Same but different

26 décembre 2022 à 23:54

Il y a des traditions télévisuelles qui datent, et il y a celles qui se créent. Pour la troisième année consécutive, Netflix propose une saison de How to Ruin Christmas pour Noël, et…
…Et, ma foi, la joie est en demi-teinte.

C’est que, l’été dernier, on apprenait que l’actrice Busisiwe Lurayi, qui incarnait Tumi dans les deux premières saisons, avait trouvé la mort à l’âge de seulement 36 ans. Si vous avez vu les deux saisons précédentes, ou simplement lu leurs reviews (la première saison ici, puis la deuxième ici), vous savez l’importance à la fois du personnage de Tumi, et de l’interprétation lumineuse de Lurayi.
De la même façon que je me sentais privilégiée de pouvoir regarder How to Ruin Christmas, je me sens privilégiée d’avoir pu découvrir Busi Lurayi à l’écran. Même si c’était pour m’effondrer en larmes en apprenant la nouvelle (avec un peu de retard, en plus, parce que c’est tombé pendant que je faisais une pause d’internet en juillet dernier), je suis contente d’avoir eu un aperçu de son travail, son aura, et sa beauté ; il y a encore quelques années il m’aurait été impossible de m’émerveiller devant cette actrice, et aujourd’hui elle me brise le cœur. J’aurais pu ne pas savoir qu’elle existe avant qu’elle parte ; alors que je considère que c’est une chance.

Parlons donc de cette troisième saison de How to Ruin Christmas, puisqu’elle est là. Mais pas sans un pincement de cœur.

Cela étant, mes prédictions étaient justes : cette année, pour Noël, les Sello et les Twala célèbrent effectivement l’arrivée d’un nouveau membre, le bébé tant espéré par Beauty et Sbu. Après la fausse-couche de la saison précédente, ça met du baume au cœur.
Comme pour les années précédentes, How to Ruin Christmas combine des intrigues feuilletonnantes à une formule semi-anthologique, qui force les deux belles-familles à ne se retrouver que, contraintes et forcées, à l’occasion combinée de Noël et d’une fête plus spécifique, unique à la famille. La formule a fait ses preuves, et permet aux membres de la famille étendue de se confronter les unes aux autres, sans les empêcher d’évoluer chacune de leur côté entre deux saisons. Après un mariage et un enterrement, un événement en lien avec un bébé faisait sens. Si, comme je l’espère (et le pressens : la série s’est placée dans le Top10 de Netflix de plusieurs pays africains, ce mois-ci), elle revient pour une quatrième saison, les jalons sont d’ailleurs posés pour le prochain événement à célébrer ensemble.

Depuis l’an passé, chaque unité de la famille a fait du chemin.
Chez les Twala, pour commencer, on a trouvé la rédemption… financière. Grâce à l’aide de Sbu, les affaires de Vusi et Valencia se portent à nouveau au beau fixe ; quand la saison commence, Vusi ne parvient pas à s’empêcher, comme à son habitude, de se faire mousser dans les médias, cette fois à l’occasion de l’achat d’une loge de luxe en plein cœur de la nature. Apparemment Vusi s’est convaincu qu’étaler sa richesse de la sorte allait lui permettre de redevenir un membre influent du gouvernement, puisque par miracle il a conservé son poste de ministre ; mais dans cette nouvelle saison il s’avère tellement touchant que je promets qu’au moment du Grand Soir, on le mangera en dernier. En tout cas son succès, obtenu presque totalement grâce à Sub, conduit Themba à se sentir inférieur. Il voudrait proposer des idées à son père mais n’est jamais entendu ; c’est d’autant difficile pour lui que, avec Lydia, il doit aussi souffrir la croissance extrêmement difficile du petit démon qui est né l’an dernier, Shaka. Ce gosse est, et j’exagère à peine, une fontaine à merde, et les parents sont épuisées, ce qui n’aide pas à s’affirmer devant Vusi.
Chez les Sello, voilà maintenant que Dineo est à la retraite comme promis. Mais par un retournement assez habile des dynamiques, celle-ci, à force de fréquenter les Twala, commence à taper sur le système de son entourage à force de se prendre pour une grande dame (…ou, si on en croit ses proches, une Real Housewife). Pourtant Dineo, elle, est convaincue de n’avoir pas changé, d’être toujours le yin du yang des Twala, pieuse et honnête contrairement à ces riches escrocs. Grace, de son côté, commence à s’impatienter de vivre à travers les aventures des autres membres de sa famille, et s’impatiente de n’avoir pas eu de vie amoureuse depuis des lustres. Quant à Shadrack, comme d’habitude il joue toujours le comic relief, accompagné de son fidèle mouton Succulent.
Au milieu de tout ça, Sbu et Beauty attendent donc, ENFIN, leur premier enfant. Le couple est sur-préparé à l’arrivée du bébé (dont elles ont convenu de garder la surprise du sexe biologique pour le moment de la naissance), ce qui sans aucun doute est une séquelle de la terrible fausse-couche affrontée l’an dernier ; mais en-dehors de ça, leur amour est au beau fixe.
Quant à l’éléphant dans la pièce, c’est-à-dire le sort de Tumi, il est expliquée comme une simple absence : pour Noël, cette année, elle est partie en vacances en solo. Dans How to Ruin Christmas, c’est canon pour le moment : Tumi est résolument en vie. On assistera même brièvement à une conversation téléphonique « avec » elle. D’après ce que je comprends, la production de la saison était entamée quand Busi Lurayi est décédée, donc peut-être n’y a-t-il pas encore eu de réflexion sur la façon d’amener la disparition du personnage de Tumi, je ne sais pas. Elle ne peut certainement pas être absente indéfiniment, c’est déjà assez étonnant qu’elle ait zappé la naissance du premier enfant de sa sœur. Il ne faudra pas s’attendre à en savoir plus sur elle, si ce n’est qu’à son habitude, elle a décidé de n’en faire qu’à sa tête cette année.

