Love to unlove you baby

4 janvier 2022 à 23:57

C’est fou le nombre de séries sur la séparation et le divorce, en ce moment… ne serait-ce que sur les plateformes de VOD ! Todo va a estar bien, Desjuntados, et Decoupled… Sûrement d’autres. Le pire c’est que ces séries ont peu en commun, à part l’extrêmement spécifique détail que toutes ces séparations et divorces ne peuvent vraiment se faire, et que les couples sont donc obligés de cohabiter pendant un moment. Si vous me disiez que cela reflète des tendances sociales depuis un an ou deux, je le croirais facilement… ah, bah tiens, qu’est-ce que je disais ?
Comme j’ai décidé de faire l’impasse sur Desjuntados (qui n’a d’intéressants que ses choix esthétiques, si j’en juge par son épisode inaugural), et qu’il y a déjà une review sur Todo va a estar bien, me voici donc à vous parler de Decoupled qui, chose plutôt originale, est une série indienne. Dans un pays où la plupart des fictions de la télévision traditionnelle ne parlent que de mariage et/ou d’amour, ça va nous faire du changement.

De l’extérieur, Arya et Shruti forment un power couple idéal : il est un romancier plutôt connu, et elle a créé sa propre compagnie (de relations publiques, si j’ai bien compris). Dans leur magnifique demeure, où elles emploient une domestique et un chauffeur, elles vivent ensemble et élèvent leur fille Rohini, qui est au début de l’adolescence.
Tout pour être heureuses ? Bah, pas vraiment, parce qu’elles ne se supportent plus ; et ça ne date pas d’hier, non plus. Désormais Arya et Shruti cohabitent, et partagent donc toujours un foyer, des employées, certaines obligations professionnelles, des moments du quotidien, et bien-sûr la responsabilité de leur fille. Mais en-dehors de ça, elles ne font plus vraiment partie l’une de la vie de l’autre.

Le premier épisode de Decoupled (…et le second, sur lequel j’ai aussi jeté un oeil curieux) ne nous dit pas vraiment pourquoi ça ne va plus. C’est peut-être un ensemble de choses. Au début de l’épisode, pendant une conversation sur l’odeur corporelle apparemment gênante de leur chauffeur, Shruti fait en aparté une allusion qui semble indiquer que c’est, au moins à son avis, la faute d’Arya (« si son nez marchait aussi bien que sa bite, on n’en serait pas là »). Lourds sous-entendus. On la verra aussi, plus tard, prendre l’initiative d’informer Arya qu’elle veut changer son statut Facebook (le deuxième épisode vient confirmer que c’est elle qui prend ces initiatives dans leur « découple »). Mais ça ne nous dit pas de façon définitive ce qui s’est produit pour en arriver là.
Est-ce que c’est important ? L’important c’est que pour le moment, afin de ne pas choquer Rohini, elles continuent de faire semblant d’être encore ensemble, mais le cœur n’y est plus, quand bien même il existe encore des habitudes, des réflexes, des moments passés ensemble. Ma foi, en grande partie parce qu’il n’y a personne d’autre, au moins pour le moment.

On peut se faire sa propre théorie, cependant : Arya apparaît rapidement comme le pire des connards. Il a une très haute opinion de lui-même, n’a aucun égard pour qui que ce soit, méprise tout le monde, et vit d’après toutes sortes de principes rigides qu’il énonce de façon grandiloquente comme s’il était le seul au monde à avoir percé le mystère de l’âme humaine. Par moments, ces scènes de Decoupled me rappellent certaines séries par/avec (et franchement, pour) un humoriste de stand-up, ravi d’avoir une demi-heure par semaine pour raconter à quel point le monde est injuste avec lui, mais combien lui par contre a tous les droits de dénigrer autrui à longueur de journée. J’ai vérifié : Decoupled n’est pas un vehicle d’un comédien de stand-up. L’acteur qui joue Arya est différent du créateur et scénariste de la série… qui est également un romancier plutôt connu. Ah, bon, j’étais pas si loin du compte finalement.
Decoupled hésite entre glorifier ses tirades suffisantes et le ridiculiser, comme si la série se cherchait un juste milieu sans réellement vouloir le concéder. Dans les plis de sa bouffitude, pourtant, existe un personnage plutôt intéressant : celle qui essaie de lui échapper et de respirer, loin de lui. Elle est une femme qui réussit sa vie, qui est équilibrée, qui est animée d’émotions complexes… elle mérite mieux que lui. Personnellement je trouve difficile de ne pas totalement s’aligner sur Shruti dans la situation, tant on a nous aussi envie de distribuer des baffes à Arya. On lui souhaite de se tirer de là au plus vite.

Dans les moments où le découple échange quelques passes d’armes, Shruti réussit à briller autant qu’elle apporte de la lumière sur le niveau d’agacement que provoque Arya. Très franchement, qui supporterait ça au quotidien ?! Le pire c’est qu’il n’y a pour le moment pas exactement de l’hostilité entre elles, comme le démontrent les (souvent excellents) dialogues glaciaux et dépassionnés. Par exemple, la seule fois où j’ai explosé de rire devant cet épisode, c’est quand Shruti dépose Arya à l’aéroport ; il sort de la voiture mais se retourne : au fait, est-ce qu’elle sait seulement où il va ? Shruti a un bref instant de réalisation, avant de laisser tomber calmement : « fuck, it’s come to this » (« merde, on en est arrivées là »). Dans ce type d’échanges complètement blasés, Decoupled tient quelque chose.
Mais la série semble trop peu intéressée par cela, et beaucoup plus par le micro qu’elle veut tendre à Arya pour déblatérer toutes ses certitudes sur le monde, comme si cette séparation lui en donnait le droit. Un monde qui a entièrement tort, bien-sûr, toujours… sauf lui.

On a presque envie de conseiller à son scénariste de regarder sa propre série.


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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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