Ainsi Soient-Elles : convertissez-vous aux séries religieuses

7 octobre 2014 à 23:15

One nation under God : 79% des Américains déclarent s’identifier à une religion… et pour 73% de nos voisins d’outre-Atlantique, c’est de confession chrétienne. Alors forcément, ça fait pas mal de public potentiel si on veut parler de religion à la télé américaine.
Est-il vraiment étonnant, dans ce contexte, que la mini-série
The Bible ait été un immense succès regardé par plus de 13 millions d’Américains au total… sur la petite chaîne câblée History Channel ? The Bible, ce sont 10 épisodes retraçant, devinez quoi : la Bible ; c’est aussi le premier scénario signé par un certain Mark Burnett, un producteur jusqu’alors habitué aux productions non-scriptées, et mari de Roma Downey, une actrice dont l’essentiel de la postérité jusque là tenait à son rôle dans Les Anges du Bonheur, et convertie en co-productrice. Et quand une série fonctionne, bien-sûr, elle ne reste jamais longtemps seule sur son segment.
Mais l’épopée des séries religieuses n’a pas commencé avec
The Bible, et la tendance actuelle de parler de religion, de foi et/ou de spiritualité ne se limite pas aux USA non plus. Elle est même en train de se confirmer aux quatre coins de la planète ! Accrochez-vous à votre livre sacré favori…

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Débuts en Amérique du Nord

Les origines de la série religieuse, on les trouve aux USA, mais pas forcément sous la forme que vous imaginez…

Lorsque la télévision commence à émerger, plusieurs programmes venus de la radio passent au petit écran. C’est le cas de Family Theatre qui, quatre ans après son apparition sur les ondes radiophoniques, commence sa carrière directement en syndication ; la série est créée par le révérend Patrick Peyton, un catholique d’origine irlandaise dont l’action principale était d’encourager la prière dans le cercle familial. Chaque épisode de Family Theatre incitait donc les auditeurs, puis spectateurs, à se rassembler autour du programme et à prier (l’histoire ne dit pas s’ils priaient pendant la pub). Comme sa version audio, la série Family Theatre est avant tout une fiction anthologique dans laquelle chaque épisode a un sujet différent, reprenant parfois des textes profanes pour leur apporter une lecture spirituelle, mais le plus souvent, revenant sur des passages de la Bible. Parfois avec une surprenante façon de les rendre modernes ! Ainsi, l’un des épisodes restés les plus célèbres (également sorti en DVD) est un épisode d’une heure retraçant les 3 jours précédant la crucifixion de Jésus… à la différence que cela se passe pendant la Guerre de Corée, avec des GIs.

Quelques années plus tard, Insight apparaît, toujours en syndication, généralement avant le service religieux du dimanche matin. Là encore, le format est anthologique, et là encore, la série est créée par un ecclésiastique, le père Ellwood E. Kieser, issu de la branche évangéliste du catholicisme. En revanche, les épisodes ne durent qu’une demi-heure, ce qui autorise la série à expérimenter plus encore (si-si, c’était possible) lorsqu’il s’agit de son ton, passant de la comédie au fantastique, et même par la romance. Avec son cortège impressionnant de célébrités de l’époque, aussi bien devant que derrière la caméra (Rod Sterling comme Michael Crichton y ont officié), Insight a été pendant 23 ans un passage obligé des dimanches aux États-Unis, et la série a été nommée plusieurs fois aux Emmy Awards (gagnant même pendant 4 années consécutives le prix de la Meilleure série religieuse, oui ça a existé). Insight est, à ce jour, la série religieuse anthologique la plus longue de l’histoire télévisée américaine, puisqu’elle a été diffusée sans interruption entre 1960 et 1983.

