Quoi de neuf docteur ? Rien.

3 avril 2010 à 20:17

Miami Medical, la série qui estime que c’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut se taire.

Il faut dire d’un autre côté que personne n’a de raison d’être tendre avec Miami Medical, alors que déjà cette saison, on a amplement eu le temps d’être déçu par Trauma et Three Rivers ; Miami Medical se situe justement à mi-chemin, ce qui ne joue évidemment pas en sa faveur. On y trouve des médecins (évidemment) de génie, des patients (évidemment) entre la vie et la mort, une structure (évidemment) haut de gamme. Les ingrédients sont éprouvés (au final c’est peut-être la patience du spectateur qui l’est un peu aussi…) et on a la sensation de les avoir vus cent fois être déclinés, ne serait-ce que ces derniers mois.

Devant le pilote de Miami Medical, plusieurs questions se posent, la première étant : qu’est-ce qu’on en a à foutre que ça se passe à Miami ? Franchement. On parle d’une série dont les personnages principaux sont des traumatologues passant à peu près 50 heures par jour enfermés entre les 4 murs de l’hôpital pour y sauver des vies ; concrètement, ça se passerait n’importe où ailleurs, on ne verrait pas franchement la différence dans le cœur de la série, c’est-à-dire ses « intrigues » médicales. Ça n’a pas non plus de répercussion sur les cas rencontrés, du moins pour le moment. Le premier épisode commence par exemple… par une explosion au gaz. Quoi, ya du gaz qu’à Miami ? Non. Bon, alors ? Note : dans une interview, Jeffrey Lieber mentionne une attaque d’alligator pour un épisode à venir, ce qui serait parfait si les autres cas mentionnés n’étaient pas du plus haut banal…

Alors eh bien ça permet de faire de jolis cadrages qui font un peu années 90, et que personnellement je pensais éteints depuis la disparition d’Alerte à Malibu et autres Pacific Blue des écrans. Typiquement, en guise de transition, on a tout de coup des cartes postales de Miami : sa plage, ses bars, ses néons, ses jolies filles pas trop vêtues. Après ça allez défendre Miami Medical… J’exagère à peine ! Cela dit ce ne serait pas très honnête d’oublier de mentionner que situer l’hôpital à Miami permet aussi de jouer sur les couleurs (les mêmes que Les Experts Miami, mais souvent en plus pastel), offrant, il est vrai, un travail autrement plus soigné que Three Rivers et son agression visuelle permanente. Si ici on est dans le high tech, le moderne, le design, la plupart des prises de vue s’arrangent pour être un plaisir pour l’œil. Les vues de l’hôpital montrent un endroit au lignes épurées, claires, fait de courbes et de grands espaces vitrés. Là où Urgences montrait un service claustrophobe, sans fenêtre ou presque, avec comme unique ouverture sur le monde le sas d’entrée donnant sur le parking, Miami Medical est tout en lumière et presque totalement ouvert sur l’extérieur. C’est agréable, je ne le nie pas. Mais ça ne sert pas à grand’chose…

Le seul espoir de Miami Medical, c’est d’exploiter un filon trouvé dés les premières minutes du pilote, pourtant. En faisant un peu moins dans l’esthétique et le tape-à-l’œil (qui, s’ils n’étaient pas le seul atout de ce pilote, joueraient en sa faveur, en fait), et en se branchant un peu plus sur ces problématiques, la série pourrait devenir regardable. Je ne pense pas qu’elle le fera mais elle a pour l’instant la marge de manœuvre nécessaire pour redresser la barre.
Je veux bien-sûr parler de l’angle « pétage de plombs ».

Assez rapidement en effet, le big boss (campé par Andre Braugher entre deux épisodes de Men of a Certain Age) lâche la rampe après avoir sauvé un patient in extremis, et se met lui-même définitivement hors-jeu après un strip tease en plein milieu du service. Inutile de dire qu’on ne s’attend pas à ce qu’il retrouve son poste dans l’immédiat. Une scène intéressante, où le rendu est impeccable sur l’espèce de blackout total qui semble s’installer en quelques secondes dans le cerveau de l’éminent médecin, tandis que ses jeunes subordonnés, encore admiratifs de sa performance médicale, assistent impuissants à la débandade.

