Ça sent le sapin

26 décembre 2021 à 20:39

Tumi Sello, la gaffeuse la plus malchanceuse au monde, est de retour ! Vous n’imaginez pas à quel point j’attendais avec impatience la réapparition de How to Ruin Christmas, avec cette fois une saison 2 intitulée The Funeral. Tout un programme.

Si vous l’avez loupée l’an dernier, voici ma liste de complim-… pardon, je veux dire : voici ma review de la première saison de cette série sud-africaine. Malgré ce que le titre aux airs anthologiques voudrait suggérer, les deux saisons sont très feuilletonnantes, et il vous faudra remettre le pied à l’étrier pour comprendre ce qui se passe cette année. J’avoue que personnellement, j’étais un peu rouillée (par définition, une année s’est écoulée depuis la mise en ligne de la première saison ; et c’est une année qui en a duré au moins dix), mais ne vous inquiétez pas, ma review précédente est là pour donner un coup de main.
Ceci fait, voyons dans quel pétrin Tumi s’est embourbée cette année !

Pour ce Noël 2021, Tumi est invitée à passer les fêtes avec sa famille, et un peu malgré elle, elle a accepté. Sa famille, c’est non seulement les Sello, mais c’est aussi, dorénavant, les Twala, du fait du mariage de sa sœur Beauty en 2020.
Si un an a passé, peu de choses ont changé dans les dynamiques entre les deux familles : du fait de leur statut et leur argent, les Twala se réservent encore et toujours le droit de prendre les décisions pour tout le monde, et il a été décidé cette année que, après une braai inaugural dans leur nouvelle maison le 20 décembre, toute la famille étendue se réunirait dans leur maison de vacances sur la plage pour le jour de Noël. Ce braai est l’occasion de retrouvailles : c’est la première fois en un an que toutes sont réunies au même endroit.
Passons donc en revue qui est là, et surtout, qui a fait quoi pendant l’année écoulée.

Du côté Sello, Dineo (la mère de Tumi et Beauty) se prépare à prendre sa retraite, ce qui devrait s’accompagner d’une petite rentrée d’argent. Elle vit toujours avec son frère Shadrack et sa sœur Grace (le tandem comic relief de la série), mais la question commence un peu à se poser de la façon dont elle va vivre ses vieux jours ; Dineo n’a après tout personne dans sa vie…
Du côté Twala, Vusi laisse l’insupportable Valencia parader avec leur nouvelle maison (qui certes est un peu plus petite), mais en réalité il est fauché ! Sous le coup d’une enquête pour détournement de fonds, ses comptes ont été bloqués mais il n’arrive pas à le dire à quiconque, et surtout pas à ses fils. Themba, qui a pris sa sobriété en main, a enfin réussi à avoir avec Lydia un petit garçon, évidemment appelé Shaka. Le seul bémol dans leur bonheur est que Lydia en a marre d’être sans cesse brimée par Valencia. En revanche, les choses sont plus tristes pour Sbu et Beauty, qui vivent à Londres et où quelques mois auparavant, elles ont dû faire face seules à une fausse-couche dont Beauty refuse de parler. A la place, elle a décidé de renouer avec son bon à rien de père, qui a des problèmes de santé et qu’elle a décidé d’aider à payer ses factures médicales. A tout ce petit monde vient encore s’ajouter Gogo Twala (« Grand’mère » Twala), qui a un cancer et vit donc ses derniers mois avec Vusi, au grand dam de celui-ci qui doit payer entre autres pour un infirmier à temps plein.
Et puis bien-sûr, il y a Tumi. Tumi qui à la fin de la saison précédente, on le sentait, vivait une idylle avec Khaya, l’ami de toujours… et dont on sait enfin ce qu’il voulait lui révéler dans le cliffhanger de The Wedding. Il a une fille de 13 ans avec une autre femme ! En l’espace de quelques mois, l’irresponsable Tumi a été bien obligée d’apprendre sur le tas à devenir une belle-mère…

Il y aurait déjà fort à faire avec toutes ces intrigues. Mais pendant le braai, alors qu’elle tente d’échapper au jugement général (plus les regards courroucés de Lydia, qui n’a pas oublié qu’elle a couché avec Themba dans la saison précédente…), Tumi tombe nez-à-nez avec Gogo. Celle-ci, se sentant prisonnière de la maison des Twala alors qu’elle voudrait profiter de ce qui lui reste à vivre, la force à l’aider à s’échapper. Pour une journée, elles partent en excursion dans un parc d’attractions
…sauf qu’au moment de rentrer, la vieille dame s’éteint paisiblement sur le siège passager de la voiture de Tumi.
Devinez qui on va blâmer ?!