En 1952, une autre série est apparue, lançant un différent genre de série religieuse. C’est This is the Life, produite par une branche de l’Église luthérienne dans le Missouri, et qui démarre sur le network DuMont (aujourd’hui disparu) sous le titre The Fisher Family, reprise l’année suivante par ABC. Chaque épisode de la série s’intéressait d’abord à la famille Fisher et au pasteur Martin, un de leurs proches, abordant des sujets du quotidien ou des problématiques sociales. Après 1956, la série passera en syndication, se recentrera uniquement sur le pasteur Martin, et prendra son titre définitif de This is the Life jusqu’à sa disparition au début des années 80. Avec ce changement de direction, la série prend un format plus anthologique, le pasteur Martin étant le seul personnage régulier, et se confrontant aux différents problèmes soulevés par ses paroissiens, parfois très sensibles en dépit du ton souvent assez enlevé des épisodes. This is the Life est alors la première série d’anthologie à s’intéresser directement aux tourments des paroissiens, à leur relation à Dieu et à l’Église, s’éloignant ainsi des textes sacrés pour parler plutôt de leur application ou de leur impact au quotidien. Contrairement à Family Theatre et Insight, This is the Life est moins un sermon qu’une discussion de proximité.
D’autres séries similaires verront le jour, mais avec beaucoup moins de succès :
This is the Answer (financée par la Convention baptiste du Sud) et The Pastor (cette fois créée par des Méthodistes).

La série religieuse semble malgré tout confinée au genre anthologique, et surtout, à la syndication pendant longtemps. En-dehors de quelques mini-séries événement, très ponctuelles car très onéreuses, les networks ne s’aventurent pas dans ce domaine, peut-être jugé trop clivant ou polémique.

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LES PRINCIPAUX TYPES DE SÉRIES
la série « spirituelle » : il s’agit plus d’y questionner le rapport des personnages à la religion ou plus largement le besoin de spiritualité. Par voie de conséquence, elle est potentiellement polémique et son public est plus fragmenté (il a aussi tendance à être plus œcuménique, voire athée). L’interrogation peut aussi bien passer par l’étude de faits réels, ou au contraire l’intimité de personnages imaginaires.
la série « historique » : inspirée le plus souvent par les textes religieux (Bible, Coran, etc.), ou plus occasionnellement, par des personnalités historiques (les papes en tête), elle a un côté plus pédagogique et grand public. Ce qui tombe bien, car elle est par essence très fédératrice.
la série « miraculée » : empruntant de nombreux codes au fantastique mais aussi aux premières séries anthologiques, cette série se veut avant tout feelgood. Un ou plusieurs personnages centraux y encouragent dans chaque épisode le commun des mortels à croire en Dieu, à lui faire confiance, à l’aimer. Le prosélytisme est l’une de ses composantes essentielles, et elle s’adresse donc, majoritairement, à un public croyant.

Il faudra attendre Les Routes du Paradis pour que les networks sautent le pas. Dans cette série créée par Michael Landon, apparue sur NBC en 1984, un ange du nom de Jonathan doit faire ses preuves sur terre, et pour cela, doit venir en aide à des humains. Dans chaque épisode, avec son compagnon de route le ronchon mortel Mark Gordon, il arrive donc dans la vie d’une nouvelle personne ayant besoin de trouver la foi, endossant une profession dans l’entourage de cette personne pour pouvoir l’approcher et finalement lui permettre d’obtenir une certaine forme de sérénité.
Mais, même si Jonathan est un ange, il y est finalement très peu question de religion de façon explicite : les miracles TRÈS ponctuels accomplis par Jonathan sont appelés « le truc », et quand lui et Mark parlent de Dieu, c’est « le Patron ». Finalement, pendant ses 5 saisons d’existence, la série va rester très abordable pour le public du network quelle que soit sa confession. Une bonne façon pour
Les Routes du Paradis d’éviter les problèmes que craignaient les networks jusqu’alors ; mais là encore, c’est en conservant une structure anthologique, pour le moment indissociable de la série religieuse aux USA.

Le succès des Routes du Paradis incitera même The Disney Channel à tenter l’expérience, avec Teen Angel en 1989. Dans cette dramédie de 20 minutes, Jason Priestley (pré-Beverly Hills) est mort dans les années 50 et depuis revenu sous la forme d’un ange. Il doit chaque semaine accomplir des tâches pour pouvoir accéder au paradis (qui ressemble à s’y méprendre à un diner des années 50).

