Second day

1 juin 2022 à 22:40

C’est la deuxième année que Hannah passe à Hillview High ; et c’est la première rentrée pour laquelle elle n’a pas à s’inquiéter. Elle s’est créé des amitiés, tout le monde la connaît (et tout le monde la connaît sous sa présentation féminine, qui plus est), c’est excitant. Tout semble possible, cette année !

Trigger warning : transphobie.

J’avais eu le bonheur de vous parler de First Day l’an dernier, avec une review de sa première saison. Eh bien bonne nouvelle, une suite a été diffusée ce printemps sur les écrans de la télévision publique australienne. Cette saison 2 commence une année scolaire après la première ; dans l’intervalle, un peu sans s’en rendre compte, Hannah a résolument fait son entrée dans le monde de l’adolescence, avec les questionnements qui vont avec…

Après une rentrée pleine d’espoir, Hannah va légèrement déchanter. Tout n’est pas toujours possible, malheureusement. Ou en tout cas, pas sans quelques déchirements. Encore une fois, First Day va comme pour sa première saison mêler des préoccupations universelles à celles, plus spécifiques, de l’expérience de Hannah.

Ainsi, l’adolescente est perpétuellement tiraillée entre ce qu’elle voudrait faire, et ce qu’elle ne pense pas avoir le droit de faire. Au début de la saison, ses camarades doivent par exemple choisir une class captain. Ce n’est pas tout-à-fait un travail de déléguée, mais ça reste un poste à responsabilité, qui agit comme liaison entre les élèves et le corps enseignant ; Hannah envisage de se porter candidate, mais elle apprend que la candidature implique de faire un discours devant sa classe, et elle trop intimidée. En outre, l’autre candidate est Jasmine, qui n’était pas seulement la class captain l’an dernier, mais aussi l’amie avec laquelle elle s’est brouillée en faisant son coming out. Voilà qui ne l’aide pas à gagner en assurance, malgré les exhortations de ses amies Olivia et Natalie à se lancer. Les bonnes idées d’Olivia, en particulier, se retournent contre elle quand Hannah tente de parler individuellement à chacune de ses camarades de classe, et découvre que presque tout le monde, à un moment ou à un autre, mentionne le fait qu’elle est trans. N’est-elle que cela à leurs yeux ? Quand bien même ce n’est pas dit méchamment, Hannah a l’impression que la perception des autres dépend d’une seule chose qu’on sait d’elle. Finalement, avec beaucoup de courage (et les encouragements de sa professeure principale), Hannah tente le coup et… rien. Jasmine est quand même élue. Quelle gifle.

Plusieurs déconvenues viennent ainsi s’empiler, et sur une petite saison de 4 épisodes, ça n’est pas rien. Le point d’orgue est atteint pendant une fête organisée par Jasmine, à laquelle toute la classe est conviée… sauf Hannah. Voulant soutenir son amie, Olivia tente de la faire venir quand même, mais Hannah se fait mettre à la porte et ressent de la rancune envers Olivia d’avoir organisé tout cela (surtout sans la prévenir).
Fort heureusement, même malgré les déceptions, Hannah n’est pas seule. Elle a toujours l’appui de sa famille, bien-sûr ; mais elle s’est aussi forgé des amitiés solides. Il n’y a pas que les maladroites Natalie et Olivia dans sa vie ; ou Jasmine, l’amie perdue ; ou bien Billy, le garçon sur lequel elle a un petit béguin. En fait, Hannah va même largement élargir le cercle de ses connaissances pendant cette saison, quasiment par accident.

Car après les déconvenues autour du poste de class captain, étrangement, au lieu de chercher une autre activité, Hannah se sent investie d’une mission : elle va fonder un club « Pride » dans son collège ! Elle a fait ses recherches, elle a préparé ses arguments, alors elle va voir le nouveau principal avec son idée ; d’abord dubitatif, il finit par se laisser convaincre et lui donne accès à une salle pour ses réunions hebdomadaires. Comme First Day a vraiment décidé de ne jamais rien donner à Hannah tout de suite, évidemment, au début le club est un échec ; mais l’adolescente persévère une fois de plus, trouve le courage d’aller démarcher des élèves de dernière année qui sont out, et les convainc de venir. Petit-à-petit, elle a la satisfaction de voir le « Pride » club grandir ; au début, les élèves viennent pour le goûter qu’elle prépare, avant de commencer à jouer à des jeux de société… et, finalement, de commencer à se parler. Sans que First Day ne transforme cela en un groupe de parole, la série détaille en tout cas tout le bien que cela fait à Hannah d’être parmi des personnes qui comprennent ce qui la rend anxieuse. Même si cela donne à Natalie et surtout Olivia l’impression d’être, à leur tour, exclues…
En-dehors de l’école, Hannah a aussi un autre ami : Josh, qu’on a vu en fin de saison 1 faire son coming out à notre héroïne. Josh est un garçon trans qui, au début de l’année scolaire, ne se dit pas prêt à retourner en cours. Hannah lui rend régulièrement visite après les cours et partage avec lui les incidents qui jalonnent ses journées. Je dois dire que j’ai énormément apprécié l’intrigue de Josh pour une bonne raison : le jeune garçon commence à développer de l’anxiété sociale, et Hannah réalise progressivement que c’est ce qui l’empêche de sortir de chez lui, parce qu’il a peur d’être harcelé dans la rue ou à l’école… Cela donne à la jeune fille une nouvelle idée !

