No one told you life was gonna be this way

5 mai 2023 à 8:34

Être adulte, ce n’est pas une partie de plaisir. Pardon d’enfoncer des portes ouvertes, hein ! C’est pourtant le thème que courageusement, la série sud-africaine Adulting s’est de toute évidence choisi, en suivant quatre potes dans la vingtaine, vivant à Johannesburg.

Trigger warning : violences domestiques.

Sur le papier, je n’étais pas plus impressionnée que ça. Toutefois, en jetant un oeil à son premier épisode, j’ai bien dû reconnaître que la série a un petit quelque chose en plus. La façon dont elle conduit son exposition est très intéressante, voire même courageuse en un certain sens, et il se dit des choses qui ne manquent pas d’intérêt. Alors direction l’Afrique du Sud aujourd’hui, avec une review en bonne et due forme.

En fait, je réalise qu’il est un peu difficile de vous résumer ce premier épisode sans vous gâcher un peu de l’effet de surprise de sa structure : Adulting commence comme un conte de fée moderne, une folle journée placée sous le signe de l’escapisme. Mais comme je vous connais, je me doute que vous ne verrez jamais cet épisode, donc je me permets.

Le point de départ, c’est la nouvelle incroyable que Bonga reçoit de bon matin, quand un appel l’informe qu’il a remporté un contrat juteux de 80 millions de rands (presque 4 millions d’euros). Alors certes, ça l’a interrompu dans ses ébats avec son plan cul régulier, mais ça lui a aussi donné une énergie de folie ; porté par la joie d’avoir réussi, il se précipite chez un concessionnaire Brabus pour y acheter une nouvelle bagnole, et dans la foulée invite ses potes Vuyani, Eric, et Mpho accompagné de sa petite amie Palesa, à aller s’éclater au prestigieux club KONKA (déjà vu dans la saison 3 de How to Ruin Christmas, personne ne bosse aussi dur que l’attachée de presse de ce club !). Section VIP, ça va de soi.
Le champagne hors de prix coule à flots, les femmes sont belles, la musique est forte. C’est un vrai bon moment, victorieux et insouciant. Nos quatre amis se chambrent gentillement, tout en profitant des largesses de Bonga dont la réussite fait envie.

…Sauf que ce moment au KONKA marque aussi le moment où Adulting opère un pivot, à la fois dans sa journée et dans sa présentation des protagonistes.
Tout bascule quand Natasha, l’ex d’Eric, arrive au club au bras de son nouveau petit ami. Bon, déjà, sur le principe, ça irrite Eric ; mais le pire c’est qu’elle lui avait dit qu’elle serait à Durban ce jour-là, et que c’était la raison pour laquelle il ne pourrait pas voir sa fille, Ncumisa, alors que c’était son tour de passer du temps avec elle. Eric n’est pas d’un tempérament calme, surtout lorsqu’il s’agit de sa fille ; il devient immédiatement violent, tout le club est de gré ou de force emporté par la bagarre (ses potes, évidemment, rejoignent la mêlée pour l’aider), et finalement les choses prennent un tour encore plus grave lorsqu’il dégaine une arme que tout le monde ignorait qu’il portait. Après qu’il ait tiré un coup de feu en l’air, heureusement ne blessant personne, ses amis parviennent à le convaincre d’arrêter les frais, et tout ce petit monde s’échappe dans la Brabus.
Well, that escalated quickly.
A partir de là, finie l’insouciance, qui n’aura duré que 10 minutes de cet épisode. Adulting force un retour progressif de chaque protagoniste à la réalité, tandis que Bonga raccompagne ses potes un à un dans sa voiture neuve. Le premier arrêt est dans le township où vit Natasha, histoire de récupérer Ncumisa, une adolescente surprise mais ravie de voir son père. Le second arrêt est chez Eric, qui vit avec sa mère dans une petite maison d’un township également. Le troisième arrêt est l’occasion de ramener Mpho chez lui, où l’attendent ses deux jeunes fils et surtout sa femme, Zithulele ; tout le monde en profite pour prétendre que Palesa est la petite amie de quelqu’un d’autre que Mpho. Le dernier arrêt rend Vuyani au fabuleux manoir où il vit… qui appartient en fait à la riche femme qui l’entretient, et qui s’avère même violente quand il ne lui obéit pas. Finalement, sa voiture vide, Bonga prend la route de la campagne pour aller rendre visite à sa mère et son frère alcoolique dans la toute petite maison qu’elles occupent en zone rurale.

Le lent détricotage de la grande vie mise en place dans les premières minutes n’est rien moins que brillant. L’effet est terrible, et en même temps efficace en diable, soulignant à la fois que la série a plus à offrir qu’une vision fantasmée de la vie adulte. C’est quasiment une métaphore du passage à l’âge adulte qui se joue même sous nos yeux, alors que la fête est bel et bien finie. La réalité, c’est que non seulement la réussite de Bonga est relative (en réalité on apprendra qu’il n’a pas gagné 80 millions, mais que son contrat vaut la construction d’un bâtiment d’une valeur de 80 millions, et la nuance n’est pas un détail), mais que tout le monde n’a pas forcément réussi sa vie.