Vous l’aurez compris, Les Anges du Bonheur doit beaucoup aux Routes du Paradis lorsqu’elle apparaît pendant la décennie suivante. On y suit en effet un ange inexpérimenté, Monica, qui avec l’aide de sa guide Tess, apporte le message de Dieu à des personnes qui, vivant des moments difficiles, ont besoin de voir la lumière. Et la lumière, ils la voient ! La scène-clé de chaque épisode repose sur la révélation de Monica à son interlocuteur de sa nature angélique (halo divin à l’appui).
Les Anges du Bonheur ne prend pas les précautions des Routes du Paradis, et n’hésite pas à expliciter ces éléments religieux, ce qui n’entache absolument pas son succès d’ailleurs. Pourtant, si elle est passée à la postérité pour son caractère franchement prosélyte, la série ne ressemble pas du tout à ce qu’elle était lorsque John Masius l’a proposée à CBS. Dans le pilote original de la série, Angels Attic, la première séquence montre Monica tombant du ciel dans l’océan, à côté de surfeurs qui, lorsqu’elle sort de l’eau, font des blagues à base de bongs et de consommation de cannabis ! Mais derrière l’humour particulier, c’est surtout l’aspect fantastique et la mythologie un peu plus sombre qui rebute alors CBS. C’est Martha Williamson, appelée alors que le network venait de refuser un autre de ses projets, qui rejoint alors la série et la transforme.

Après la disparition des Anges du Bonheur, en 2003, la religion se fait à nouveau discrète à la télévision américaine. En-dehors de 7 à la Maison, qui mélange sermons explicites (l’un des personnages principaux est pasteur) et implicites (il faut toujours que la famille Camden aille expliquer aux autres comment vivre leur vie), les séries essayant de faire passer un message disparaissent totalement de la télévision.
La plupart des fictions sur le sujet qui apparaissent pendant la décennie suivante, comme Joan of Arcadia,
The Book of Daniel ou Eli Stone, abordent la religion et/ou la foi de façon plus originale, avec un nouveau recul et avec zéro intention d’apporter la bonne parole. Cependant elles trouvent succès très limité, et leur durée de vie est très brève.
Ce qui est nouveau c’est que, dans ces séries, on en finit radicalement avec l’anthologie pour suivre les personnages dans leur relation à Dieu (ou ce qu’ils pensent être Dieu, mais généralement ils ne sont pas sûrs de ce à quoi ils ont affaire). Leur point de vue sur la chose religieuse est différent, aussi, plus emprunt de remise en question, d’une relation avec Dieu qui est moins dans l’évidence, et de surnaturel. Qu’il apparaisse ou qu’il se manifeste indirectement, Dieu (ou Jésus, dans le cas de The Book of Daniel) est désormais un proche avec lequel on peut converser, auquel on se sent en droit de poser des questions et d’attendre une réponse, à propos duquel on peut exprimer des doutes. Joan de Joan of Arcadia se met souvent en colère contre les incarnations de Dieu, leurs paraboles et leurs phrases sibyllines, parce qu’elle se sent autorisée, contrairement à tant de personnages avant elle, à être traitée sur un pied d’égalité. Il n’est plus simplement question de connaître la Bible par cœur ou d’appliquer des préceptes appris depuis des années : les personnages veulent comprendre les leçons que Dieu cherche à leur donner, veulent lui donner de la cohérence avec le monde moderne, veulent pouvoir l’accepter dans leur vie parfois peu propice à la spiritualité (le héros d’Eli Stone est un avocat d’affaires).
La syndication, le satellite et le câble font également des tentatives çà et là ; on peut citer
Walk on Water, diffusée en 2009 par DirecTV, qui suit un groupe de jeunes adultes qui se confrontent aux différentes convictions les uns des autres, tout en vivant les expériences propres à la vie universitaire.

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Et ailleurs ?

On a beaucoup parlé des États-Unis, mais l’histoire de la série religieuse ne se cantonne pas du tout à l’Amérique du Nord, loin de là.

