Jinmin est l’unique sœur de l’empereur, son père est le Premier ministre, dans l’ensemble ça vaaa. 
Surnommée « Awu », la princesse grandit avec toutes sortes d’avantages, et de l’amour en sus : elle est la seule héritière de la famille Wang, qui depuis des décennies a toujours réussi à marier ses filles aux empereurs. De grands espoirs sont placés en elle, mais beaucoup d’amour, aussi ; elle est en effet la petite préférée de son oncle l’empereur. En outre elle est aussi la seule fille à être née dans son entourage direct, l’empereur ayant eu trois fils : Zilong, l’aîné destiné à un jour porter la couronne ; Zilu, le cadet fragile et effacé ; et Zidan, le benjamin qui a le cœur doux. Depuis toujours les quatre enfants grandissent ensemble, bien que destinés à des vies bien différentes.

Le premier épisode passe assez peu de temps sur l’enfance de son héroïne, mais suffisamment pour qu’on comprenne bien que pour elle, les choses vont toujours un peu de soi : le confort du palais impérial, l’affection de sa famille, et, l’air de rien, la tendresse qui la lie à Zidan. Il est cependant notable qu’arrivés à l’adolescence, tous les deux se font les yeux doux de loin, mais ne partagent réellement aucune scène : leur amour tombe sous le sens pour Awu, pas franchement pour le reste du monde et même pas les spectatrices.

Quand arrive la cérémonie d’adolescence de Shang Yang, tout le monde commence cependant à poser les questions qui fâchent. C’est-à-dire que c’est une princesse et qu’elle a l’âge de se marier, quoi. Une grande partie de l’épisode va en réalité s’intéresser aux plans que chacun fait pour l’héroïne. Et en effet, tout le monde a sa petite idée sur la question, avec une solide dose d’intrigues de cour. Le prince Zilong a par exemple décidé d’épouser la princesse, et tape du pied pour que sa mère l’y aide. Le Premier ministre (le père de notre protagoniste, rappelez-vous) préfèrerait aussi que son unique fille épouse un futur empereur, et d’ailleurs ça a été le cas pour toutes les femmes de sa famille jusque là, donc bon. Awu, sentant le vent tourner, décide de prendre les devants et demander à son impérial oncle favori le droit de choisir son futur mari, avec dans l’idée d’épouser Zidan.

Pendant ce temps, loin, bien loin du palais impérial, d’une façon si lointaine en fait qu’elle semble (à tort) déconnectée de toutes ces préoccupations, les frontières du royaumes sont menacées par le roi de Hulan, dont jusqu’à présent personne n’a réussi à se débarrasser. Trois ans plus tôt, l’empereur a promis un titre à quiconque tuerait le roi de Hulan, et un général sans aucune noblesse semble bien parti, avec ses troupes, pour triompher là où tous les autres ont échoué. S’il sauve le royaume, nul doute que la récompense sera immense… mais qu’elle déplaira à bien du monde à la cour.

Ecoutez, c’est un épisode d’exposition pour une longue saga romanesque, donc on ne va pas se leurrer : les éléments mis en place ne font trembler personne de par leur originalité, d’autant que, comme souvent lorsqu’il est question de série chinoise, le générique est très spoilant. Non, Shang Yang ne va pas pouvoir épouser son prince ; et oui, il y a une bonne raison pour laquelle on vous présente héroïquement le général sorti de nulle part.

Toutefois je n’accepterai aucune objection de la part de quiconque a ingurgité toute une saison de Bridgerton. Très franchement, ça m’a semblé beaucoup plus difficile de m’intéresser à l’héroïne de la série de Netflix qu’à celle de Youku, parce que même si les clichés sont nombreux dans les deux cas, et que l’enjeu du mariage porte l’essentiel de l’intrigue (au moins pour le moment) une vraie intériorité est autorisée à notre petite princesse impériale. La tendresse de sa relation avec son oncle, sa joie lorsqu’elle pense avoir obtenu la promesse de choisir son mari, ses jeux avec son entourage, ses colères, tout. Elle n’a pas une personnalité épatante (Awu est le mélange parfait de l’ingénue avec juste ce qu’il faut de caractère pour se distinguer des autres personnages féminins similaires, quoi que la série n’en présente pas beaucoup avec lesquelles dresser une comparaison), mais elle se rend attachante tout de même, et on la voit grandir et mûrir. Ce n’est d’ailleurs que le début. Il semble évident que c’est autant son mariage que sa personnalité qu’on va voir se forger au fil des épisodes.
D’ailleurs ça fait un peu drôle de voir Zhang Ziyi jouer une adolescente dans ce premier épisode, mais ça a du sens de l’avoir castée, si l’on considère que Shang Yang Fu va certainement détailler plusieurs années de sa vie.

Personnellement, j’avais plus envie d’une série wuxia en ce début d’année (j’ai rien trouvé qui m’affolait, mais on n’est que le 10), et pas trop de romance historique. Je voulais des effets spéciaux, moi. J’étais bien d’humeur à regarder des gens virevolter dans les airs et tout !
Cependant je reconnais avoir bien aimé ce premier épisode, qui est très bien incarné, parfaitement réalisé, inclut quelques scènes d’action, et y va même de quelques jolies scènes touchantes (je redoute par avance le moment où l’empereur va clamser). A ce stade, franchement, ne pas y jeter un oeil revient vraiment à y mettre de la mauvaise volonté.


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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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