Géographie téléphagique

3 septembre 2010 à 13:36

Devant ma propre insistance à ne plus regarder la télé (l’état affligeant de la rubrique Zappeur, Zappeur n’aies pas peur en atteste), j’ai décidé de sévir. Je ne vais certainement pas n’en faire qu’à ma tête, ah ça non, ou alors je devrai d’abord me passer sur le corps !

A l’échelle individuelle, ne plus regarder la télévision est un véritable problème. Au-delà du fait que cela signifie qu’actuellement j’échappe totalement à toutes les tentatives de TFHein ou Hem6 de me vendre du Coca, ce qui est à la limite plutôt leur problème, il s’avère que ne compter que sur la cagoulage pour vivre ma téléphagie me prive d’une grande partie des plaisirs de la téléphagie.
Si je parle à 99,9% de séries dans ces colonnes (à la notable exception de SNL, et en ce moment des Emmy Awards ; tiens à propos je me tâte pour vous en faire un post, de la cérémonie de cette année…), je suis et reste conquise par la télévision dans sa globalité, et c’est la raison pour laquelle je me considère téléphage et pas seulement sériephage. Certes, il y a, comment dire ? Une matière principale, les séries, mais j’ai aussi pris d’autres contenus télévisuels en option et si je n’en parle pas, je ne les apprécie pas moins.

Appréciait, en fait, vu que justement je ne regarde plus la télévision, et que par voie de conséquence, je ne m’amuse pas à aller cagouler un débat, un documentaire ou un journal télé (je n’ai même pas vérifié si c’était possible, et je rappelle à toutes les bonnes âmes qu’en ces colonnes, on ne connaît Youtube que sous la dénomination « le Mal »). Et là réside le problème, car du coup, ma consommation de ces programmes a changé. Elle n’est pas complètement éteinte, mais pas loin. La mutation principale, c’est que désormais, je ne cagoule des documentaires que s’ils m’intéressent et si je tombe dessus. Comprenez : sur un site anglophone (puisque c’est là que je me fournis en série au quotidien).
Du coup, je peux vous cagouler des talk shows, des émissions comiques, parfois des documentaires, etc… mais j’ai quand même largement fait une croix sur la plupart des programmes francophones. Eh oui.

Alors voilà, ça ne peut pas durer. Tentons de comprendre pourquoi ce changement est intervenu…
Je sais bien que d’ordinaire, la rubrique Série de valeurs est plutôt dédiée aux valeurs qui filtrent à travers les fictions qu’on regarde, mais pour une fois, je vais parler de la télévision en tant qu’objet, et non en tant que production « abstraite ».

Car le changement date en fait de l’été 2009, quand, c’est tout bête, j’ai déplacé l’écran de l’ordinateur pour pouvoir bosser depuis le lit. Dans ces conditions, regarder la télé sur mon bel écran plat (l’ordi) au lieu de mon vieux tube cathodique (la télé) est devenu une évidence, et bien vite je n’ai même plus pris la peine d’allumer la télévision, située quelques centimètres au-dessus. La télé, débranchée pour je ne sais quelle raison, n’a jamais plus été utilisée, quand bien même la télévision sur la télé (fournie par Free) n’englobe pas, justement, TFHein et Hem6.

C’est donc bien un problème géographique qui se pose à travers cette désaffection.

Et ça montre bien à quel point l’emplacement de l’écran de télévision est primordial, même si on le savait déjà.
Car il est évident que la télévision, de par son emplacement, conditionne l’importance qu’on lui donne, tout en étant la conséquence de cette même attention qu’on veut bien lui prêter.

