At least it’s not Russia

3 juin 2012 à 3:01

Avec mes tentatives pour me réconcilier avec les séries bien de chez nous (je vous prépare d’ailleurs un bilan de saison pour dans quelques jours), j’ai eu l’occasion de vous dire combien le misérabilisme au sujet de la « fiction française » me semblait tout aussi dommageable pour l’enthousiasme du public que l’état de ladite fiction : à force de comparer avec ce qui se fait chez les voisins, on finit par perdre de vue l’essentiel.
Mais puisqu’on en est encore à se comparer, alors dites-vous qu’au moins, on n’est pas en Russie.

Ah, la télévision russe. VOILA une fiction en crise. Là d’accord. Imaginez ce que c’est que d’avoir une cérémonie de récompenses dans laquelle la plupart des séries récompensées soient des remakes de séries étrangères ou, dans le moins pire des cas, des adaptations de films russes sortis précédemment au cinéma ? Ca fait pas un peu mal, ça ?
Bienvenue dans le monde des TEFI, parce que c’est exactement ce qui se passe pour cette 17e édition.

Remis par l’Académie de Télévision Russe, les TEFI 2011 (qui concernaient les émissions et séries diffusées entre le 1er juin 2010 et le 31 août 2011) ont donné suite à deux belles cérémonies. D’abord, le 25 mai dernier, une première soirée consacrée à un volet « professionnel » qu’on peut considérer comme l’équivalent des récompenses techniques des Emmy Awards (bien que moins spécialisé) ; puis une autre soirée de gala ce mardi 29 mai, logées dans un opéra moscovite, centrée sur les personnalités, et qui a été retransmise par la première chaîne, Perviy Kanal.
Ah c’est sûr, ça en jette. Mais regardons ce que ça a donné dans les faits…

D’abord, passons rapidement sur les acteurs, que je vous soupçonne de ne pas connaître plus que moi, récompensés pendant la seconde cérémonie : Boris Klyuiev pour le sitcom Voroniny, et Ekaterina Poroubel pour la mini-série dramatique et historique Serafina Prekrasnaia.

Concernant les séries elles-mêmes, c’est la comédie Svetofor qui a été récompensée en qualité de meilleure série comique.
Là comme ça, ça ne vous choque pas, sauf qu’un « svetofor », c’est en réalité un feu tricolore… eh oui, vous l’aurez deviné, il s’agit d’une adaptation de la comédie israélienne Ramzor ; elle-même adaptée rapidement par les Américains sous le nom de Traffic Light. Contrairement à la version étasunienne qui n’a duré que le temps d’une demi-saison, Svetofor est actuellement dans sa 4e saison en Russie sur STS… sachant qu’elle a été lancée en mars 2011. Il est intéressant de noter que cette récompense intervient alors que STS, qui avait jusque là commandé des saisons de 20 épisodes, a mis en pause la diffusion de la 4e saison au bout d’à peine 8 épisodes diffusés. Cependant, ce qui a certainement valu à Svetofor cette victoire, c’est qu’elle est la première comédie de la chaîne à n’être couverte par aucun rire. Pour avoir vu plus de pilotes de sitcoms russes qu’à mon tour, je ne peux que comprendre que cette mini-innovation se pose comme un soulagement.

Comme il n’existe pas de prix spécifique pour les séries dramatiques, les mini-séries concourent dans la même catégorie que les films ; or cette année, c’est un film qui a remporté le prix de meilleur film ou mini-série, Podsadnoi, réalisé par Alexandr Kott.
Pire encore, le prix de la meilleure réalisation a été attribuée à Alexandr Kott, encore lui, pour Krepost. La mini-série en 4 épisodes, diffusée l’été dernier par Perviy Kanal, reprend les images du film de guerre Brestkaia Krepost sorti l’année précédente, dans une version pour la télévision, à l’occasion de laquelle de nombreuses scènes ont été ajoutées ; grâce à cette astuce, le succès du film a ainsi pu rassembler les spectateurs devant les petits écrans à moindre frais. Rappelons que Krepost est également en lice dans la catégorie des mini-séries pour le festival de Monte-Carlo.

Ce n’est pas fini du côté des remakes à proprement parler, puisque l’équipe récompensée pour le titre de meilleurs producteurs est celle de Zakrytaia Shkola. Là encore, ce n’est pas aux Etats-Unis qu’il faut aller chercher l’inspiration, puisque cette série fantastique adolescente se passant dans un pensionnat est l’adaptation de la série espagnole El Internado. Diffusée par STS depuis le 11 avril 2011, la série opère un changement de format vis-à-vis de l’original puisque les épisodes sont passés à moins de 50mn, au lieu de 70mn pour la version originale espagnole, et sont diffusés du lundi au jeudi à 21h ; cela n’empêche pas l’adaptation de suivre grosso-modo le fil de l’intrigue originale, bien que plusieurs épisodes de la série reposent sur des scénarios totalement inédits. Du coup, à ce jour, ce sont 4 saisons, soit plus de 130 épisodes, qui ont été diffusées.

