This one’s for the girls

18 juin 2012 à 19:12

Et donc, Girls.
Ca fait 10 semaines que je reporte, mais faudra bien en parler un jour. Du coup : Girls.

Pourquoi avoir tant repoussé la rédaction de ce post ? Tout simplement parce que je suis toujours incapable de dire ce que j’en pense. Ou plutôt parce que j’en pense une chose différente à chaque épisode. A chaque scène. A chaque minute.
Je ne sais pas si c’est supposé souligner combien la série est futée, drôle ou perspicace, ou autre chose. A dire vrai, toutes ces qualités que de nombreuses reviews et d’encore plus nombreux tweets ont semblé encenser, j’ai souvent du mal à les trouver dans un épisode. Pendant le pilote (qui est certainement l’épisode de la série sur lequel mon point de vue est le plus tranché : je suis certaine d’y avoir été totalement insensible, au sens le plus froid possible du terme), je me souviens avoir entamé le visionnage avec un esprit aussi vierge que Shoshanna, mais ça n’a pas duré ensuite, le déluge de compliments s’est abattu sur Girls et j’ai eu l’impression de passer le plus clair de mon temps à essayer de voir où se logeaient ces qualités.

Parfois ça me manque, l’époque où en l’absence d’un accès à internet, notre rapport à une série était pur et dénué de toute idée préconçue ; aujourd’hui, dés qu’une série fait du buzz, l’effet social TV balaie tout.
Peut-être que si je n’avais pas lu autant de réactions extatiques, je ne me serais pas lancée dans cette quête frénétique de la qualité rédemptrice de Girls et y aurais pris un plaisir plus simple. Peut-être aussi que sans ces retours positifs, je n’aurais pas poursuivi la saison dans l’espoir de trouver la clé de son succès critique. C’est à double-tranchant et je ne saurais jamais quelle aurait été ma réaction à Girls dans un contexte « sain » et sans interférence extérieure. Pas sûr que ce soit une expérience qu’on puisse encore connaître de nos jours…

En tous cas, je serais bien en peine de dire si Lena Dunham est la voix de sa génération (ni même une voix d’une génération). Ce qui est certain c’est que si c’est le cas, nous n’appartenons clairement pas à la même génération. Je n’ai a priori que quelques années d’écart avec les héroïnes, mais il était clair dés le pilote pour moi qu’on ne parlait pas du même monde. Probablement que c’était en partie dû à mes problèmes d’identification en général, mais même en faisant de gros efforts de mémoire, voire même de documentation (vieux journaux intimes, blog, etc…), impossible de trouver où Hannah et moi pouvions être liées de quelque façon que ce soit ; c’est d’autant plus perturbant que j’ai eu la sensation que c’était l’une des choses qui fonctionnait le mieux pour Girls : l’impression donnée d’avoir saisi quelque chose de vrai sur ses contemporains. Il faut dire qu’elle se donne un mal de chien pour paraitre la plus authentique possible. L’ironie de la chose n’a pas su m’échapper, et cela a régulièrement gâché mon plaisir.

Là où, sans conteste, Girls réussit, c’est en posant de personnages plutôt réalistes, avec énormément de défauts, Hannah en tête. C’est clairement un travail d’autocritique puissant qui a été accompli ici, et réalisé avec très peu de complaisance. Les portraits sont cinglants d’héroïnes insupportables, mais convaincues d’être dans leur bon droit, et ostensiblement pointées du doigt pour cela, à la différence de beaucoup de séries où les scénaristes semblaient faire preuve parfois d’une inouïe indulgence, au nom du sacro-saint dogme selon lequel un personnage devrait attirer la sympathie, être likeable d’une façon ou d’une autre, pour que nous nous intéressions à son sort sur le long terme. Sex & the City, avec laquelle tant de comparaisons ont été tracées (parfois à raison), faisait partie de ces fictions où quoi que faisaient les héroïnes, elles semblaient voir leurs décisions, même les plus contestables, complètement validées par les scénaristes. Lena Dunham juge ses personnages autant que Hannah juge les gens, et c’est une qualité assez courageuse pour une série s’adressant à une tranche d’âge si particulière.
Girls n’est pas la première série à offrir des personnages centraux ouvertement exécrables, mais elle est certainement celle qui en met le plus sur le devant de la scène d’un coup ; la plupart du temps, il n’y en a, comme on dit, pas un pour rattraper l’autre.