Le pire c’est qu’à ce stade, Tumi est parfaitement consciente du rôle qu’elle joue dans cette famille : celui de mouton à cinq pattes, qu’on va toujours accuser de prendre les pires décisions possibles. Certes, ses décisions ne sont pas toujours les plus sérieuses, mais on sent qu’elle essaie, en tout cas, de faire mieux qu’avant. Dans les circonstances du décès de Gogo, elle semble effectivement coupable à ses proches, mais en tant que spectatrices nous avons bien vu à quel point elle a au contraire été victime du hasard, et n’a fait preuve que de bonnes intentions. Sauf qu’on ne se défait pas comme ça d’une réputation gagnée pendant plus de deux décennies, et renforcée par le Noël précédent ; Tumi, malgré tous ses efforts, va avoir bien du mal à se racheter aux yeux des Sello et des Twala.

Comme dans la saison précédente, une partie des tensions de la série repose sur le fait que les personnes qui composent cette immense famille patchworkée viennent de milieux très différents, qui expliquent en grande partie pourquoi il est impossible de s’entendre. Aux différences culturelles, linguistiques et sociales des Sello et des Twala, exprimées abondamment dans How to Ruin Christmas: The Wedding, viennent s’ajouter dans cette nouvelle saison trois autres univers.
D’abord, la tante Prudence, sœur de Gogo Twala. Elle vit dans une large demeure en marge de Durban (en terre Zulu, donc, où l’on apprend du coup que les Twala ont leurs origines), et en tant que matriarche, elle va organiser les funérailles chez elle. Imposante et très conservatrice, Pru ne dissimule pas son mépris de la richesse outrancière des Twala, et mène tout le monde à la baguette afin de conduire les obsèques les plus traditionnelles possibles.
Le frère de Vusi, Siyabonga, apparaît également pour la première fois. C’est un ambitieux comme peut l’être son frangin, mais la série établit aussi qu’il est un gangster ; il est habitué à un style de vie légèrement inférieur à celui des autres Twala, mais ce style de vie est généralement financé par divers crimes et délits. Siya est superstitieux, aussi (on le verra pendant sa toute première scène), mais pas religieux au point de s’empêcher de voler dans une église…
Plus tard dans l’intrigue va apparaître un autre personnage, le mystérieux Richard Mkhize. C’est un vieil homme peu recommandable qui tient un strip club dans l’un des quartiers les plus dangereux du centre-ville de Durban. Quand Tumi vient le trouver (pour des raisons qu’il faudra découvrir par vous-même), elle découvre un homme plus complexe que prévu, avec une nette tendance à s’exprimer par paraboles (et souvent en afrikaans), qui, à sa grande surprise, se prend d’affection pour elle et se met à l’appeler Tumiza.
Ces nouvelles protagonistes viennent apporter de nouvelles variations au panachage que nous connaissions déjà, mais avec toujours le même résultat : au final, qui que l’on soit et d’où que l’on vienne, il y a des choses sur lesquelles on peut tomber d’accord… après bien des péripéties.

Voilà des semaines que j’anticipais avec impatience le retour de How to Ruin Christmas, mais je crois que je n’avais pas totalement réalisé ce que signifierait ce retour. J’en étais un peu au stade où je me disais : « chic, de nouvelles (més)aventures ! », sans vraiment réaliser que je n’allais pas me retrouver avec une anthologie reprenant les mêmes personnages… mais bien avec une série feuilletonnante qui continuerait de détailler la vie de ces personnages, et leurs dynamiques.
Il y a moins de choses à régler cette année (The Funeral ne gomme pas les progrès accomplis dans The Wedding), comme par exemple entre Tumi et Beauty, mais ça veut aussi dire que les protagonistes peuvent profiter d’un meilleur character development individuel. Je n’avais pas vraiment perçu à quel point ce serait le cas avant d’y assister.
Du coup je me suis trouvée un peu désarmée par les scènes les plus touchantes de cette saison. Alors évidemment, comme la série sait si bien le faire, on trouve aussi beaucoup d’humour et des péripéties légèrement absurdes. A un tel point que la façon dont se concluent certaines de ces intrigues est un peu superficielle comparée à d’autres. Reste qu’au final, How to Ruin Christmas confirme que derrière la farce à base de space scones ou de cercueil présidentiel violet (ça existe en grande taille ? c’est pour une amie), il y a une vraie intention de s’inquiéter des émotions les plus sincères des Sello et des Twala.
…Y compris pour des protagonistes qui avaient pu paraître mineures précédemment ; j’ai notamment fondu pour l’intrigue de Dineo (l’an dernier je n’avais pas perçu à quel point son interprète Clementine Mosimane pouvait être fine et vulnérable), et Lydia a quelques très bons moments dans une intrigue pourtant banale. Que dire de Beauty, qui va en quelque sorte fait son deuil de son bébé en même temps qu’elle le fait de Gogo Twala ? Même Tumi, qui oscille entre son instinct chaotique et ses tentatives sincères de se ranger, a encore de belles ressources ; en outre l’interprétation Busi Lurayi continue d’être un plaisir de chaque instant, même quand elle a moins de temps d’écran que l’an dernier. Franchement, les protagonistes féminines de cette série, c’est que du plaisir.

