Like a girl

16 février 2015 à 12:00

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Après avoir passé une semaine à vous faire découvrir ou redécouvrir, hors des USA, des séries pour la jeunesse dignes d’intérêt, je vous propose aujourd’hui de boucler la boucle en revenant aux États-Unis pour y observer Bella and the Bulldogs, une série lancée par Nickelodeon il y a un mois.
Pourquoi ? Parce que bien que sacrifiant aux standards du genre (multi-camera, rires enregistrés… et même double-vie de l’héroïne), la série tente véritablement quelque chose de nouveau. Et d’intéressant, par-dessus le marché.

Bella a toujours été passionnée par le football [américain], ce qui n’est pas étonnant pour quelqu’un ayant grandi dans une petite ville texane, comme Friday Night Lights nous l’aura appris. Elle canalise son envie de participer à l’univers de ce sport en officiant comme pompom girl pour l’équipe de son école, les Bulldogs, dont elle est évidemment la plus grande fan. Avec ses amies Pepper et Sophie, elle peut ainsi assister aux premières loges à chaque rencontre sportive, devisant de la stratégie du coach… ce qui est parfois une torture quand l’équipe perd.
Cela se produit sous ses yeux, lorsque le quaterback des Bulldogs, Troy, décide de ne pas suivre les instructions du coach et perd un match qui aurait pourtant été aisément remporté. Déçue, Bella s’empare du ballon et mime à ses amies le jeu tel qu’il aurait dû se passer, lance ledit ballon et… eh bien, et il s’avère que Bella sait lancer un ballon. A un tel point que le coach lui propose de passer un essai pour devenir quaterback, ce qui n’est évidemment pas du goût de Troy. Il faut dire que celui-ci persiste à se surnommer « The Troy » et pense que l’équipe ne serait rien sans lui… pas étonnant qu’il ne souhaite pas prendre le moindre risque d’être détrompé.

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Si vous êtes capables de citer une série ou allez, soyons gentils, un film, dans lequel une partie de football américain est jouée par des filles ou des femmes, je mange mon chapeau texan. Là où le baseball ou le basket ont parfois su faire de la place aux joueuses, les représentations restent désespérément masculines pour le football américain, en dépit de l’existence de ligues féminines. Bella and the Bulldogs prend la question à bras le corps en discutant assez frontalement du sexisme dans ce sport : hors le coach qui n’envisage l’intégration de la jeune fille que sous l’angle de ses capacités, les personnages masculins de la série ont toutes les peines du monde à admettre qu’une fille puisse jouer à ce sport, et moins encore dans leur équipe.
Le premier épisode, d’une durée double, met en outre un second conflit en place puisque Bella est toujours attachée à ses occupations de cheerleader, ainsi qu’à ses deux amies qui continuent non seulement d’assister aux matches de football, mais participent aussi à des compétitions acrobatiques (ce sera d’ailleurs l’occasion de souligner à la fois comment les filles n’existent pas qu’à travers les exploits sportifs des garçons, mais aussi combien elles sont moquées pour ce qui n’est pas jugé suffisamment sportif par ces mêmes garçons). Bella parviendra-t-elle à concilier son envie de jouer aux côtés des Bulldogs avec son souhait de rester fidèle à ses amies ? Et par là même, peut-elle rester « une fille » ?
L’idée est en effet de tester les clichés, en questionnant les émotions de Bella : la rendent-elles plus fragile sur le terrain ? Le rejet par les membres de son équipe viendra-t-il à bout de son enthousiasme ? POURRA-T-ELLE PORTER DU ROSE QUAND MÊME ?

Par des péripéties assez grossières (et ponctuées de ces insupportables rires enregistrés), Bella and the Bulldogs répond, bien-sûr, partiellement à ces questions à la fin de son pilote : bien évidemment que Bella est capable, même en tant que fille aimant le rose, de jouer au football. Et progressivement, elle va se faire sa place, parce qu’elle est déterminée et qu’elle a un vraiment excellent lancer.
A l’impossible nul n’est tenu : Bella and the Bulldogs continue d’avoir une vision très genrée des rôles : les filles aiment être jolies et sont émotives, les garçons jouent aux durs et sont moqueurs. Mais la comédie clame aussi qu’on n’est pas obligée de se comporter en « garçon manqué » pour jouer à un sport supposément masculin, et que Bella n’a pas à renier qui elle est pour faire ce qu’elle aime. Et si elle aime le rose et avoir les cheveux qui volent dans tous les sens, eh bien elle portera du rose et aura les cheveux qui volent dans tous les sens, là.

En-dehors de son message un peu féministe, Bella and the Bulldogs est relativement conventionnelle : il y a de nombreux personnages qui participent simplement aux dialogues et aux scènes à titre de comic relief, il se passe un peu n’importe quoi pour remplir le temps d’antenne (dont une course-poursuite avec une vache, quand même), les élèves se retrouvent perpétuellement dans la même pizzeria uniquement peuplée par des enfants, et ainsi de suite. Il faut toutefois noter que les séquences sur le terrain de foot ne semblent pas tournées en studio, en tout cas ne donnent pas l’impression de l’être, ce qui permet à seulement la moitié de la série d’avoir l’apparence de fausseté de la plupart des comédies du genre. Un peu d’air frais, ouf !

Bella and the Bulldogs n’est pas LA série américaine pour préados, celle qui vous redonnera foi dans Nickelodeon si tant est que vous l’ayez jamais eue, mais elle se donne du mal pour essayer d’avoir un propos, un point de vue sur la société, ainsi qu’un message positif pour ses spectatrices. Bella n’a, qui plus est, aucune ambition de célébrité, aucun super-pouvoir, elle vit dans une normalité (certes relative) devenue très rare dans ce type de séries. L’identification fonctionne à mon avis beaucoup mieux, et surtout sur un plan plus sain, dans Bella and the Bulldogs que la plupart des séries qui l’ont précédées. Et c’est déjà énorme. Alors va pour le rose.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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