Pourquoi sommes-nous téléphages ?

17 juillet 2008 à 22:28

Bonjour, je suis lady, et je suis téléphage.

Aujourd’hui, le psy de mon groupe de thérapie, les AA (les Appeurs Anonymes) m’a conseillé de passer à l’étape 7 de notre programme. Il dit que je suis prête.

Le cheminement de notre programme est strict, mais je m’en sors bien. Je vous résume le chemin que j’ai parcouru jusqu’à présent :
– le plus dur, c’était l’étape 1 : détruire mes cartes de fidélité pour chaque grande surface culturelle (c’est d’autant plus dur que les cartes étaient plastifiées)
– l’étape 2 n’était pas mal non plus : demander le pardon de tous ceux qui ont pâti de mon addiction (par exemple quand je leur raccrochais au nez à la fin de la pub…)
– aha, la 3 par contre, c’était facile : ne plus acheter de DVD de séries ! (c’est peut-être parce que je suis tombée au chomdu à ce moment-là… d’ailleurs il faut que je me surveille, c’est en train de revenir)
– pour l’étape 4, il a fallu que je fasse l’inventaire de toutes les séries que j’avais regardées ; j’ai bien commencé mais on m’a autorisée à poursuivre les autres étapes en parallèle, histoire que je progresse avant la fin du siècle
– le pallier suprême, c’était l’étape 5, décisive : il m’a fallu passer une semaine complète sans regarder de série (je n’ai jamais passé autant de temps sur internet que cette semaine-là, mais ne vous inquiète pas, je règle ça avec mon autre groupe de thérapie !)
– l’étape 6 exigeait de moi que je jette symboliquement une enregistrement de mon choix, et je jure que c’est complètement par hasard que j’ai jeté cette VHS à la bobine fondue que j’avais conservé ces 10 dernières années !
Donc, voilà, j’avance dans ma guérison, et j’en suis arrivée à l’étape 7, peut-être celle qui est le plus tournée vers l’introspection : je dois me demander pourquoi je suis téléphage.

Et vous ? Vous vous êtes déjà posé la question ?
Attention, je ne vous demande pas pourquoi dans le sens « qu’est-ce qui vous y a conduit », on sait tous très bien comment ça commence : d’abord on tient le DVD d’un copain, ensuite on essaye, après tout, tout le monde le fait, et puis on regarde une série, puis deux, puis trois, et on ne s’arrête plus. C’est sournois parce que c’est complètement passé dans les moeurs de regarder des séries, et on se laisse embringuer sans même s’en rendre compte…

Bon, bref, mon travail à faire, avant la prochaine réunion de mon groupe de thérapie, je dois me demander non pas comment tout a commencé, mais bien pourquoi je continue. Il y a probablement autant de raisons que de téléphages, mais tentons tout de même d’esquisser une carte du Tendre de la téléphagie, d’accord ?

Dans les raisons qui font qu’on est téléphage récidiviste, on distingue trois groupes de raisons : celles qui sont liées à la personnalité du téléphage, celles qui sont liées au contenu des séries qu’il regarde, et celles qui sont liées à la forme-même des séries. Ces trois grandes familles se combinent à volonté, selon aussi les opportunités… eh oui, un exemple : lorsque j’étais jeune, je n’avais pas la possibilité matérielle d’être téléphage, et du coup, cette composante de mon existence s’est mise en stase jusqu’à ce que j’aie à la fois le mobile et l’opportunité de devenir la téléphage déviante que je suis à présent (mais j’ai donné pas mal de signes avant-coureurs, qui, s’ils avaient été repérés, auraient permis que je sois soignée à temps).

Il y a donc, pêle-mêle…
Celui qui regarde par ennui ; c’est ce qu’il a trouvé de mieux en zappant et il y est resté.
Celui qui regarde par habitude.
Celui qui a envie de penser à autre chose.
Celui qui aime un genre en particulier, et qui peut ainsi avoir son fix régulièrement.
Celui qui espère des « émotions fortes » (scènes d’action, larmes faciles…).
Celui qui a envie de vivre par procuration des existences différentes de la sienne.
Celui qui aime les belles histoires.
Celui qui a envie de découvrir d’autres points de vue.
Celui qui a besoin de trouver une ailleurs une résonance à ce qui lui arrive.
Celui qui aime avoir un rendez-vous régulier.
Celui qui aime se poser des questions.
Celui qui aime se remuer les méninges.
Celui qui aime passer un bon moment en famille ou entre amis.
Celui qui a envie de comprendre ce qui se dit à la machine à café.
Celui qui apprécie de prendre le temps de voir se développer une intrigue ou un personnage.
Celui qui n’a pas la possibilité d’aller souvent au cinéma.
Celui qui succombe à la mode.
Celui qui veut être mis à rude épreuve.
Celui qui veut rire.
Celui qui veut se moquer.
Celui qui aime le popcorn.
Celui qui a déjà beaucoup aimé une série qui s’est finie et qui cherche un remplaçant éperdument.
Celui qui a soif de découvertes.
Celui qui suit le parcours d’un autre.
Celui qui est curieux.
…Et en plus de ceux qui cumulent plusieurs raisons, il y a aussi tous les autres !

Au regard de ce rapide tour d’horizon, je serais plutôt celle qui a envie de ressentir un maximum d’émotions différentes (parfois afin d’exorciser les miennes, parfois parce qu’il y en a que je n’ai pas l’occasion de ressentir), si possible dans le registre le plus difficile à encaisser, de découvrir des univers et/ou des modes de vie et de pensée à mille lieues de ma propre existence, et surtout, oui, surtout, j’ai besoin d’alimenter ma soif de nouveauté et d’éclectisme, étant une versatile gourmande de nature. Ne surtout pas l’étancher, juste la nourir, l’apaiser en l’entretenant…
Et vous, alors, pourquoi êtes-vous téléphage ?

PS : la rédaction de ce post m’a donné envie de revoir le truculent pilote de The Trouble with Normal. Damned, je dois faire la fiche SeriesLive d’abord, on dirait !

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2 commentaires

  1. Nakayomi dit :

    Je crois que je serais plutôt du genre « celui qui aime les rendez-vous réguliers »… Et aussi « celui qui espère des émotions fortes »… Une série qui ne procure pas d’émotions, c’est une série vaine (et c’est un peu le problème que j’ai eu face à Battlestar Galactica… Une série qui fait sans doute réfléchir, mais qui ne m’a procuré… rien du tout. Pas de rires, pas de larmes, pas de fascination… J’suis resté très indifférent en face des épisodes… Et ça, c’est mauvais… Très mauvais).

    Et puis, peut-être en arrière plan, « Celui qui a déjà beaucoup aimé une série qui s’est finie et qui cherche un remplaçant éperdument. » Chose pas si aisée que ça. Ca y est, avec Doctor Who je crois avoir trouvé la digne héritière de Buffy, mais quand ça va se finir… Il faudra repartir à la recherche de cette série qui fait vibrer mon petit coeur de fan… ^_^

    (J’voulais en trouver un autre, mais difficile, tu as été très exhaustive ! ^_^; )

  2. Miss L. dit :

    Moi, je crois que c’est un peu de tout ça =D

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