Sur la question de la religion, et vous vous en doutiez un peu dans le fond, l’Italie n’a pas été en reste… et pourtant ça n’a pas toujours été le cas. Entre les débuts des programmes de la Rai en 1954, et 1988, en tout seules 5 séries italiennes sont des biopics de personnalités religieuses, même en adoptant une définition large qui inclurait des figures bibliques, des saints, des papes (Vatican oblige), et toutes sortes de nonnes. En revanche, entre 1989 et 2009, ce chiffre va s’élever à 44 séries !
En cause ? Une variable due à l’évolution de la société, bien-sûr, car la télévision n’existe pas en vase clos ; mais aussi la volonté d’un homme, Ettore Bernabei, qui fonde en 1992 la compagnie Lux Vide. Anciennement à la tête de la Rai pendant la période de monopole de la chaîne, c’est également un Catholique fervent très attachés aux valeurs traditionnelles. Lorsqu’il lance sa société de production, il a en tête un immense projet : le ciclo la Bibbia, une tentative de porter la Bible à la télévision italienne, un personnage majeur à la fois. La première série de ce cycle, Genesi, remportera un succès foudroyant qui ouvrira ainsi les portes de nombreuses autres, Bernabei étant trop content de pouvoir poursuivre son œuvre. Ce cycle durera en tout 20 ans, pendant lesquelles seront produites 13 séries toutes très regardées (on estime qu’un tiers des Italiens les ont suivies). Devant la réussite de cet objectif, Lux Vide se lancera dans d’autres cycles similaires sur des saints, des papes ou des apôtres. A elle seule, la compagnie produira en deux décennies pas moins de 32 séries sur le sujet, réparties en 5 cycles, on s’excuse du peu. Son cycle religieux le plus récent se consacrera à de grandes figures religieuses du 20e siècle, comme Mère Thérésa. Forcément un boom pareil ne passera pas inaperçu : plusieurs de ces séries seront co-produites avec d’autres pays, dont les USA et la Pologne, à l’instar de la mini-série Giovanni Paolo II avec Jon Voight.
A partir de 2009, ces séries sont devenues plus rares, ce qui rend d’autant plus frappante leur hégémonie pendant vingt ans. Ainsi, depuis plusieurs années, Lux Vide a insisté sur la diversification de ses productions ; et même si les valeurs traditionnelles restent au centre de sa politique, la religion et les figures bibliques y sont devenues plus sporadiques. Toutefois il existe encore des productions telles que Don Matteo ou Che Dio ci aiuti pour pérenniser la marque de fabrique de la compagnie, et qui mettent en scène des religieux.

C’est sûrement en s’inspirant de l’Italie et des productions à succès de Lux Vide, qu’à la fin des années 90, la chaîne Rede Record commande sa première série biblique. Là encore, niveau intention, pas de hasard : la chaîne brésilienne a été créée par Edir Macedo Bezerra, accessoirement le fondateur de l’Église universelle du Royaume de Dieu, une branche évangélique du catholicisme. En 1997, la chaîne commande sa première superproduction religieuse, O Desafio de Elias, et le succès est immédiat.
Depuis, Rede Record se fait un devoir d’investir des sommes toujours plus colossales dans ses reconstitutions historico-religieuses ; c’est même désormais, succès aidant, devenu une tradition annuelle. Des séries telles que
Rei Davi ou Milagres de Jesus sont devenues des événements télévisuels coûtant les yeux de la tête, et aux audiences bénies. Ce, même si la production doit parfois supporter bien des tourments (cette année, Milagres de Jesus, une série sur… les miracles de Jésus, avait pour interdiction de montrer Jésus !) et travailler à un rythme infernal lorsque, le succès aidant, des épisodes supplémentaires sont commandés en plein milieu de la diffusion.

Le reste de l’Amérique du Sud est en comparaison assez timide sur la religion, en dépit de la réputation de nombreux pays très catholiques. Si évidemment, les spectateurs ne sont pas à l’abri de tomber sur une série ou une telenovela avec un ou plusieurs personnages dans les ordres, prendre pour sujet ou contexte la religion, ou les textes sacrés, reste rare.

C’est un autre pays de tradition catholique qui pourrait remplir la mission qu’on imagine incomber à l’Amérique latine ; où l’on reparle de la Pologne. En 2000, le soap quotidien Plebania prend ainsi le pari d’avoir pour personnage central un curé, sa famille et ses amis, et par extension toute sa paroisse, au centre de ses intrigues. Avec plus de 1800 épisodes, la série a durée 12 années pendant laquelle elle s’est évertuée, outre les ressorts classique des soaps à l’européenne, à employer son contexte pour interroger les doutes des paroissiens au sens large.
Deuxième soap le plus long de l’histoire du pays (où on a depuis largement adopté le format telenovela),
Plebania pousse ainsi encore plus loin les idées avancées par le premier du classement : Klan, une famille multi-générationnelle dont certains personnages sont également entrés dans les ordres, mais dont la foi est moins au centre des intrigues. Quelques autres séries, empruntant parfois à la dramédie, parfois même à la série policière (pensez Sœur Thérèse.com), incluent des personnages religieux dans leur intrigue, mais cela ne signifie pas nécessairement qu’il s’agira de parler de religion ; c’est plutôt une façon organique de refléter comment la religion est présente dans le quotidien, la vie des personnages.