Car c’est sa plus grande force : cette nouvelle saison de First Day est une saison pendant laquelle Hannah ne pense pas qu’à elle même : elle commence à voir ce qui lui arrive sous un angle plus « politique », et donc à comprendre qu’il y a une multitude d’expérience parmi les élèves LGBT qui l’entourent qui méritent d’être défendues. Alors, encore une fois, c’est une série pour la jeunesse diffusée sur une chaîne pour enfants et préados, se déroulant dans l’équivalent d’un collège : il ne s’agit pas de sortir de grands discours. Mais Hannah va résolument commencer à agir pour d’autres qu’elle-même, et c’est une progression très intéressante.
Qu’il s’agisse de l’organisation du club « Pride » ou de l’initiative concernant les uniformes (à la fois pour permettre à Josh de s’habiller comme il veut sans avoir à faire de coming out, et à la fois pour un.e camarade de « Pride » non-binaire), Hannah commence à ne pas lutter qu’à travers le prisme de ce qui lui arrive à elle. Naturellement, ses propres expériences souvent douloureuses ou au moins hésitantes, ainsi que ses émotions, nourrissent son cheminement ; c’est l’évidence-même. Hannah a atteint un âge auquel elle est capable de comprendre que ce qui lui arrive, ce qui la trouble, ce qui l’inquiète, ne concerne pas qu’elle ; c’est d’ailleurs de cette réalisation (implicite dans la série, qui n’a pas le temps d’en détailler le cheminement) qui va lui donner le courage d’affronter à nouveau le principal, ou même l’école entière pendant une assemblée publique.
Un peu comme The PM’s Daughter quelques mois plus tôt, First Day a donc décidé que son public avait la maturité, si ce n’est l’appétit, pour des considérations plus larges, moins personnelles. C’est sans nul doute un hasard total du calendrier, mais cette nouvelle saison m’a aussi rappelé Les 7 Vies de Léa, que je reviewais le mois dernier, et qui lui est quasiment contemporaine, dont la progression intérieure de l’héroïne dépendait de sa capacité à cesser de ne se préoccuper que d’elle-même. Cette volonté d’embrasser un regard plus large vient enrichir les tropes habituels des séries adolescentes, et surtout cela permet à First Day d’éviter la répétition avec sa première saison. En outre, parce que la série est résolue à ne pas parler de la transition physique de l’adolescente, ni des choix qu’elle et sa famille font en la matière (de la même façon que la question du coming out avait été évacuée pendant la saison inaugurale), cela permet aussi d’éviter un certain nombre de clichés sur l’adolescence LGBT, présents dans d’autres séries.

Encore une fois on ne peut que saluer la volonté de la série d’essayer, avec ses maigres moyens, de trouver un équilibre entre ce qu’elle représente et ce qu’elle veut dire, en se vautrant aussi peu que possible dans les écueils sur son chemin alors que, vu sa durée, on ne le lui aurait pas totalement reproché. En outre, l’interprétation d’Evie Macdonald continue d’être impeccable ; l’actrice adolescente décrit bien les hésitations, les déceptions… mais aussi les expériences enrichissantes, les apprentissages du monde, et les fulgurances de joie, car elles sont nécessaires aussi !
Dans son tout petit coin de télévision, First Day offre au jeune public, notamment queer, des pistes de réflexion aussi précieuses que le divertissement de bon cœur qu’elle partage pendant ses brèves saisons. Puisse-t-elle en avoir encore une ou deux autres.


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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

2 commentaires

  1. Tiadeets dit :

    Ca me met tellement en joie de voir que cette série continue de tenter des choses et ça me semble tellement nécessaire comme série. Je ne sais plus si je l’avais dit pour la première saison, mais qu’est-ce que j’aurais aimé avoir ce genre de séries plus jeune.

    • ladyteruki dit :

      C’est vrai que de nos temps, ç’aurait été inimaginable. Et même s’il y a sûrement des gens pour râler en Australie, j’ai, finalement, trouvé très peu de traces d’une quelconque hostilité vis-à-vis de la série (diffusée à la télévision publique), ce que je trouve encore plus précieux pour les gosses qui en ont, effectivement, bien besoin.

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