J’ai toujours été fascinée, par exemple, par les familles qui ont une télévision dans la salle à manger. Dans ma famille, ç’aurait été proprement impensable d’avoir un écran allumé pendant les repas. On avait bien trop de choses à se dire en gueulant pour laisser une télévision pénétrer dans notre espace sonore, pour commencer. Et puis surtout, c’était absolument indigne des « valeurs familiales » qui avaient cours chez nous, et qui stipulaient implicitement que la famille mérite un repas qui la rassemble et lui permette de passer un moment privilégié (fut-il intégralement utilisé aux fins de se hurler dessus, ou, pire, et heureusement plus rare, s’affronter à coups de silent treatment).
Mais il y avait bel et bien des familles (d’après mes renseignements, une majorité de notre ville de banlieue, en fait) où la télévision avait sa place à table comme n’importe quel autre membre de la famille. On se rendait d’ailleurs compte que selon les familles se répartissaient souvent en deux écoles : celles qui regardaient des émissions de divertissement et rompaient les rangs quand commençaient le journal (mangeant donc à 19h), et celles qui regardaient le journal télévisé ensemble (passant donc à table plutôt à 20h).

De la même façon, ma sœur et moi avons longtemps lutté afin d’obtenir le droit de détenir une télévision dans les chambres. C’est ma frangine rei qui a ouvert le bal avec une télé quasiment lilliputienne qui est arrivée en même temps que notre toute première console (un combat épique mais qui n’a pas sa place dans ces colonnes). Un ou deux ans plus tard, je récupérais un vieux poste des années 80 (je vous parle d’un temps que la génération télécommande ne peut pas connaître) tout juste bon à jouer avec une console 8bits.
Là encore, il y avait dans mon entourage une foule d’adolescents qui avaient la télé dans leur chambre, non seulement parce qu’ainsi ils pouvaient regarder ce qu’ils voulaient, mais bien souvent parce que les différentes générations de la maison avaient ainsi chacune la possibilité de regarder des programmes adaptés (ou moins adaptés pour ceux qui s’arrangeaient et rallumaient le dimanche soir…).

Ainsi la télévision a-t-elle besoin d’une situation géographique dans la maison pour exister en tant que média. Pour nous, les choses étaient toutes autres : pendant longtemps, l’unique poste était dans un meuble télé fermable à clé, tout au fond de la maison, dans un lieu où, en quelque sorte, il fallait faire une effort supplémentaire pour se rendre, le cœur de la maison état plutôt la combinaison cuisine/salle à manger. Le côté « aventuriers de l’arche perdue » de chaque expédition vers le meuble télé reflétait bien l’importance que mes parents lui avaient, plus ou moins volontairement, donnée.
J’ajoute que la crainte distillée depuis notre plus jeune âge qu’allumer la télé, c’était l’abimer, n’aidait en rien notre consommation.

Bref, la situation géographique actuelle de la télévision chez moi a, une fois de plus, joué un rôle déterminant dans ma consommation des programmes. Le problème, c’est maintenant de trouver un emplacement qui lui serait plus favorable, et qui reste logique quand on habite dans un studio configuré pour tenir dans 14m².
La télévision liée aux problèmes immobiliers ? Ce sera ptet l’objet d’un prochain post !

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

1 commentaire

  1. Nakayomi dit :

    Tu n’as plus qu’à t’acheter un téléviseur 3D 107cm qui prendra toute la place de ton studio et tu redécouvrira les joies de regarder la télé… ^_^ (Moi, j’peux vraiment pas regarder des séries sur l’ordi… C’était déjà pas possible avant d’avoir ma nouvelle télé toute plate -plus grande et qui prend moins de place sur le meuble-, et ça l’est encore moins maintenant). Après, ce qui est bien avec la télé d’aujourd’hui, c’est qu’elle est devenue un peu multimédia (tu peux la raccorder à l’ordi et tout… ). D’ailleurs, ça veut pas dire qu’on regarde forcément plus la « télé » quand on l’a (ça fait un moment qu’entre la façon qu’ont les chaînes de traiter les séries et mes propres contraintes, le direct est de moins en moins la règle) mais c’est plus facile de tomber sur un programme de la sorte…

    (Mais bon, je suis un enfant de la télé, j’en ai eu une assez tôt dans ma chambre… J’ai récupéré celle du salon quand elle fut changée… Sans télécommande d’ailleurs… Ceci explique peut-être que j’aurai quand même un peu de mal à définitivement m’en passer, même si y’a moyen de s’occuper autrement…)

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