Quand a fini cette nouvelle saison (au passage, plus longue d’une heure que la précédente), j’ai eu le sentiment d’avoir assisté à un petit tour de magie. Dans The Wedding, les Sello et les Twala ont été unies par le mariage de Beauty et Sbu… mais The Funeral est la saison pendant laquelle elles apprennent à former une famille. Il y a un plan particulièrement émouvant sur la toute fin de saison, qui capture tout le monde ressentant la même émotion au même moment, et regardant dans la même direction… à cet instant, je me suis dit que j’avais de la chance d’avoir vécu ces quelques heures à regarder ces personnes si différentes se diriger lentement vers ce point de convergence. Aussi passagèrement cela soit-il !
J’étais impatiente de voir cette saison, mais je crois que ce n’est qu’en la regardant que j’ai pris la mesure de mon attachement envers la série. Et naturellement, ça m’arrive avec plein de séries, mais je me suis aussi aperçue que c’est la première fois que j’ai l’opportunité de le vivre avec une série sud-africaine. Pour tout le mal que je pense (et dis) de certains aspects de la politique de Netflix en matière de fiction internationale… ça ne serait pas arrivé sans elle. Et pour cause, ça n’était jamais arrivé sans elle : peu de séries africaines de plusieurs saisons nous sont accessibles, même en 2021. La seule série sud-africaine dont j’ai pu voir deux saisons, c’était Intersexions… une anthologie.

Cette intimité nouvelle m’a frappée de plein fouet parce que malgré toutes mes aventures télévisuelles, il s’avère qu’il m’en reste encore pas mal à vivre… C’est un peu idiot à dire, mais j’ai eu le sentiment de vivre ces retrouvailles comme une privilégiée. J’espère qu’il y en aura d’autres. J’espère de tout cœur que l’an prochain, Noël sera l’occasion de baptiser un bébé pour Sbu et Beauty (elles méritent), ou quelque chose dans cet ordre d’idée. Je veux pouvoir profiter des (més)aventures de cette famille, et suivre pour des années encore leur évolution.
Je veux que How to Ruin Christmas devienne un rituel à la fois délirant et touchant. Gâchons plein de Noëls ensemble !


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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

2 commentaires

  1. Céline dit :

    J’avais lu ta review de la saison 1 l’année dernière, mais la série ne m’avait pas tentée plus que ça à ce moment-là. Mais là, en lisant ta review de la saison 2, je me suis dit que c’est pile le genre de série que je cherche en ce moment, car j’ai vu pas mal de trucs sombres ces derniers temps (Plan B saison 3, The Silent Sea par exemple…), et j’avais besoin de quelque chose de plus léger (de pas angoissant du moins), et j’ai été convaincue par cette review et ton enthousiasme pour cette série !
    Si bien que je viens de regarder les 2 premiers épisodes (de la saison 1 du coup), et d’habitude je n’aime pas trop les embrouilles de familles et ce genre de truc, mais là j’ai adoré ! Et j’adore le personnage de Tumi <3 J'adore qu'elle ne fasse pas les choix les plus "raisonnables", qu'elle fasse ce qu'elle a envie sans se préoccuper du regard des autres (peut-être que j'aimerais être un peu plus comme elle ? )
    En tout cas, un grand MERCI pour cette belle découverte ! (Je pense que je ferai une pause après la saison 1, histoire d'oublier entretemps ce que j'ai lu des intrigues de la saison 2 dans ton article 😉 )

    • ladyteruki dit :

      La bonne série c’est souvent la bonne série… au bon moment. Ca me fait plaisir que tu lui aies donné une chance, et plus plaisir encore que tu aimes cette première saison. Tumi est une protagoniste géniale, c’est vraiment ce à quoi je pense quand on me parle d’héroïne faillible/imparfaite.

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