Dormant

6 août 2021 à 21:52

A plusieurs égards, le premier épisode de la série islandaise Katla est intrigant. L’atmosphère y est pour beaucoup : une ville presque totalement déserte, des paysages couverts d’une cendre noire et compacte, et la menace sourde, jamais vraiment visible mais pourtant palpable, d’un volcan en éruption depuis une année complète (Katla, auquel bien évidemment la série emprunte son nom). Et puis bien-sûr, cette silhouette d’une femme, nue, qui émerge un beau matin de ses entrailles.

Le problème c’est qu’une fois passé le stade où on s’absorbe dans l’ambiance en question… je ne suis pas certaine qu’il reste grand’chose.

Alors certes, c’est un premier épisode. Et un premier épisode d’une série de Netflix qui plus est, c’est-à-dire qu’on n’est plus vraiment supposées, de nos jours, regarder un premier épisode et voir ce qu’on en pense : non, il est attendu de nous que lorsque le premier épisode d’une série est lancé, c’est forcément pour s’enfiler toute la saison. Du coup il y a pas mal de choses que les premiers épisodes des séries de Netflix ne font plus vraiment, qui sont d’ordinaire les obligations courantes d’un épisode d’exposition, et il faut le prendre en compte.
Quand bien même. Il y a quelque chose de terriblement gênant à finir un épisode, à se demander si on veut regarder la suite, et… n’avoir aucune idée de la réponse.

Katla n’est pas sans mérite. Baltasar Kormákur, l’un de ses co-créateurs et réalisateurs, n’en est pas à son coup d’essai, et d’ailleurs il y a quelques années j’avais reviewé Ófærð avec un certain enthousiasme (l’autre co-créateur, Sigurjón Kjartansson, était le showrunner d’Ófærð à l’époque, comme ça on reste entre nous). Personne ne va lui apprendre à filmer des personnages en vivant en autarcie à la fois physique et émotionnelle, en tout cas ça c’est certain. Isolées dans leur ville évacuée, à proximité d’un volcan qui refuse de s’éteindre, les protagonistes vaquent à leurs occupations avec le cœur visiblement lourd.
L’exemple parfait de cela est Gríma, une jeune volcanologue qui a perdu sa sœur Ása un an plus tôt, et refuse de quitter les lieux. Elle s’accroche à sa routine quotidienne, ses relevés divers, et surtout à la maison de son enfance, où elle s’est installée avec son compagnon (lequel est bien moins satisfait de la situation). Même son père, également resté en ville, n’habite plus dans cette maison ! Elle semble vivre dans un passé qui n’a plus cours… et ce n’est pas uniquement la faute du volcan.

Le passé est précisément ce qui semble intéresser Katla. La femme sortie de la lave appartient au passé, et on soupçonne un temps que sa présence ait un petit côté Les Revenants. Pourtant, médusée, la petite communauté de la ville va lentement prendre conscience de qui elle est, à défaut de comprendre comment il est possible qu’elle soit là : il s’agit certes d’une personne ayant vécu en ville il y a 20 années… mais elle est toujours vivante, ayant désormais une vie en Suède. Les deux versions de cette même personne vont même, brièvement, se parler au téléphone !
Ce ne sont donc pas exactement des gens que le volcan ressuscite, mais plutôt des moments passés (et de pluriel il est bien question ici, puisqu’avant la fin de l’épisode, quelqu’un d’autre va renaître des cendres de Katla), ce qui ferait de la série, au moins à ce stade, plus un conte sur la nostalgie et les regrets, que sur le deuil comme on pouvait initialement s’y attendre.

Pour autant, je suis ressortie de cet épisode introductif avec beaucoup d’ambivalence. Ce n’est pas mauvais mais c’est… à peine un prologue. Hors l’ambiance, il n’y a pas beaucoup de choses à se mettre sous la dent, à plus forte raison parce que les personnages communiquent peu entre elles, ou avec les spectatrices. Du coup, c’est bien gentil d’essayer de temporiser en se rappelant qu’une série Netflix, commandée dans le but (quasi-unique) d’être bingewatchée, démarre forcément avec mollesse, et que c’est propre aux choix commerciaux de la plateforme. C’est vrai qu’une seule série ne peut pas tout-à-fait en être rendue responsable. C’est gentil et c’est vrai, mais ça ne mène nulle part : trouver des explications, pour ne pas dire des excuses, à ce phénomène, ne rend pas pour autant l’enthousiasme ainsi perdu devant Katla. J’aurais aimé avoir envie de dévorer la suite, et ce n’était pas le cas. A quoi sert cette politique du bingewatching s’il n’y a aucune forme d’enthousiasme, que des automatismes ?
On peut relativiser autant qu’on veut, mais si à la fin d’un épisode, on n’a pas activement envie de voir les suivants… il est des choses que même un volcan islandais ne peut faire revenir par magie.


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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

3 commentaires

  1. Tiadeets dit :

    J’ai du mal à comprendre cette idée que le premier épisode n’a pas besoin d’être bon et de mettre en place tout parce que les gens marathonnent. Oui, je marathonne, mais si quelque chose ne m’accroche pas dans le 1er épisode et demi, j’arrête et je ne vais pas chercher plus loin. Il y a beaucoup de séries à marathonner et peu de temps.

    • ladyteruki dit :

      Netflix (et plusieurs autres plateformes à sa suite) considère que la notion d’événement suffit à attirer des spectatrices devant la série. L’attrait de la nouveauté, et les automatismes construits au fil des années, sont le mécanisme central à mon avis.
      Et ça se voit d’autant plus imho que généralement ces séries ont tendance à construire toute leur première saison comme un préambule, c’est-à-dire que la fonction d’exposition est étendue à la majorité des épisodes de la saison 1. On prend son temps sur le world building et ce suspense (« qu’est-ce que ça veut dire, que suis-je en train de regarder, pourquoi ça c’est important ? ») remplace souvent une véritable intrigue, les personnages n’évoluent pas vraiment mais se révèlent au public progressivement. Le résultat c’est qu’on met en place les ingrédients de façon à teaser un gros coup en season finale, et c’est souvent ce cliffhanger qui remplace celui qu’on trouvait souvent (pas toujours) à la fin d’un pilote. Structurellement c’est fascinant, mais sur le fond c’est assez dangereux.

      • Tiadeets dit :

        Intéressant.
        Cela dit, je trouve ça un peu bête parce qu’on peut avoir ces éléments sans devoir attendre si longtemps pour la mise en place du tout. Je regarde beaucoup de dramas chinois et la qualité est très variable (très, très variable), mais je sais que j’y rentre en mode « je sais que je ne vais pas comprendre grand chose durant les premiers épisodes parce qu’en général, ça prend 2 ou 3 épisodes et il y a des révélations jusqu’à la fin, mais les éléments qui permettent de juger une série (i.e. si ça vaut le coup de continuer ou non) sont présents dès le début de la série.

        Je comprends l’idée, mais vraiment si le concept ne m’attrape pas dès le départ, qu’importe si c’est un événement ou non, il y a suffisamment de séries événements pour que je puisse faire mon choix 😛

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