A la suite de cet incident, on a droit à une séquence décodage avec les deux nanas (qui esquissent une vague dynamique mentor/scarabée qu’il serait également bon de creuser), et elles nous apprennent que 60% des médecins travaillant en traumatologie abandonnent au cours des 5 premières années d’exercice. On sent que ces statistiques et leur manifestation via ce bon vieux docteur (qui avait largement plus que 5 années d’exercice au compteur) sont une inquiétude tangible, et le personnage de la blondinette va remettre de discrètes couches autour de ce sujet en deux autres points du pilote, ce qui est tout à l’honneur de ce dernier ; si Miami Medical se préoccupe d’approfondir vraiment cette question, on tiendra là un axe original pour une série médicale, et au potentiel dramatique puissant.

Hélas hélas, comme beaucoup de séries produites par Bruckheimer (sinon toutes), on sent que l’efficacité superficielle est plus importante que de vraies problématiques de fond du métier abordé, et qu’on est plus dans l’exercice de style qu’autre chose.
C’est un truc que je ne comprends pas avec les productions Bruckheimer : on a le pognon de bien faire, un cast très honorable (pour l’instant, Parilla est en sous-régime mais correcte, Harnois ne fait pas inutilement dans l’oie blanche, et Gooding est attachant bien que sous-employé), bref, toutes les cartes en main pour faire quelque chose de bien, mais on ne se contente jamais que d’obtenir un résultat « propre », et sans âme.

Après avoir tué le genre policier en l’abreuvant de séries passant totalement à côté de l’intérêt majeur du métier (soit la proximité) et en rendant dénué d’intérêt le traitement des enquêtes, voire en le rendant purement abstrait au bénéfice d’une production abordable par tous, Bruckheimer s’attaque cette fois aux séries médicales. N’y a-t-il donc rien de sacré à la télévision, Jerry ? C’est pas en crachant sur la tombe d’Urgences et son parti-pris politique, humain et social que tu vas t’octroyer sa succession, tu sais.

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2 commentaires

  1. Nakayomi dit :

    Ca fait plusieurs jours qu’en voyant « Miami Medical » inscrit partout je me demandais si c’était Trauma qui avait changé de nom… Hum, oui, j’ai une mémoire de moineau, je me rappelais même pas que celle-ci avait déjà été diffusée (faut dire qu’avec toutes les séries médicales qu’on essaye de nous refourguer, je ne suis plus du tout, et comme je suis ça de loin…).

    Bref, si y’a pas Eddie qui joue les médecins torse-nu, ce Miami Medical m’intéresse encore moins que les Experts Miami…

    Et tu veux que je te dise une chose pour le titre ? C’est juste que Bruckheimer est très prévoyant et qu’il a inscrit d’emblée le nom de la ville où se passe l’action pour ne pas que les fans le rajoute ensuite d’eux-mêmes quand viendront les autres spin-off (Manhattan Medical, Las Vegas Medical et Kuala Lumpur Medical… )… Quand même, qu’il est fort !

  2. freescully dit :

    Effectivement la gestion du stress chez ces médecins spécialisés en traumatologie serait un axe intéressant. Mais bon c’est du Bruckheimer, faut pas trop en demander côté psychologie des personnages. Et après oui c’est bien joliment présenté comme du Bruckheimer mais c’est assez creux.

    La scène que tu décris avec Andre Braugher est intéressante sur le fond mais sur la forme c’était risible, la goutte de sang qui tombe sur la chaussure avec les mêmes effets que dans les Experts Patagonie et tout le monde qui regarde comme médusé alors que eh oh, les cocos vous avez un patient sur la table qui était à deux doigts de crever il y a deux secondes ! Bizarrement pendant cette scène je me suis imaginé ce que le même genre de scène aurait donné avec Urgences : le chef on l’aurait sorti vite fait du bloc et on aurait continuer le travail avant de se préoccuper de ce qui lui arrive dans sa tête…

    Mais finalement avec toutes ces séries médicales, comme avec les séries policières d’ailleurs, comment arriver à prétendre trouver des cas (qu’ils soient médicaux ou policiers, enfin de meurtre devrais-je dire) qui soient un minimum originaux (comme tu dis, il n’y a pas du gaz qu’à Miami et quand bien même, l’attaque d’alligator ce n’est pas très original non plus) ? Alors si derrière on n’a pas un minimum d’interactions intéressantes entre les personnages et un discours de fond, ben aussitôt regardé, aussitôt oublié…

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