Quatre types de virilité : « Gintsa » (malfrat), « Family man », « Madlisa » (carefree) et Alpha.

Eric est selon toute vraisemblance celui des quatre copains qui galère le plus : sa vieille mère est sa charge, il est un simple garagiste, et de toute évidence sa séparation lui pèse. On découvrira au fil du reste de l’épisode que sa seule façon de régler ses factures (et j’inclus là-dedans les pots de vin à la police, lorsqu’il se fait arrêter pour le kidnapping de Ncumisa après que Natasha ait porté plainte) consiste à braquer des conducteurs de voitures de luxe pour les voler et les revendre sur le marché noir. L’avenir semble sombre pour lui, et même ses amis lui font remarquer qu’il faut qu’il arrête de se comporter comme Papa Action, un personnage violent de la série culte Yizo Yizo (d’ailleurs récemment ajoutée sur Netflix, au passage ! Si vous êtes abonnée, allez y jeter un oeil).
Mpho semble a priori plus à l’abris : il a sa propre famille, une maison, tout l’amour du monde. Peut-être même un peu trop si l’on inclut Palesa. Or, lorsque Mpho est raccompagné par toute la bande dans cet épisode, et que sa femme Lele rencontre Palesa sans savoir que celle-ci est la maitresse de son mari, un déclic se produit. Pas dans le sens que l’on croit, toutefois : Palesa réalise que son homme ne la choisira jamais, qu’elle se prépare à une vie avec un homme qu’elle aime, certes, mais la cachera toujours ; elle accepte une demande en mariage quelques heures plus tard. Le cœur brisé, Mpho comprend qu’il est non seulement épris de sa petite amie, mais qu’il n’est pas certain de vouloir s’investir dans son mariage maintenant qu’il n’a plus Palesa à ses côtés. Il fallait sûrement y penser avant… C’est un joli twist sur les tropes concernant les dynamiques de ce genre, honnêtement.
La vie de Vuyani semble en comparaison plutôt facile : il vit aux crochets soit de sa sugar mommy, soit de ses copains. De son propre aveu, il n’a pas besoin d’un job, juste d’une belle gueule et d’une queue qui fonctionne… sauf que ce type de prostitution a des avantages, certes, mais aussi des inconvénients. Et toutes les fringues neuves du monde ne changent rien au fait qu’il est profondément dépendant d’autrui, en particulier quand, comme Beth, on utilise ce pouvoir financier pour prendre le contrôle de sa vie. Si à ce stade de l’épisode, j’avais deviné que la vie de chacun serait bien moins rose qu’initialement présenté, je ne m’attendais vraiment pas à ce que Vuyani soit une victime de violences domestiques, quelque chose qu’Adulting présente (et c’est d’autant plus important vu à qui elle s’adresse en priorité) sans l’emasculer.
Le cas de Bonga est un peu plus complexe. Sa vie, effectivement, dans les grandes lignes, est plaisante : il a de l’argent (même si dans ce premier épisode, l’univers ainsi que sa mère tentent de lui faire savoir qu’il le dépense un peu trop facilement), des potes sur qui compter (même si dans cet épisode, c’est surtout eux qui comptent sur lui), une vie sexuelle épanouie (Adulting aime bien les scènes de sexe, comparativement à la majorité des séries sud-africaines), et il s’apprête à prendre soin de sa famille (un classique des relations filiales dans les séries africaines). Mais cette existence n’est bien qu’en surface : cela reste une vie solitaire. Son plan cul depuis 6 mois l’avertit : un jour, il va s’apercevoir qu’il est seul ; peut-être que ça ne le convainc pas de se mettre en couple sérieusement avec elle, mais la prédiction semble se confirmer quand sa propre mère, au village, l’alerte sur le même registre. Si un arbre tombe dans la forêt et que personne ne l’entend, est-ce vraiment important qu’il ait été riche ? Je me suis perdue en route dans ma métaphore, mais vous saisissez l’idée, et Adulting semble décidée à s’en saisir également, quand quelques heures plus tard Bonga rencontre une spectaculaire jeune femme, à propos de laquelle il glisse à ses amis qu’il est certain qu’elle deviendra sa femme. Hélas, elle ne semble pas partager cet avis… Personne n’a jamais dit qu’on se sortait de la solitude si facilement.

Adulting a vraiment une énergie intéressante, parce qu’elle arrive à ménager un côté fun, glamour, pleine de belles villas et de grosse cylindrées… tout en racontant des choses très sérieuses avec une grande finesse. Même les portraits qui pourraient être des clichés, comme celui d’Eric, ont dés ce premier épisode une profondeur bienvenue, portée par une distribution solide (les expressions de l’interprète d’Eric dans la scène de discussion avec sa fille au garage, c’était quelque chose). La série trouve dés ce premier épisode un équilibre relevant quasiment du miracle, et c’est typiquement le genre de fiction sud-africaine qui mériterait d’être vue par le plus grand nombre.
En attendant, rappelons que Showmax, la plateforme qui propose la série depuis mars, offre 15 jours d’essais gratuit… y compris en Europe. Aucune excuse pour mes lectrices.


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