Il y a cependant beaucoup de narcissisme dans Girls ; c’était à prévoir vu l’omniprésence de Lena Dunham (écriture, production, interprétation, et plusieurs fois, réalisation), et dans les phases où la série me tapait vraiment sur les nerfs, elle ne le faisait pas à moitié. Car après tout, ce que Girls dépeint est une maladie dont Dunham est évidemment frappée : son univers est extrêmement restreint.
Alors qu’il s’agit probablement de l’âge de la vie où les gens font le plus d’expériences qui les ouvrent sur l’extérieur, lâchés qu’ils sont dans le monde après avoir connu des enclos rassurants bien que progressivement plus larges (d’abord la maison, puis la petite ville de province, puis l’université…), Girls fonctionne en circuit fermé. Ses héroïnes passent 90% de leur temps à se mater le nombril.
C’est assez tragique que les personnages aillent si peu de l’avant alors qu’ils vivent certainement dans les circonstances les plus favorables pour cela : outre le contexte éminemment cosmopolite de New York (et c’est dit sans réitérer le procès d’intention d’ordre racial, mais tout simplement parce que statistiquement, une métropole offre plus de possibilités de rencontres), le fait que Hannah se retrouve plongée au tout début de la série dans le grand bain par ses parents qui lui coupent les vivres, devrait induire des changements plus profonds dans son comportement. Peut-être que la première saison n’était qu’une façon de progressivement préparer ces changements et qu’ils interviendront plus tard, mais j’ai trouvé que cela manquait cruellement. Ce qui devrait être une expérience poussant Hannah, sinon dans l’âge adulte, au moins hors de l’adolescence, ne porte pas totalement ses fruits. Or en de nombreuses occasion, elle comme ses amies se comportent exactement comme si elles avaient encore quinze ans. Leur immaturité personnelle et amoureuse s’accompagne aussi d’une grande immaturité sur tout le reste, et notamment sur un plan professionnel, et c’est un aveuglement insupportable quand on voit ce sur quoi repose le pilote. J’espérais vraiment que la série nous offrirait un accompagnement plus intéressant que cela sur l’obligation de grandir imposée à Hannah, et ça n’est jamais venu.

Toutefois, je n’ai pas que des reproches à adresser à Girls. Non, ce serait trop facile. Comme je le disais, il y a des moments où j’en ai pensé du bien, et pas qu’un peu.

En particulier, mais pas seulement, deux passages (logés dans le même épisode, qui m’a alors semblé touché par la grâce) ont réussi à m’émouvoir sincèrement. Vu mon visionnage en montagnes russes de la série, on peut parler d’exploit, car ce sont deux moments pendant lesquels il y avait suffisamment de puissance tant dans l’écriture que l’interprétation, que c’est le coeur qui a eu son content et non plus la tête. Dans une série aussi cérébrale que Girls, où tout est over-analysé en permanence (parfois aux confins du ridicule, de par l’égocentrisme de ses personnages) et où Hannah, en particulier, semble toujours vouloir tout verbaliser même quand elle semble inventer des sentiments et des excuses pour se justifier de telle chose ou telle autre (comme on l’a dit, heureusement, le spectateur n’est jamais vraiment laissé dupe), céder la place à une émotion vraie tenait de la gageure.

Le premier de ces passages, qui sur le coup semblait d’ailleurs totalement anecdotique, se déroule avec Jessa, lorsque son ancienne patronne décide de venir la voir dans son appartement et lui parler d’elle, de son comportement, de son avenir. C’était une séquence tellement jolie que c’était à se demander ce qu’elle faisait là. Ce n’était presque pas du Girls (ce qui dans mon esprit joue comme un compliment pour la série, mais après vous en faites ce que vous voulez) tant la conversation était dénuée de tout blabla inutile et pontifiant, qui lui est si caractéristique chaque fois que ses héroïnes ouvrent la bouche.
Jessa, soudain redevenue une petite fille plutôt que l’arrogante hipster qu’elle se donne tant de mal à paraître, a réussi pendant ce moment à donner l’accès à un autre personnage, venu la toucher et lui parler à la fois comme à une enfant et comme à une adulte, et le résultat donnait quelque chose de sincèrement magnifique, notamment avec ce plan soutenu sur les yeux de Jessa qui pour la première fois, semblait écouter avec l’esprit ouvert, et pas juste en faire à sa tête. Les conséquences de cette discussion ne sont sans doute pas celles qu’on pouvait imaginer, mais il était agréable de découvrir dans le season finale que cette conversation avait eu autant d’impact sur Jessa que sur la spectatrice que j’étais. C’était probablement ce que j’attendais le plus de Girls en matière d’évolution d’un personnage immature. Et c’était d’autant plus surprenant que ça arrivait à Jessa, qui n’avait jamais semblé être celle qui avait le plus besoin d’un tel moment de vérité.