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LES BONS ÉLÈVES INATTENDUS DU BIOPIC
Série onéreuse presque par définition, le biopic n’intéresse pas que les amateurs de textes bibliques. En témoigne Ramayan (ci-dessus), le premier grand succès de la télévision indienne, diffusé en 1987 et qui, dit-on, arrêtait totalement le pays lors de sa diffusion… et même les services religieux, toutes confessions confondues ! Avec la série Mahabharat, diffusée l’année suivante, elles font partie des grandes adaptations de textes et contes sacrés qui, de leur diffusion à leur rediffusion, en passant par leurs différents remakes, continuent de se présenter régulièrement sur les télévisions indiennes.
Et évidemment, il faudrait mentionner les dizaines de séries créées chaque années dans le monde musulman ; à chaque Ramadan, mois sacré de la télévision dans de nombreux pays, il vient donc, au milieu des dramas sociaux et des comédies familiales, une foule de reconstitutions de pans majeurs du Coran. Avec une difficulté supplémentaire : il est interdit de montrer le prophète, sa famille ou ses proches à l’écran ; le Ramadan étant un mois pieux par excellence, toute série tentant de faire entorse à la règle fait immédiatement scandale. L’Égypte et la Syrie sont, dans ce domaine, les premiers pays musulmans à s’être lancés dans la production de ces projets ambitieux dans les années 60/70. Bien que leur succès soit aujourd’hui plus variable, de nouvelles séries continuent d’émerger chaque année sur ce sujet.
Il est intéressant de noter que les pays produisant le plus de biopics sont ceux qui, plus conservateurs sur ces questions, évitent ainsi les sujets polémiques. Ces pays sont, par voie de conséquence, ceux où les séries ne s’interrogent pas beaucoup sur la foi ou la hiérarchie religieuse.

Dans le domaine de la série religieuse, les séries israéliennes se distinguent désormais depuis moins d’une décennie, avec une variété incroyable de façons de toucher au sujet. La plus connue des séries israéliennes sur la religion, c’est évidemment Srugim, un drama en 3 saisons qui a exploré le quotidien de jeunes juifs orthodoxes. Comment concilier leur vie moderne, leur recherche de l’âme sœur ou encore leur personnalité avec les nombreuses obligations de leur foi ? D’autres séries ont suivi, suivant également des personnages orthodoxes dans des contextes différents, comme Urim ve Tumim, qui se demande également comment trouver un équilibre entre les obligations religieuses et les choix personnels, sur fond d’un suicide inexpliqué au sein d’une école formant les rabbins de demain. Quant à Shtisel, diffusée l’an dernier, elle se déroule entièrement dans une famille de la communauté haredim de Jérusalem, mais au lieu d’interroger les personnages sur leur rapport à leur foi, elle utilise le décès de la matriarche pour explorer la reconstruction intime de chaque personnage à l’intérieur de ce contexte particulier. Dans un registre proche, Merchak Negiaa est une romance entre un immigrant russe peu religieux et une jeune femme venant d’une famille juive orthodoxe ; à travers leur histoire compliquée, la série fait le portrait de ces deux minorités.
Dans un autre style, Kathmandu est une série dans laquelle un couple part en Inde pour accomplir son hlichut, une période dédiée à des missions religieuses (souvent à l’étranger) afin de consolider leur foi ; mais entre le choc culturel, les difficultés pratiques et la rencontre de locaux ou de touristes dont la spiritualité varie de la leur, les deux héros vont être transformés par cette expérience plus qu’ils ne l’imaginaient. Enfin, plus récemment, Mekimi a suivi la conversion d’une ancienne présentatrice télé grande gueule en orthodoxe convaincue. Dans un autre genre, en effet, les séries israéliennes ne se privent pas d’explorer la question sous un angle plus large, celui de la recherche de spiritualité, comme la série Ananda, dans laquelle une jeune femme, abandonnée en Inde par son petit-ami, est mise face à son vide intérieur lorsqu’elle rencontre par hasard deux types qui l’emmènent dans une grande aventure. Sans jamais parler ni de religion juive, ni même hindoue, la série observe juste son héroïne s’ouvrir et questionner ses certitudes rigides.
On pourrait en mentionner d’autres (telle Yehefim, une série prenant pour contexte un kibbutz vivant en autarcie, et sa micro-communauté à mi-chemin entre l’orthodoxie et le mouvement hippie), et le plus fou c’est, pardon d’insister, qu’aucune n’a plus de 10 ans ; aucune n’a été diffusée ailleurs que sur le câble, d’ailleurs…

