Principe du contradictoire

19 janvier 2022 à 21:09

Parfois, sans raison, on a envie d’un genre de série en particulier. Aucune autre demande, zéro contrainte spécifique, juste un genre. Et à l’intérieur ? On est ouverte à toutes les possibilités.
Vous aurez peut-être remarqué que depuis quelques semaines, je parle un peu plus souvent de séries judiciaire que d’ordinaire : ma découverte de Le Code, mon retour sur Avocats et Associés, mon rewatch de The Good Wife… Eh bien dans ma fringale, je me suis mise devant le premier épisode d’Allô Tribunal, une série ivoirienne qui commence légèrement à dater (2018, quand même), mais que j’ai pu dénicher grâce à TV5 Monde. Leur site déteste mon navigateur, donc je ne pense jamais à aller faire un tour chez eux, mais pour cette fois j’ai trouvé à me débrouiller autrement.

Allô Tribunal a deux avantages : c’est à la fois une série de prétoire et une comédie, deux genres auxquels j’ai peu accès lorsqu’il est question de l’Afrique. Et qui, si je suis honnête, me parlent beaucoup plus que des dramas plus soapesques et/ou romantiques. Les présentations étant faites, entrons dans le vif du sujet !
Le tribunal de Bissauville (capitale du pays fictif Zamboland) intervient dans les litiges entre citoyennes ; le premier épisode se déroule plus spécifiquement lors d’une audience de la juge Savhera, qui écoute les deux parties dans une affaire de paternité.

Le plaignant est le propriétaire d’un garage, qui est outré que la jeune femme qu’il a fréquentée pendant plusieurs mois soit enceinte, mais refuse de se plier à un test de paternité prouvant qu’il est bien le père de son futur bébé. De son côté, celle-ci est révulsée à l’idée-même de connaître cet homme, sans même parler du fait que le véritable père de son futur enfant est présent dans la salle.
Ce n’est pas une affaire compliquée, et ça tombe bien, ce n’est pas le but. Allô Tribunal est le genre de série entièrement articulée autour du concept de « parole contre parole ». Personne n’est représentée par une avocate, il n’y a quasiment pas de recours aux preuves physiques, les seuls témoignages entendus sont ceux des parties prenantes (en fait il n’y a pas de barre des témoins formelle, comme ça c’est réglé ; je concède ne pas bien connaître le système judiciaire ivoirien, mais quelque chose me dit que c’est aussi à dessein). Ce n’est pas la loi, ou même l’habileté oratoire, qui remportera l’affaire, mais uniquement la façon dont la juge va réussir à extirper la vérité de témoignages contradictoires.
En somme, c’est une série juridique qui sur la forme, est uniquement intéressée par la confrontation, et qui repose donc rien d’autre que les dialogues. On n’est pas exactement dans la médiation non plus, mais c’est certainement ce qui s’en approche le plus, donnant à Allô Tribunal un côté à la fois authentique et accessible. En outre il n’est pas question ici d’un dossier criminel, mais d’un désaccord banal (certes sur quelque chose de fondamental : un enfant à naître), auquel quasiment tout le monde peut s’identifier. Bref, on emprunte l’air de rien aux codes du soap ; et comme le soap (sous diverses formes) est très courant sur les télévisions d’Afrique, je ne suis fondamentalement pas surprise par ce choix d’approche.

Alors ces dialogues, parlons-en.
Parce que, quand bien même Allô Tribunal cultive quelques moments drôles, ce ne sont pas non plus des dialogues reposant sur l’humour non plus. Le public qui assiste à l’audience tenue par la juge Savhera va rire plus que les spectatrices (…en tout cas si ces spectatrices ont le même humour que moi, ce qui n’est pas garanti), et d’ailleurs, comme s’il était venu au théâtre, l’auditoire du tribunal ne se prive pas de réagir ; mais le résultat n’en est pas moins léger. On ne nous demande pas de prendre au sérieux toutes les personnes qui vont passer devant la cour, loin de là. En un sens, la série nous autorise à les juger, et c’est ça qui en fait une comédie.
Du coup, quel est le rôle des dialogues ? Eh bien d’avoir l’air aussi vrais que possible. Et pour cela… je suspecte qu’Allô Tribunal repose en partie sur un peu d’improvisation. Pas totalement, à entendre certaines répliques, mais suffisamment souvent pour ne surtout pas briser l’impression de réalisme, laisser les réactions s’entrechoquer, préserver le sentiment d’assiter à des réactions normales de « petites gens » qui se trouvent tout d’un coup dans une situation qui les dépasse un peu. Par de nombreux aspects, la série me rappelle les heures (légèrement honteuses : à l’époque j’assumais mal nombre de mes goûts télévisuels) passées devant Cas de divorce. Si on me disait qu’Allô Tribunal s’est inspirée de cette série, elle-même une adaptation de la série américaine Divorce Court, je ne serais pas plus surprise que cela.

La formule n’est donc pas inédite, mais ça prouve uniquement qu’elle a ses mérites : celui de décrire des affaires où ce n’est pas le brio d’un réquisitoire, la découverte d’une empreinte capitale, ou un revirement de procédure de dernière minute, qui détermine l’issue du procès. Bref, des legal dramas misant sur l’entretien d’une certaine proximité.
Est-ce que je regarderais toute une saison d’Allô Tribunal (qui en compte deux) ? Non. Mais je ne regarde plus non plus Cas de divorce, parce que mes goûts ont depuis évolué, pas nécessairement parce que c’est irregardable. Je conçois que ce ne soit pas la tasse de thé de tout le monde, mais il y a clairement ici quelque chose qui se joue, qui au-delà de la forme (ou peut-être grâce à elle) apporte de la variété dans un genre assez uniforme par ailleurs. Du coup c’était quand même bien ce dont j’avais besoin !

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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