Enfin, UNE fiction totalement originale a réussi à obtenir un prix : il s’agit du soap Obroutchalnoie Kolcho, diffusée sur Rossiya 2… sauf que l’épisode final de cet série a été diffusé le 16 mai dernier en Russie ; du coup, en fait de créations originales russes, en voilà une qui a déjà disparu des écrans. Enfin bon, je dis « déjà », mais cette telenovela a quand même connu une belle longévité : si l’histoire de la série ne bénéficie pas d’un pitch ébouriffant (son titre se traduit par « bague de fiançailles »), il est intéressant de noter cependant que la série a survécu, et de loin, à sa commande initiale de 200 épisodes (ce qui était déjà pas mal pour une telenovela), pour atteindre un total de 809 épisodes !

 
Pas étonnant, vu ces résultats, que la statuette remise à l’occasion des TEFI représente un Orphée tordu de douleur… On le serait à moins.

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7 commentaires

  1. Toeman dit :

    Ah oui, en effet, c’est pas la joie.

    Bien que j’aie cru comprendre que fin 2011 (trop tard pour cette cérémonie, donc) Nebesnyy Sud, en espérant ne pas écorcher son nom, a fait son petit effet sur ceux qui ont eu l’occasion de la voir.

    Bien intéressant de voir ce qui se passe en Russie, c’est pas glorieux, mais ça permet de relativiser ^^

  2. Livia dit :

    Ce n’est pas le petit écran le plus enthousiasmant et dynamique qui soit en effet. Cependant, comme le dit Toeman, je confirme que Небесный Суд (Nebesnyi Soud – en phonétique ^^) tranche quand même fortement dans cette morosité ! Et semble prouver qu’on peut malgré tout trouver des fictions originales et assez inventives, portées par un excellent casting, en Russie. J’avais bien aimé le pilote qui m’avait agréablement surprise (je le conseille vraiment à quiconque veut jeter un oeil à la fiction russe, d’autant que des sous-titres français existent pour le 1er épisode) ! Par contre, ce qui est étrange, c’est que cette série a d’abord été diffusée en Ukraine.

    En tout cas, merci pour cet état des lieux même si tout ça est un peu pessimiste. Une sériephile d’origine russe m’avait conseillé quelques séries intéressantes de la décennie écoulée avec des adaptations de romans comme The Idiot ou The Master and Margarita. Elle disait aussi qu’il y avait des fictions historiques intéressantes sur le XXe siècle (mais non sous-titrées).
    Ou plus ancienne mais qui a marqué là-bas, une série comme Brigada (qui se trouve normalement avec des st anglais).

  3. ladyteruki dit :

    Je sais bien, Livia, tu as parlé de Nesbeniy Soud Soud encore cette semaine dans le SeriesLive Show et le pilote est du coup remonté sur ma liste (looongue liste…), mais la série n’était pas éligible, comme le dit Toeman, parce qu’elle a été diffusée en octobre 2011.

    Pour la diffusion en Uktraine, ça a l’air d’arriver plus souvent qu’on ne croit ; j’ai vu que ça avait été le cas aussi pour Obroutchalnoie Kolcho notamment (étonnamment, les Uktrainiens ont même eu plus d’épisodes, il doit donc y avoir un format un peu retravaillé). Sans doute d’autres fois encore, mais là ça m’avait frappée. D’ailleurs j’ai parlé il y a quelques semaines d’une adaptation de Danni Lowinski par l’Ukraine, mais qui sera également destinée au marché russe ensuite ; il doit vraisemblablement y avoir là des rapports qui m’échappent pour le moment, mais clairement les deux pays sont liés.

    Tout n’est pas noir évidemment ; après tout, si on retire le problème du recyclage de Krepost, il reste une mini-série qui a l’air d’avoir énormément de qualités (j’ai regardé le premier épisode en diagonale – encore une fois, pas de sous-titres à ma connaissance pour la série, mais j’en ai vu passer pour la version film je crois). Il y a un côté éminemment patriotique/héroïque qui s’en dégage (mais n’est-ce pas caractéristique de la plupart des séries de guerre ? Même Band of Brothers sacrifiait ponctuellement à ce défaut après tout) mais du point de vue de la réalisation, le prix est amplement mérité, c’est pas mal du tout.