Bon alors, on l’a compris, il y a des champions de la série religieuse, mais depuis quelques années, elle est très, très en vogue un peu partout.

Évidemment, pour les amateurs de séries francophones, difficile d’avoir échappé à Ainsi Soient-Ils, lancée sur arte à l’automne 2012, et dont la saison  2 a commencé il y a quelques jours (la saison 3 est même déjà commandée). En s’intéressant à un petit groupe de séminaristes, à leurs doutes avant de prononcer leurs vœux, mais aussi au directeur du séminaire et même au président des évêques, la série aborde des angles aussi bien personnels que socio-politiques, et embrasse son sujet avec ce qui se veut être une vue d’ensemble.

Bien que soulevant quelques lièvres, la série française est cependant moins polémique que ne l’est Devil’s Playground, une série australienne dont la diffusion a commencé il y a quelques semaines sur le câble, et qui soulève la douloureuse question des abus sexuels commis par des prêtres. La particularité de la série est de faire suite à un film sorti en 1974, The Devil’s Playground, dont le personnage central est incarné par le même acteur à 35 ans d’intervalle ; désormais adulte, l’ancien élève est aujourd’hui sorti du séminaire et devenu psychiatre, mais le séminaire se rappelle à lui en le plongeant au sein du drame qui secoue la communauté. La série prend un tour très politique en impliquant dans son intrigue un évêque et son entourage, et même une députée. Devil’s Playground se déroule en 1988, à une époque qui a véritablement été secouée par des affaires similaires en Australie (et ailleurs), et questionne autant la foi (comment la conserver quand de telles choses se produisent ?) que l’ambition voire l’arrivisme dans la hiérarchie catholique (l’évêché ne manque pas de dents qui rayent le parquet).

Avec son intention affichée de s’attaquer à des sujets douloureux, la série australienne s’inscrit dans la même tendance que deux séries hispanophones récentes. Il y a d’abord le drama chilien Los Archivos del Cardenal, dont la 2e saison a démarré plus tôt cette année, et qui rouvre les archives réelles du Vicaría de la Solidaridad. Cela lui permet de revenir sur les années Pinochet et la collaboration active de l’Église catholique. Fin 2013, la mini-série espagnole Niños Robados est revenue sur l’affaire réelle du trafic de bébés dans un hôpital catholique des années 70.

Sur un ton plus léger, la dramédie britannique Rev., dont le final a été diffusé en avril, ou la comédie suédoise Halvvägs till Himlen lancée à l’automne dernier et actuellement dans sa saison 2, s’inscrivent également dans la tendance, même si elles y font figure d’exception. D’ailleurs, même quand ses héros sont irrévérencieux, entourés de personnages totalement barrés ou plongés dans des situations cocasses, la série religieuse conserve un certain sérieux sur le fond ; elle va désormais bien plus loin que ne le faisait la série irlandaise Father Ted.
Halvvägs till Himlen questionne ainsi les pratiques des prêtres, engoncés dans leurs habitudes ; elle commence lorsqu’un prêtre revient d’un voyage en Afrique qui l’a rendu assez anti-conformiste, au grand dam de sa nouvelle congrégation. De son côté, Rev. met entre autres la sensible question financière sur le tapis…

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Foi en l’avenir…

Il est de plus en plus de série pour parler de religion, de foi, de l’organisation de l’Eglise ou de ses figures majeures. Désormais tout est possible et des fictions qui auraient été inimaginables dans ce domaine il y a encore 10 ou 15 ans, sont désormais au programme. Mentionnons parmi tant d’autres The Borgias, The Leftovers, Resurrection, Black Jesus cet été, dans une certaine mesure Dominion, Hand of God qui vient d’être commandée par Amazon… On peut raisonnablement penser que la question sera forcément évoquée dans Jane the Virgin. Hors les États-Unis, et si l’on met de côté Devil’s Playground qui s’achève demain à la télévision australienne, on peut citer Grantchester vient de commencer au Royaume-Uni, par exemple.
Mais ce n’est pas tout : les vannes étant maintenant ouvertes, les projets sur le sujet se multiplient.