Pour cette troisième saison, How to Ruin Christmas ne bénéficie que de trois épisodes (c’est-à-dire un de moins qu’en saison deux, mais le même nombre que pendant sa saison inaugurale). C’est un peu bref pour qui, comme moi, serait prête à regarder la série pendant des dizaines d’heures si c’était possible, mais ça permet à la série, en tout cas, de ne pas s’embourber dans les péripéties. Et elles seront déjà pas mal nombreuses, croyez-moi, en particulier pendant le premier épisode qui sert autant de mise en place que de mise en jambes.
C’est que, cette année, les festivités ont été planifiées pour éviter au maximum que les Sello et les Twala n’aient à passer trop de temps ensemble. Quelques jours avant Noël, Beauty (forcée par sa mère et sa belle-mère, bien que séparément) tiendra donc sa baby shower, avant que les deux familles ne se séparent et passent les jours suivants chacune de leur côté. Les Sello retournent dans leur maison, et les Twala partent pour la loge nouvellement acquise en plein milieu de la nature sauvage pour quelques jours d’oisiveté totale.
Alors, comprenons-nous bien : quand je parle de loge, il s’agit plutôt d’un immense domaine dans la savane, avec un large ensemble de plusieurs pavillons de luxe, plus un spa privé et évidemment une piscine. Mais il y a aussi, pour qui voudrait vivre une grande aventure, des jeeps, de l’équipement de chasse, et un ranger à disposition. A ce stade c’est quasiment une micro-nation !
Naturellement rien ne se passe comme prévu, et malgré une énorme dispute pendant la baby shower (qui, une fois de plus, pousse Beauty à s’enfuir de la fête… j’aime que How to Ruin Christmas reconnaisse que c’est devenu une habitude à ce stade), tout ce petit monde finit par se diriger vers la loge au lieu de passer les fêtes séparément. Il faut dire que la maison de Dineo est littéralement partie en fumée dans le premier épisode de la saison…

