Question de vie ou de mort

10 octobre 2021 à 23:24

Avec ses épisodes courts (entre 15 et 20 minutes chacun), Good Grief n’a pas de temps à perdre, mais c’est sûrement pour cette raison que son premier épisode est d’une efficacité à toute épreuve. Cette comédie néo-zélandaise ravira en outre les amatrices d’humour noir, puisque la série suit les tribulations de deux sœurs qui héritent, à la mort de leur grand-père, de la compagnie de pompes funèbres qu’il dirigeait.

Ellie et Gwen sont très différentes, et d’ailleurs elles n’étaient pas proches de la même façon de leur koro, mais quand celui-ci passe de vie à trépas, il apparaît rapidement que l’entreprise familiale est la seule chose de valable dans leur vie.

Grâce à une exposition maligne, Good Grief ne perd pas une minute : elle nous explique en deux temps, trois mouvements, qu’Ellie est la plus responsable des deux (même si tout est relatif) et que Gwen est celle qui a le plus d’assurance (même si son manque de volonté et d’ambition l’empêchent d’en faire grand’chose). Toutes les deux font rapidement la connaissance des trois employées de feu leur grand-père : Dean, un comédien qui se pense indispensable et apprécie peu de n’avoir pas hérité de la compagnie ; Sharyn, en charge de la restauration et peu futée même si elle gère aussi les finances (mais c’est parce qu’elle est Vierge) ; et Beau, qui s’occupe de toutes les taches ingrates et n’a pas l’air très futé. Une bande de bras cassés, mais ce n’est pas grave : de toute façon, les deux sœurs veulent vendre l’entreprise le plus tôt possible…

…Sauf qu’évidemment ce n’est pas si simple. Déjà parce que Loving Tributes (c’est le nom de la compagnie) n’est pas franchement l’entreprise de pompes funèbres la plus appréciée dans les environs, ce titre revenant à la société concurrente Trinity Meadows. Pour réussir à vendre l’entreprise, il faut donc trouver un acheteur, et ce n’est pas gagné d’avance.
Mais surtout, parce qu’il apparaît très vite que ni Gwen ni Ellie n’ont grand’chose d’autre dans leur vie. Ellie, en particulier, apprend en ouverture de ce pilote qu’elle a été renvoyée de l’école primaire où elle enseignait, suite à un… appelons ça un regrettable incident. Quant à Gwen, tout ce qu’elle veut c’est toucher l’argent de la revente pour réaliser son rêve de devenir… DJ à Bali, parce que de son propre aveu elle refuse de travailler.
Mené tambour battant, le premier épisode de Good Grief nous introduit donc à tout ce petit monde, tout en multipliant les situations légères, paradoxalement. L’humour de Good Grief consiste en grande partie à prendre la mort à la légère (bien aidée par son utilisation d’airs désuets joués au piano), tout en cumulant les situations embarrassantes. Mais étrangement, cet embarras n’est pas humiliant ; ici il s’agit moins de ridiculiser les personnages que de les mettre face au manque de direction de leur vie. Le malaise vient du fait qu’elles sont en improvisation totale dans une série de situations chaotiques (c’est juste que l’une est chaotic good et l’autre chaotic evil). Quel meilleur endroit pour prendre des décisions pour sa vie qu’un lieu où défilent les morts ?

Good Grief a l’intention de les forcer non seulement à coopérer, ce qui ne sera pas aisé, mais aussi à prendre des décisions au sein de Loving Tributes, où clairement l’avenir les attend (même si c’est aussi là que s’arrête l’avenir de plein de clientes). Et la bonne nouvelle c’est que la série, lancée janvier dernier en Nouvelle-Zélande dans une relative confidentialité, est déjà assurée d’en détailler la progression grâce aux diffuseurs étasuniens IFC et Sundance Now, qui ont acquis les droits de la saison 1 et investi d’ores et déjà dans une saison 2. La presse néo-zélandaise, bien-sûr, prédit déjà à la série un sort à la Flight of the Conchords.
Je n’irais pas jusque là : ce premier épisode (effectivement tourné sur un budget très serré ; il doit y avoir des Vierges au sein de la production) est enlevé et efficace, mais pas franchement révolutionnaire. Peut-être faut-il à la série un peu de temps pour se distinguer ? La bonne nouvelle, c’est que contrairement aux clientes de Loving Tributes, elle en a plein devant elle… du temps.


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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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