L’autre, bien-sûr, est celui dont à peu près tout le monde a parlé, cette longue et pénible confrontation entre Hannah et Marnie. C’est sans doute la scène qui d’ailleurs encapsule le mieux les défauts comme les qualités de la série, mais parvient à les dépasser et même les sublimer, pour offrir un grand moment de vérité (même si aucune des deux protagonistes ne saisit tout-à-fait cette dernière). D’une part, la longueur de cette scène joue énormément en sa faveur (c’est d’ailleurs assez rare qu’une scène s’étire autant dans ce format d’une demi-heure, mais comme le dit Dunham elle-même, ce n’est pas le genre de considération qu’elle prend en compte et apparemment il y a plus long, même !). Mais surtout, ses dialogues font certainement partie de ce que les héroïnes auront dit de plus vrai et de plus authentique de toute la série. Aussi empêtrées soient-elles dans des troubles qui ressemblent étrangement à une noyade dans un verre d’eau, leur façon de se confronter l’une au nombrilisme de l’autre, et de constater qu’elles ont besoin d’autre chose que ce que leur colocataire et amie peut (et veut) apporter actuellement a eu une vraie résonance. Ca ressemblait à une VRAIE dispute ; en dépit du nombre de confrontations télévisuelles qu’on voit chaque année sur les petits écrans, c’est pourtant une qualité rare.
Ce qui est sans doute le mieux vu dans cette dispute est la façon dont chacune énonce des vérités précises et cinglantes, que l’autre n’est pas prête à entendre. Cela se sent dans l’épisode suivant, alors qu’aucune n’a vraiment pris en compte ce qui s’est dit dans sa façon d’être. En cela, la dispute est d’autant plus réaliste, autant que faire se peut.

Ces deux qualités, en plus d’être rassemblées à quelques minutes d’intervalle dans le même épisode, ne sont pourtant pas très représentatives de Girls sur la longueur de sa première saison. Sans doute que si j’y avais trouvé plus de scènes de ce genre, sincères et brutes, mon avis sur la série serait sans doute plus positif dans l’ensemble.

Le plus surprenant, sur l’évolution à long terme de cette première saison, reste que le personnage le plus intéressant d’une série appelée Girls s’appelle Adam. De l’éternel connard auquel toutes les filles ou presque ont l’impression de se retrouver confrontées un jour ou l’autre, au mec incroyablement sympa et même plus impliqué dans sa relation que Hannah.

Cela en dit long sur celle-ci, d’ailleurs, de voir la façon dont cette relation se transforme avec le temps ; de l’adolescente convaincue qu’elle a affaire à un type qui ne la traite qu’en objet, à la réalisation cruelle que c’est elle qui ne s’impliquait pas autant qu’elle le croyait… et que d’ailleurs elle n’est pas certaine d’en avoir envie. J’ai passé les premiers épisodes à hurler devant mon écran qu’elle devait le quitter et se tirer de là ; et à partir du 6e et surtout 7e épisode, je le suppliait de planter cette gourdasse et de prendre les jambes à son cou. L’idée directrice était donc que cette relation est un supplice à regarder ; mais son évolution a su ouvrir la voie à un personnage très complexe et que j’ai pourtant trouvé très « actuel », autant que faire se peut.
Quand on connnait le nombre de personnages masculins adolescents ou jeunes adultes de la télévision, et qu’on voit combien ils sont surtout idéalisés (comme vus uniquement d’un point de vue féminin qui souhaite y trouver soit un parfait salaud ou un prince charmant ; et presque rien entre les deux), Adam se montre certainement comme l’un des héros télévisés de sa génération les plus concrets. Il a droit au même degré de complexité et d’imperfection que Hannah, sinon plus, et cela sans jamais basculer dans l’exagération, même que les situations dans lesquelles il est mis sont exagérées, mais à ce titre il est logé exactement à la même enseigne que n’importe quel autre personnage.
Si Girls n’atteint qu’une fois une forme de prétendu réalisme dans l’écriture d’un personnage (ce à quoi la série aspire visiblement sans vraiment l’accomplir tout-à-fait avec ses quatre héroïnes), c’est bien celui-là ; mais l’interprétation d’Adam Driver n’est pas en reste et j’avoue être assez curieuse de ce que cet acteur a pu faire d’autre par le passé.

