This my party, I can cry when I want to

7 mai 2023 à 22:10

Que de mélancolie dans le premier épisode de Planners, une série argentine que STAR+ (techniquement ST★R+) a lancée vendredi et qu’il m’a prise un peu au dépourvu. Sur le matériel promotionnel, sur les résumés, sur Wikipedia même ! tout le monde me promettait une dramédie se déroulant dans le milieu inoffensif de la planification d’événements festifs. A les croire, j’allais passer un moment tout léger, tout innocent, tout lumineux.
Alors que pas du tout. Planners démarre avec un cafard monstrueux ; compréhensible, il n’en devient pas moins contagieux. Après je vous concède bien volontiers qu’en ce moment il m’en faut peu.

La série tourne autour de Malena, une femme qui dans ce premier épisode signe ses papiers de divorce. Pour tout dire, elle était épuisée avant même que son avocat et celle de son ex, Marcus, ne se rencontrent. Cette séparation lui a bouffé toute son énergie, et même si elle a la vague impression de s’être fait avoir dans le partage des biens, tout ce qu’elle veut c’est que ça finisse, puisque de toute façon ça doit finir.
Vous imaginez bien qu’on ne s’amuse pas tellement à la voir passer par cette période compliquée. Mais…

Dans le divorce, Malena a donc tout cédé. L’agence évènementielle qu’elle avait co-fondée avec Marcus ? Elle la lui a laissée en échange d’une simple indemnité de licenciement (les documents parlent d’elle comme d’une simple « ancienne employée »), alors même que c’était sa passion, et que cela la sépare de son ami et assistant Ray. Tout ce qu’il lui reste, c’est certes une magnifique villa, mais celle-ci est chère à entretenir et se prépare probablement à devenir un gouffre financier. Mais même ça elle ne veut pas y penser, parce qu’elle vient de divorcer et qu’elle a le cœur trop lourd pour s’inquiéter d’autre chose.
Son entourage n’a en plus pas vraiment l’air de comprendre par quoi elle passe. Sa mère est à moitié convaincue qu’elle devrait se remettre avec Marcus, à moitié dans l’attente de sa prochaine rencontre amoureuse, comme si c’était la priorité ! Sa sœur Clara est persuadée qu’il faut à tout prix lui changer les idées, ne réalisant pas qu’il est impossible d’oublier qu’elle vient de divorcer juste parce qu’elle est trainée de force dans un club quelconque. Son propre fils, Javi, n’en a absolument rien à péter ; certes c’est un adolescent, et il est préoccupé par sa petite amie Luna, mais pour lui pas grand’chose ne semble avoir changé, dans le fond. Il y a bien le père de Malena, Lito, qui tente de lui parler… mais le truc, c’est que Malena ne veut pas parler. Elle veut juste ruminer sa douleur, la vivre à fond, un verre d’alcool à la main idéalement.
Donc, oui, dans les jours qui suivent la signature de son divorce, Malena nous fait une dépression, et on ne saurait le lui reprocher.

Entre alors en scène Cali. Vous connaissez Cali. Vous avez FORCÉMENT rencontré une Cali ; ou peut-être que vous êtes une Cali, même ! Cali c’est une amie de Clara (la frangine de Malena, vous suivez ?), riche, exubérante, aucun soucis dans la vie, pas franchement du genre à faire du sentiment. C’est une tornade. Et c’est une tornade obstinée : lorsque, le soir de la signature des papiers, elle croise Malena, lui reviennent immédiatement en mémoire comment, il y a presque 9 ans déjà, celle-ci avait organisé son mariage. Ne tarissant pas d’éloges épuisantes sur la qualité de son travail d’organisatrice, Cali se met alors en tête que Malena organise pour sa nièce une fête d’anniversaire grandiose, l’argent n’étant évidemment pas un sujet de discussion. Cali a un gros problème de compréhension lorsqu’il s’agit des limites d’autrui ! Elle s’invite sans prévenir chez Malena, décide unilatéralement de l’embaucher pour cette fête, a de grands projets qu’elle exprime avec enthousiasme mais jamais de façon précise, suit Malena dans ses journées d’organisation (quand, contrainte et forcée, elle finit par quand même organiser l’anniversaire en question). Bref, elle ne la lâche plus.
Mais si, vous connaissez Cali : c’est une forceuse. Le genre qui vous pousse à faire des choses que vous ne vouliez pas faire ; à sortir de votre coquille, à sortir de chez vous, à sortir de votre zone de confort. Le genre que rien ne fait taire, rien n’arrête, rien ne fait céder. Et qui par quelque tour de magie finit par vous entrainer dans son sillage, à contrecœur mais quand même galvanisée par toute cette énergie qui semble inépuisable.

Les Cali, quand on est une Malena, ça nous énerve. Les personnes qui vont très bien, quand on va mal, en général ont cet effet ; mais c’est pire encore quand elles tentent à tout prix de nous ramener de leur côté de la barrière sans qu’on y soit prête. On tire tellement de frustration et de colère de ce genre d’interaction… En même temps, j’ai le regret d’admettre que n’est peut-être pas le genre de personne qu’on a envie de voir, mais c’est le genre de personne dont on a un peu besoin. On voudrait ne pas en avoir besoin, c’est tout le problème. On voudrait avoir raison d’être au fond du fond, et qu’on nous laisse là à mariner dans notre dépression (souvent justifiée par les circonstances)… sauf que la réalité c’est que ça, c’est déjà la dépression qui parle ! Et elles le savent !
Les Cali du monde font une faveur aux Malena de ce monde, mais ne leur dites pas, ça les rendrait encore plus insupportables. Parfois, on a besoin qu’une Cali nous prenne en charge et nous force à nous reprendre en main dans le même mouvement. Mais on a aussi besoin qu’elle mette la pédale douce et qu’elle ralentisse un peu pour calquer son rythme sur le nôtre. Vous êtes épatantes, les Cali ; mais ayez pitié de nous, les pauvres Malena au cœur décomposé : on n’est pas sorties de votre moule.

La fin du premier épisode de Planners est touchante, et satisfaisante, et même prometteuse. A vous je peux bien le dire : j’y suis allée de ma petite larme. Je trouve fou que dans tout ce qu’il lui arrive, Malena soit tombée au pire des moments sur la personne optimale. J’ai un peu hâte qu’on apprenne que tout n’est pas aussi simple pour Cali qu’elle le laisse paraître (c’est la Malena en moi). Toutefois, pour le moment je veux aussi savourer combien Planners, avec son univers friqué et ses fêtes sans queue ni tête (une soirée « Kpop mais sans le côté fuchsia » ?!), a réussi à mettre dans la même intrigue deux protagonistes avec une telle dynamique.
Ce n’est peut-être pas ce que j’avais envie de voir, mais c’est ce dont j’avais besoin.

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3 commentaires

  1. Mila dit :

    « Kpop mais sans le côté fuchsia » …. « ? » indeed. Je suis intriguée, pourquoi fuchsia… Après je ne suis plus trop la kpop donc peut-être que j’ai pas vu passer cette tendance. Bref. Pas le sujet de l’article.

    On a en effet tous besoin d’une Cali de temps en temps dans notre vie u.u Je ne sais pas si j’en ai rencontré des aussi énergiques que celle que tu décris, mais des plus soft oui, et elles sont nécessaires. Je suis contente que la série t’ait procuré quelque chose dont tu avais besoin !

    Aussi, d’un point de vue parfaitement superficiel, j’imagine que la femme en blanc sur le canapé est Malena, et elle est magnifique ** J’ai un gros faible pour les coupes de ce genre sur une femme~

    • ladyteruki dit :

      « Kpop mais sans le côte fuchsia » est une commande de la nièce de Cali sur ce qu’elle veut comme thème pour sa fête d’anniversaire et ça a à peine plus de sens dans le contexte, honnêtement XD
      Deux autres choses :
      1/ Elle est magnifique et 712% de la raison pour laquelle j’ai regardé ce pilote quand j’ai plein d’autres séries sur le feu.
      2/ C’est effectivement Malena !

  2. Mila dit :

    « 1/ Elle est magnifique et 712% de la raison pour laquelle j’ai regardé ce pilote quand j’ai plein d’autres séries sur le feu. »

    Je ne peux que comprendre u.u Autant le fuschia est mystérieux, autant là, ça fait parfaitement sens.

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