    Mon souhait n’est pas de taper sur la fiction russe dans sa globalité à tout prix ; j’ai déjà pu d’ailleurs, plusieurs fois de Russie et dans mes articles (sur SL) ou post précédents, parler plutôt en bien, de certaines séries russes, comme Shkola. Faut aussi définitivement que je tente un post sur Tcherkizona (également de grande qualité), cent fois reporté déjà. Mais ces récompenses prouvent bien que quelque chose cloche, en quelque sorte, à l’instant « t ». Il y a eu de bonnes séries et il y en aura encore, mais là on parle des séries récompensées sur une période d’une année. Ce qui me chagrine avec vos réactions (que pourtant je trouve louables sur le principe) c’est ptet aussi que quand je parle en bien de séries russes, personne ne réagit (ou ne lit ?), et le bilan de cette cérémonie précise est interprété comme une généralité… Mon post est définitivement axé sur les TEFI, et à lire comme tel.

    Cela dit ma comparaison avec la France est injuste, en un sens, vous avez raison : on n’a plus de cérémonie sur la télévision en France, ça se trouve un prix français ne gratifierait pas forcément les « bonnes » séries dans son palmarès. Mais sous l’angle des TEFI, c’est clair qu’il y a un soucis.

  4. Livia dit :

    Ma réaction rebondissait plus sur le commentaire de Toeman que ne s’adressait au billet en lui-même, désolée (et parce que je ne pense pas que tout le monde écoute le SeriesLive Show ^_^’).

    Ce n’était pas du tout une critique de ton post, juste des généralités russes en vrac avec mes moyens et les connaissances très maigres – ou plutôt mon ignorance – sur le sujet.

    Je m’excuse donc pour ce hors sujet

    Je retiens de tout ça le lien Ukraine/Russie à creuser !

  5. ladyteruki dit :

    J’espère bien que les lecteurs de CE blog écoutent le SeriesLive Show, au moins Ptet pas les autres, mais ici… quand même… non ? Ah, bon. *va pleurer*

    (bon Dieu, comment j’ai réussi à écrire deux fois de suite Uktraine ?!)

  6. Toeman dit :

    J’avoue ne pas être attiré par la fiction russe. Difficile de se pencher dessus, de donner un avis ou même de s’enthousiasmer sur un projet quand on sait que l’accès à ce genre de séries sera compliqué. Mon intérêt diminue fortement, même s’il est quand même là, par pure curiosité de sériphile. Puis je finis par oublier.

    J’ai mentionné « Nebesnyi Soud » juste pour dire que peut-être, c’était le signe qu’il y allait avoir un peu de sang neuf dans ce genre de cérémonies. Et apparemment, je me suis planté, puisque ça aurait déjà dû être le cas.

    Il faudrait que je me documente, mais le monde est grand, et la culture télévisuelle internationale l’est encore plus ^^ On ne peut pas avoir la tête partout, malheureusement.

    Bref, mon commentaire était vraiment centré sur la cérémonie en elle-même, vu que je ne connais aucune des séries mentionnées, et j’ai voulu l’agrémenter naïvement d’une petite note d’optimisme en mentionnant « Nebesnyi Soud ».

    Et je parlais de relativiser puisque nos rares évènements semblables, je pense au Festival de Luchon notamment, sont tout aussi tristounets.

    Bref, la prochaine fois, j’essaierai de m’en tenir à ce que je connais ^^

  7. ladyteruki dit :

    Pas du tout Toeman, tu avais entièrement raison de parler de Nesbeniy Soud en guise d’espoir, puisque la série n’était pas encore éligible.

    Pour les séries russes, je comprends totalement ta réaction ; même moi qui ressens moins la barrière de la langue (mais qui hélas suis rouillée) je sais que ce pays m’attire moins parce que ce qui nous parvient est tellement fragmentaire… à l’heure actuelle je n’ai en plus pas de source d’information sue la Russie comme j’en ai pour plein d’autres pays (tout ce que je trouve en Russie parle surtout de séries US… et quelque part c’est aussi assez cohérent) et du coup une bonne partie de ce qui se passe m’échappe. Mais même avec ça évidemment ça ne résout pas l’accès aux fictions elles-mêmes, bien-sûr.

    Désolée si la longueur de mon argumentation a pu vous laisser penser que je vous remontait les bretelles, ce n’était pas le cas. J’avais juste eu la sensation que le sujet du post avait été mal compris. Mais effectivement, rendez-vous pour la 18e édition des TEFI pour voir le traitement accordé à Nesbeniy Soud. …Sauf si d’ici-là je suis allée me cacher de honte de vous avoir aussi mal traités.

    Posté par ladyteruki, 04 juin 2012 à

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