Rien à sauver

10 juin 2012 à 20:39

Le défi était grand, en entendant parler pour la première fois de Saving Hope, de ne pas faire de rapprochement avec Grey’s Anatomy. Personnellement je n’ai jamais réussi à m’ôter de la tête combien il ne pouvait être un hasard que des histoires de coeur se déroulent dans un hôpital ; le twist du personnage en état de locked-in syndrome étant à mes yeux plus un point de vue qu’un véritable axe narratif. Sans compter que j’ai toujours trouvé un petit air de ressemblance entre Durance et Pompeo.
C’est le problème que j’ai quand je suis un projet depuis longtemps : je forme des idées préconçues à son sujet. Vous comprenez mieux pourquoi j’essaye de me tenir à distance de ce genre de choses, à présent !

Alors du coup, le pilote de Saving Hope n’était pas franchement celui que j’attendais le plus cet été. Mais c’était un pilote, alors… ce qui devait arriver, arriva.

Le problème c’est que Saving Hope a l’air de vouloir faire son maximum pour me détromper, sans vraiment trop savoir comment faire.

Et ça se voit dés l’entrée en matière du pilote, qui après nous avoir montré l’accident qui va plonger l’un de ses personnages centraux dans le coma et l’autre dans la tourmente, décide de faire marche arrière pour nous ramener 12 heures plus tôt, dans une sorte de compte à rebours avant… avant ce qu’on a déjà vu, et plus encore. Si encore la scène d’ouverture de Saving Hope s’était contentée de montrer le début de l’accident de voiture, sans nous dire tout de suite qui en réchappait indemne ou pas, bon, passe encore (quoique très franchement, combien de téléspectateurs se calent les fesses devant le pilote d’une série sans en connaître au minimum le pitch ?).
Mais là où est le suspense ? En admettant que parfois, ce retour en arrière ait encore une utilité véritable au-delà de son aspect gadget (et après tout ça se produit encore), à quoi cette petite boucle narrative est-elle supposée servir à Saving Hope en particulier ? Qu’est-ce qui empêchait de raconter le déroulement des choses dans leur chronologie réelle ? Non seulement le rewind est un outil totalement suremployé dans de nombreux pilotes, mais en plus dans celui-ci, il n’apporte rien du tout, ni d’un point de vue émotionnel, ni d’un point de vue narratif.

Qui plus est, après que l’héroïne principale se trouve prise dans une telle zone de turbulences, il devient impossible de s’intéresser aux cas médicaux. D’un autre côté, vous me direz qu’ils n’ont rien de captivant ; mais de toute manière je ne suis pas sûre qu’on puisse encore beaucoup innover, après 15 années d’Urgences, dans le domaine. Le véritable problème c’est que chaque fois qu’Alex s’approche d’un patient, ou même de son ex, qui bien évidemment est réintroduit en grandes pompes dans sa vie, on a envie de lui hurler qu’elle a quand même d’autres choses dont se préoccuper.

Pendant ce temps, son cher et tendre, Charlie, arpente les couloirs de l’hôpital en nous affligeant d’une voix-off qui, là aussi, est un procédé suremployé dont on a déjà bien soupé ces dernières années. On ne peut pas dire qu’il apporte quoi que ce soit aux intrigues, que ce soit lorsqu’il rencontre un patient décédé dans un couloir ou bien lorsqu’il commente l’aspect professionnel du métier de chirurgien, exactement comme un certain docteur Grey de notre connaissance (oh, c’est donc là que se loge l’originalité, ce n’est pas la nana qui officie comme narratrice ! Brillant ! Révolutionnaire !).

Pour beaucoup de séries nord-américaines, on a tendance à aborder le pilote en ayant, plus ou moins consciemment, la curiosité de savoir comment le pitch peut être étiré sur plusieurs saisons, parce que nous avons été éduqués à penser qu’une série se doit de se prolonger sur le très long terme. Les networks ont d’ailleurs la fâcheuse manie de ne pas savoir lâcher un succès et à le faire artificiellement durer en raison des exacts même réflexes. Je trouve souvent que c’est un tort, peut-être en raison d’une déformation due à de nombreuses séries asiatiques n’ayant vécu qu’une saison et ne s’en portant pas plus mal.
Ici, la question n’est pourtant même pas de définir comment Saving Hope peut durer plusieurs saisons. Dans le cas ici présent, la problématique est pire encore : même avec l’aide de la bande-annonce de l’épisode suivant, j’ai du mal à me figurer comment tout cela peut nous tenir pendant 13 épisodes. Toute une saison comme ça ?
En faisant abstraction de l’omniprésence des filtres de couleur (que ne renieraient pas les célèbres séries produites par Bruckheimer), de l’effet de lens flare permanent (et réellement aveuglant de mon point de vue, j’en arrivais à regarder certaines scènes en plissant les yeux), et des intrigues médicales vides, que reste-t-il à Saving Hope qui justifie de tenir l’antenne pas moins de 13 semaines ? Comment jouer sur le pathos suffisamment longtemps sans perdre ses derniers lambeaux de crédibilité ?

Alors, à part le plaisir de retrouver Michael Shanks à l’écran, il n’y a pas la moindre bonne raison pour poursuivre Saving Hope au-delà du pilote… A moins de vraiment avoir très peu d’estime de soi, et d’estimer que regarder une série qui ne fonctionne que par l’utilisation de poncifs soit divertissant, auquel cas je ne peux plus rien pour vous.

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