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QUI N’A PAS EU SA SÉRIE RELIGIEUSE ?
Il est quelques pays qui ne se sont pas frottés au sujet complexe, voire tabou, de la religion et de la spiritualité. Cela peut être pour des raisons culturelles, comme au Japon et en Corée du Sud où le sujet est généralement peu évoqué en public même en-dehors de la fiction, ou alors juste en passant lors de rites auxquels de toute façon tout le monde se plie quelles que soient ses croyances personnelles (décès, mariages, etc.).
De la même façon, le sujet reste évoqué avec énormément de prudence dans les séries africaines ; le contre-exemple le plus frappant est Love Games, une série zambienne financée par divers organismes de prévention contre les MST et qui a pour but essentiel de parler de la vie amoureuse de personnages vivant dans un pays où environ 1 personne sexuellement active sur 6 est séropositive. Étant donné son sujet, il est donc d’autant plus osé que son personnage principal soit un pasteur divorcé, entretenant des relations avec sa maîtresse… hors des liens sacrés du mariage, donc.

Car revenons à Roma Downey et son producteur de mari : en voilà deux qui ont senti le vent tourner (et qui ont clairement une dévotion toute religieuse pour la couleur verte). Le succès de The Bible les a conduit à développer la série A.D. pour NBC, servant de suite à leur grand succès puisqu’il s’agira de se demander comment son entourage réagit à la mort de Jésus. Ils ne s’arrêtent pas là, puisqu’ils ont également The Dovekeepers en projet pour CBS, où Cote de Pablo (ex-NCIS) tiendra l’un des rôles principaux ce qui devrait garantir de rameuter un public pas franchement étranger au network.
Pour ne pas rester en reste, FOX développe de son côté l’event series Nazareth, sur… non, je vous laisse deviner.

Avec la passion récente pour les event series, ce sont les projets de reconstitution d’histoires bibliques qui en profitent le plus. Et même si ces projets restent chers, plus qu’un drama classique en tous cas, leur coût a largement diminué à l’ère des fonds verts, ce qui joue forcément en leur faveur.
Mais à côté de ce genre de fiction reprenant la question religieuse de façon très littérale, désormais les séries peuvent s’autoriser toutes sortes de ton, avec une pluralité de traitements qui n’avait jusque là jamais connu son pareil.

L’an dernier, Showtime avait ainsi un projet nommé The Vatican, un thriller sur la hiérarchie contemporaine de l’Église catholique, avec Kyle Chandler et Anna Friel attachés au pilote. Certes la  série a finalement été mise de côté, faute pour son script d’être à la hauteur de l’ambition de son pitch, mais cela ouvre de nouvelles perspectives. Dans un ordre d’idées similaire, Sky Italia dépense par exemple des sommes colossales pour développer The Young Pope, un faux-biopic sur un pape multi-culturel, créé par le cinéaste Paolo Sorrentino.
De son côté, le créateur de Borgen Adam Price, pourtant bien occupé déjà par la série politique qu’il co-développe pour BBC avec Michael Dobbs (l’homme derrière la trilogie House of Cards), est en train de penser une série sur la foi et la spiritualité pour la chaîne danoise DR, et ce dés le courant de l’année 2015.
Et nos amis Roma Downey et Mark Burnett ? Ils développent un projet qui ressemble bigrement à une anthologie. Unveiled suivra un groupe d’anges gardiens venant en aide à des personnes en crise… Mais où vont-ils chercher tout ça ?!

Il y a désormais de la place pour tous les tons, toutes les lectures et tous les genres dans le domaine de la série religieuse. Si vous n’êtes pas encore converti à la religion cathodique, vous le voyez : il est grand temps de vous y mettre…

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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