Comme toujours, How to Ruin Christmas commence donc par nous faire crouler sous les informations, les bêtises, les cris et les problèmes. Et comme toujours, c’est dans sa résolution de tous ces conflits qu’elle brille.
Personne ne sort grandi du premier épisode de cette nouvelle saison. Les deux mères, Dineo et Valencia, sont aussi insupportables l’une que l’autre (Dineo a un très intéressant complexe de supériorité que je trouve très rafraîchissant dans cette saison), ignorant les souhaits de Beauty et prenant souvent Sbu en sandwich dans leur altercations ou leurs plans. Themba lutte pour un peu de reconnaissance, impossible à obtenir et qui le fait apparaître plus piteux que jamais ; heureusement Lydia, même épuisée par leur fils (qu’elle va passer le plus clair de la saison à essayer de refiler à d’autres pour ne pas avoir à affronter sa légendaire production fécale), l’encourage comme elle peut, mais ça ne résout pas les problèmes d’estime. Grace est en chaleur, et n’arrive pas à conclure avec le ranger. Et surtout, surtout, il y a cette jeune femme, Zama, une influenceuse débarquée de nulle part qui embarrasse tout le monde à chaque événement familial où elle débarque…
…Mais lentement, alors que les secrets se dévoilent, que les personnages s’affrontent, et que les émotions émergent, on se rassure : How to Ruin Christmas a conservé sa magie. Vulnérables, les protagonistes n’ont d’autre choix que d’apprendre l’humilité (un parcours nécessaire pour Dineo, mais aussi attendu de longue date pour Valencia ; l’actrice Charmaine Mtinta est d’ailleurs la MVP de la série cette saison). L’une après l’autre, les protagonistes de la série vont devoir dévoiler ce qu’elles ont fait de pire avant de trouver l’acceptation par les autres membres.

Si bien qu’après trois épisodes menés tambour battant, How to Ruin Christmas continue d’être ce conte bouillonnant d’énergie sur ce que cela signifie que de faire famille, pas vraiment parce qu’on s’aime mais plutôt parce qu’on fait l’effort de s’aimer. C’est ce qui, chaque année, fait de cette série une réussite, cette capacité à parler du vivre ensemble (d’ailleurs, cette année, on peut ajouter un peu d’afrikaans à l’éventail déjà large de langues parlées dans la série) non pas parce qu’il va de soi, mais parce qu’il demande du travail, de l’écoute, de l’ouverture d’esprit… et d’ouvrir son cœur, aussi. Combien de bons moments cette famille ignorerait-elle si elle se montrait incapable d’affronter tous les mauvais ? Beaucoup moins, c’est sûr ! Et pour cause, on en arrive désormais au stade où les bons moments des saisons précédentes deviennent des anniversaires (celui du mariage de Sbu et Beauty ; celui, plus triste mais également évoqué notamment par le frère de Vusi, de la mort de Gogo Twala), donnant toujours plus de signification aux instants partagés.
Dans How to Ruin Christmas, le happy ending (…temporaire), il n’est pas un dû : c’est une récompense pour avoir fait de la place pour toutes les membres de la famille, quels que soient leurs défauts, quelles que soient leurs souffrances.

Même avec le vide laissé par Busi Lurayi (qui implique probablement que Tumi ne trouvera jamais vraiment sa rédemption, hélas), cette nouvelle saison de How to Ruin Christmas continue de me remplir de joie (sauf peut-être pour Succulent). Peu de choses sont aussi touchantes, par les temps qui courent, que cette étrange famille qui cherche à tout prix à s’entendre alors qu’elle a tant de mal à le faire. Mais qui, Noël après Noël, trouve quand même un moyen de faire un peu plus la paix avec qui ses membres sont.
On devrait toutes ruiner nos Noëls de cette façon.


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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

1 commentaire

  1. Céline dit :

    J’ai appris le décès de Busi Lurayi avec le générique de fin du 1er épisode, j’avais pas du tout vu passer l’info l’été dernier. C’est plus pareil sans elle, surtout que Tumi était mon personnage préféré. J’avais lancé le 1er épisode avec beaucoup d’impatience et de joie de retrouver les personnages, et j’en suis ressortie avec un sentiment bizarre et beaucoup de tristesse en ayant appris la nouvelle. J’ai été un peu surprise que son absence soit traitée de façon aussi légère, mais avec l’explication que la production avait déjà commencé, je comprends mieux.
    J’ai mis un peu de temps avant de lancer les épisodes suivants, pour au final me retrouver autant prise dans l’histoire que pour les saisons précédentes. Comme toi, j’aime beaucoup tous ces conflits et toutes ces intrigues qui partent dans tous les sens, les secrets, les quiproquos, pour finalement être résolus à la fin de la saison.
    Petit aparté, mais pour le #BingoSéries auquel je participe sur Twitter, pour le mois de décembre il y a une action qui est de regarder au moins un épisode de chaque continent, et à cette occasion j’ai vu plusieurs participants commencer How to Ruin Christmas, je suis ravie que de nouvelles personnes découvrent la série !

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