Sans aller jusqu’à parler de révolution, de série de l’année (et encore moins de comédie, mais la catégorie dramédie commence à vraiment se laisser désirer dans les palmarès des différentes cérémonies de récompenses), Girls a quelques qualités qui font qu’elle mérite plusieurs des compliments qui lui ont été adressés. Mais certainement pas tous. Pour commencer, c’est assez étonnant que tant de gens, moi sans doute y compris, tentent désespérément d’y trouver une universalité qui ne fait absolument pas partie de ses intentions.
Et puis, à l’instar de ses héroïnes, Girls est encore une série assez immature, où parfois, les frivolités d’écriture font mouche, et où parfois, un peu de conformisme dans la structure permettrait d’accomplir de plus grandes choses que ce que cette première saison fournit, non seulement en termes de character development, qui fait cruellement défaut pendant une bonne partie de la saison, mais aussi tout simplement pour rendre les intrigues un peu plus épaisses (le pitch de nombreux épisodes semblant être : mettons des personnages ensemble dans une situation superficielle mais qui semble extrême, et voyons ce que ça donne).
Alors du coup, j’ai envie de dire que si une série mérite de gagner une deuxième saison pour acquérir de la maturité, c’est forcément celle-ci…

par

, , ,

Pin It

Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

3 commentaires

  1. Eclair dit :

    Excellent article !

    Ça résume quasiment ce que j’en pense : des situations ubuesques, des dialogues pas assez francs et directs, et des personnages délicieusement insupportables. La série souffre d’un manque de maturité, comme tu le dis, de cohérence, de direction.

    Elle peut se révéler tantôt intéressante et inciter à une certaine réflexion, tantôt beaucoup trop délirante.

    C’est vrai que le personnage d’Adam a beaucoup évolué, mais il reste quand même un gars plus que bizarre. (La scène de douche me reste en travers de la gorge – qui accepterait ça ?). Fréquentable, je ne pense pas. Attachant, peut-être.

    Dans l’ensemble, ça reste une curiosité. Mais je suis loin de la porter aux nues. J’en reparlerai lors de mon bilan.

  2. Mystical dit :

    Je me retrouve dans ta phrase « je suis incapable d’en dire ce que j’en pense ». J’apprécie la série, mais je ne saurai dire pourquoi, ni même vraiment raconter de quoi ça parle. Parce qu’au fond, il ne s’y passe pas grand chose. Peut être pourrais t’on réduire le speech à « quatre copines qui finalement sont bien seules dans leur monde » (comme tu le dis, ne regarde que leur nombril, et peut être que l’évolution future sera qu’elle s’ouvriront aux autres). En tout cas le seul que j’apprécie vraiment, c’est Adam On est loin des stéréotypes masculins.

    On m’a demandé d’écrire un article à ce sujet, mais pour le moment je me vois pas apporter grand chose de plus que les dizaines d’articles qui ont fleuris sur le sujet (et comme je dis auparavant, je n’arrive pas à me faire un avis bien tranché sur la série). Le tien se démarque, ça c’est certain

  3. Mila dit :

    Hier soir, j’ai lancé mon premier épisode de Girls. J4en avais pas mal entendu parler, mais je n’avais jamais tenté, parce que ça ne m’intéressait pas. Et puis, hier soir, j’étais au fin fond du gouffre de « je n’ai rien à regarder  » (bien sûr, c’est faux, mais je suis en plein spleen et j’ai envie de rien) et me suis dit que quitte à n’avoir envie de rien, je n’avais pas moins envie de Girls qu’autre chose, donc why not, et en plus j’aime bien Adam Driver (je ne connais pas le reste du casting du tout) alors ce serait toujours un bonus tant qu’à faire. Pour le moment, j’ai regardé six épisodes, et je ne sais pas non plus quoi penser de la série.

    Comme tu l’as souligné, les personnages ne sont pas faits pour être particulièrement agréables, on n’est pas censés leur donner toujours raison, et c’est en grande partie ce qui fait que la série me parle, mais d’un autre côté, après avoir enchainé les six premiers épisodes il y avait quand même comme un trop plein: les personnages devenaient quasi insupportables par moments, et c’est intéressant de voir la façon dont la série fait leur protrait, mais passer beaucoup de temps avec des gens agaçants et aussi nombrilistes, ça peut devenir… ben, agaçant. Mais pourtant, à chaque épisode je lançais le suivant.

    Enfin bref.
    Je suis venue lire ce que tu en pensais, et je laisse surtout un mot pour te remercier pour l’article qui, comme toujours, était intéressant à lire 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *