Veni, Vidi, Vitii

17 novembre 2009 à 0:07

Entre mon obsession asiatique et mes journées à rallonge, j’ai tout de même fait de la place, ce dimanche, pour le pilote de V (que dans les tags, pour des raisons pratiques, je qualifierai de New Gen). Il faut dire que si à mes yeux la rentrée s’est finie il y a quelques semaines, j’attendais plus ou moins cette nouveauté. Son arrivée en novembre lui a permis, il est vrai, de ne pas être noyée dans le flot de pilotes cet automne. Elle m’a aussi demandé beaucoup plus d’efforts que pour les autres séries puisque, cette saison, je me suis juré de ne céder à l’appel d’aucun trailer, aucune news sur le contenu.

Tout ce que je savais, c’était qu’on y trouverait Morena Baccarin, plus amaigrie que jamais, et qu’il n’était pas question, hélas, de reprendre le thème de la Seconde Guerre Mondiale.

Un thème qui pour moi est l’essence-même de V, sa raison d’être. Il semblait absurde de vider la série de son sens pour la rendre plus actuelle. Rien n’est plus actuel que les problématiques liées à la résistance, la collaboration, l’holocauste. Ce sont des sujets qu’on ne devrait jamais juger être passés d’actualité. C’était même l’un des enseignements de la série originale, j’ai encore en mémoire le regard de ce vieil homme, dans le pilote, qui regardait débarquer les Visiteurs l’air de vouloir hurler « j’ai vu tout ça, je l’ai déjà vu, n’oubliez jamais ». V était une série contre l’oubli, qui s’adressait à la première génération qui n’avait pas connu la Seconde Guerre Mondiale, et qui avait besoin de leçons de ce genre. V portait la marque du souvenir, pas de l’actualité. V portait aussi un passé lourd de nostalgie téléphagique, comme pour beaucoup de nous je crois, et pour moi, c’était le souvenir d’une série regardée avec ma mère, m’expliquant les références historiques, les parallèles avec l’Histoire et l’histoire, celle d’un continent et celle de ma famille. Et renier tout ça, ce me semblait être, en amont de mon visionnage, une trahison insurmontable.

Et pourtant, au fil du pilote, je dois reconnaître que la mythologie lézard s’est parfaitement accordée aux problématiques sur le terrorisme. J’ai été la première surprise de la façon dont les éléments de V se sont bien incorporés dans ceux de V (New Gen), et je me suis dit que finalement, le message de cette nouvelle série pouvait être intéressant aussi.

Mais à l’instar de Flash Forward, ce que je vois en potentiel reste justement purement potentiel. On se dit que ça peut donner quelque chose de bien… plus tard. Mais que pour le moment, même si on trouve que c’est probant, le pilote peine à convaincre de façon immédiate.

Il ne manquait ni Marc Singer et son faciès simiesque, ni Julie et sa belle voix toute en panache et en rigueur, ni Diana et sa permanente insolente… Ce n’était pas lié à un manque mais à une impression d’absence. Il manquait du charisme à la démonstration. La nouvelle cuvée de V n’a pas l’ambition d’utiliser la science-fiction pour ce qu’elle devrait toujours être, une métaphore. Elle cherche seulement à divertir sans fâcher les fans et sans être trop bête. Elle construit sa trame avec une certaine dextérité mais sans âme. Oui, il manque une âme à ce V.

C’est encore plus criant au deuxième épisode. En fait cet épisode semble être la seconde partie du premier, il est dans son ombre, dans son sillon, dans ses jupes, car il est toujours dans l’installation ; l’installation de problématiques et de dynamiques : avec qui s’allier et à qui s’opposer, comment lutter et comment collaborer, qui chercher et qui fuir. V se lance alors dans une démarche très proche de celle de Flash Forward, une quête héroïque, une suspicion permanente, des dissimulations. Mais le sens disparait chaque fois que la série avance dans la création de sa mythologie propre. Les intrigues se créent (le passé du lézard traitre à sa cause, l’ambivalence du fils de l’héroïne, la servilité seulement apparente du journaliste ambitieux) mais le message s’estompe au fur et à mesure. V devient une série parmi tant d’autres au lieu de briller par l’intelligence de son propos, la finesse de son analyse, la pertinence de ses comparaisons.

Ce n’est pas un renouvellement moderne qui nous est proposé, mais juste une attraction grand public autour d’une franchise connue, et tellement pratique pour décliner des intrigues conspirationnistes si désespérément en vogue sur ABC. N’est pas Battlestar Galactica qui veut.

Pourtant j’ai envie d’y croire encore un peu. J’ai fait beaucoup d’efforts pour ne pas laisser monter la sauce depuis l’annonce, ferme et définitive, enfin, de ce remake. Mais force est de constater que l’attachement à la série d’origine est si fort, que j’ai envie de persister. Je le ferai. Quand j’aurai du temps pour cela. Sans me presser.
Mais je ne fonde qu’un espoir très modéré dans ce V qui dépouille le mythe. Je suis venu, j’ai vu, j’ai vicié.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

5 commentaires

  1. Jérôme dit :

    Nous sommes très loin de la puissance de la mini-série originale.

    De plus, ce côté USA post 11 septembre que l’on nous sert depuis quelques saisons (JERICHO, FLASH FORWARD etc.) me fatigue.

    Toi qui a vu plus de fictions nipponnes que n’importe lequel des sériephiles occidentaux : les japonais ont-ils, dans leurs séries, été plus subtils dans la gestion des peurs de l’après août 1945 ?

    Concernant leurs productions animées, nous avons eu droit au meilleur (ALBATOR, EVANGELION…) comme au pire (KEN).

  2. ladyteruki dit :

    J’ai envie de te dire que la comparaison ne se pose pas.

    Les séries japonaises sont nées dans l’après-guerre, dans un pays occupé, et noyées sous l’importation US. Les séries ont longtemps été des « tantei » (des enquêteurs en tous genres), des « kitchen sink » (quotidien d’une famille), des « jidaigeki » (séries historiques de plus d’un siècle) et plus tard, des séries sportives (merci les JO de Tokyo). Il a fallu beaucoup de temps à la fiction japonaise pour s’affranchir de la tutelle américaine (l’explication est autant historique que culturelle), et le traitement de l’après-guerre dans la fiction s’est fait avec un tel recul, de quinze, vingt, voire même trente ans, qu’on ne peut pas comparer.

    Cela dit, récemment j’ai donné leur chance à des séries d’histoire récente, avec Karei Naru Ichizoku et Fumou Chitai (j’espère pouvoir regarder bientôt Kanryoutachi no Natsu), et il est évident que le regard est posé, intellectualisé.

    D’ailleurs on est en droit de se demander quelles pourraient être les peurs japonaises de l’après-1945. A mon sens ce sont des peurs liées à presque n’importe quel après-guerre, la bombe n’étant de toutes façons plus vraiment une menace dans les circonstances d’une reddition sans aucune condition. Je ne sais pas si on peut parler du même syndrome dans ces conditions.

    Je ferais plutôt un parallèle avec l’attentat au gaz sarin, mais je ne sais pas s’il y a eu des fictions sur ce thème, ni dans quels délais.

    Je dois regarder, à l’occasion, le pilote de Bloody Monday, où il est apparemment question de terrorisme. Mais quand une série date de 2008, on est en droit de se demander si ce n’est pas plutôt le 11 Septembre 2001 qui en a motivé la création, plutôt que le 20 mars 1995.

  3. Jérôme dit :

    La prochaine guerre sera nucléaire et le Japon est à ce jour le seul pays à avoir été frappé par la bombe.

    La peur est donc légitime, d’autant que nous avons frôlé un nouveau conflit mondial à plusieurs reprises durant la guerre froide.

    Toutefois, la crainte du terrorisme est elle aussi globale, non ?

    L’Allemagne ayant été vaincue et occupée, il faudrait se pencher sur les séries germaniques.

    La France aussi a été occupée, mais à part la mini-série AU BON BEURRE, je n’ai pas d’exemple qui traite du comportement des français sous l’occupation nazie de façon impartiale.

    A moins qu’UN VILLAGE FRANCAIS.. ah ben non…
    En tout cas, merci pour ta réponse.

  4. ladyteruki dit :

    Oh, il doit y avoir des séries sur les conséquences du nucléaire ; il me semble avoir vu au moins un pitch récent dans ce sens, mais j’avoue que n’étant pas attirée par le sujet outre-mesure (une fois que tu as eu les lectures appropriées, la fiction te parait dérisoire je trouve… de la même façon qu’aucune série se passant pendant la 2e GM au Japon ne me fera de l’effet après avoir lu « Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants »), je n’ai pas creusé. C’est éventuellement une idée.

    Je te crois cependant alarmiste sur le problème de la bombe : on crèvera tous de déshydratation avant de faire péter la première bombe nucléaire
    Allez, retour à V…

  5. ladyteruki dit :

    Après une rapide recherche, je trouve plus facilement des téléfilms que des séries sur l’après-nuclaiére ; spontanément, je recommanderais Boushi, vu que Ken Ogata est au générique, ça ne peut qu’être bon.

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