10 nouvelles créatrices de séries qui gagnent à être connues de par le monde

8 mars 2015 à 10:00

Remballez vos roses, la Journée internationale des Droits des femmes n’est pas vraiment une journée pendant laquelle on a envie de se faire offrir des plantes : nos droits végètent bien assez comme ça.
Comme c’est désormais la tradition en ces lieux le 8 mars, parlons des femmes qui font la télévision. Pourquoi ? Parce qu’elles sont une espèce en voie d’extinction. Et si vous ne me croyez pas, je vous ai confectionné un petit récapitulatif évocateur.

WomenwritingforTV-650Dans nos discussions autour de la diversité cette saison, et elles sont nombreuses, on semble se réjouir de petites avancées pour l’avenir… qui interviennent après une reculade. Donc le statu quo est préservé, non ? Alors vous comprenez bien qu’aujourd’hui, on n’est pas d’humeur à prétendre que c’est la « fête des femmes », ou « journée de la femme »… ou je-ne-sais quel sobriquet minimisant. Il y a de quoi être en colère mais, évidemment, les féministes n’ont pas le droit d’être en colère, ça nuit à leur image paraît-il. Une féministe se doit d’être radieuse et ravie de tout, au point qu’ensuite on se demandera pourquoi elle est féministe si tout va si bien. Mais pardon, pas de mauvais esprit.

Alors pour le 8 mars, essayons de prendre une grande inspiration et parler des femmes qui hier, aujourd’hui, et sûrement demain si ce n’est pas trop demander, ont fait, font et feront la télévision. Comme l’année dernière, je vous propose le portrait de 10 femmes ayant prêté leur plume au petit écran, aux quatre coins de la planète. Non, on ne parlera pas de Shonda Rhimes, ou d’Amy Sherman-Palladino ou de Lena Dunham ; à la place on va essayer de braquer la lumière sur des femmes qui n’ont pas nécessairement leur notoriété auprès des téléphages… L’occasion de voir que tous les chemins mènent à la télévision !

LindaBloodworthThomason-300Linda Bloodworth-Thomason (USA)
Originaire du Missouri, elle sort de l’université et démarre une carrière d’enseignante dans les années 70 à Los Angeles ; à la fin de son contrat, elle change totalement de branche et se dédie à la publicité au sein du Wall Street Journal. C’est ce nouveau travail qui lui permet d’écrire de plus en plus, au point de devenir cette fois journaliste tout en vendant quelques scénarios par-ci, par-là. Les premières séries sur lesquelles elle se fait la plume ne sont pas anecdotiques : des épisodes de M*A*S*H (dont l’un est plus tard nommé aux Emmy Awards), de Rhoda (le spin-off du Mary Tyler Moore Show)… La comédie est clairement son violon d’Ingres, alors elle crée des sitcoms. Ça ne marche pas toujours, comme en témoigne Filthy Rich qui ne dure qu’une saison, mais elle tient quelque chose. En 1986, la comédie Designing Women lui offrira enfin la reconnaissance qu’elle mérite ; la série durera 7 saisons !
Si les séries Evening Shade et Hearts Afire, par la suite, permettent à Linda Bloodworth-Thomason de conserver une certaine longévité à la télévision américaine, le succès de Designing Women, lui, ne sera jamais plus égalé par la scénariste, dont l’un des projets suivants, 12 Miles of Bad Road, pourtant bien reçu par la critique, est mis de côté par HBO. Qu’à cela ne tienne, Linda Bloodworth-Thomason écrit pour d’autres supports (roman, documentaire…) et surtout, se tourne vers l’activisme. Ainsi, elle est très proche du couple Clinton, et écrit pour la campagne de Bill en 1992 plusieurs videos tout en travaillant comme consultante pour son image.
Elle crée aussi, dans son patelin natal du Missouri, la Claudia Foundation destinée à encourager les jeunes et notamment les femmes par des bourses artistiques. En 1994, elle était la première femme à se voir décerner le Women in Film Lucy Award, qui récompense les personnalités dont les œuvres ont amélioré la perception des femmes à la télévision.

PascaleBreugnot-300Pascale Breugnot (France)
C’est un parcours de télévision un peu atypique que celui de Pascale Breugnot, puisque l’essentiel de sa carrière est essentiellement axé autour de la production de programmes non-scriptés dans les années 80 et 90 (parmi lesquels Gym Tonic avec Véronique et Davina, Perdu de vue présenté par Jacques Pradel, ou encore Tout est possible avec Jean-Marc Morandini à sa tête). Son nom est donc plus facilement accolé à des émissions populaires et aux premiers programmes de télé réalité du PAF.
Et pourtant ! L’air de rien, elle a aussi fondé sa société, Banco Production, pour cultiver la fiction française. En tant que productrice, elle permettra donc à des séries de voir le jour sous la plume de scénaristes variés, dont un grand nombre de femmes… Dans les années 90, la chose est encore assez rare dans le panorama télévisuel français ! Ainsi Le juge est une femme (devenue plus tard Alice Nevers: Le juge est une femme) a été créée par Noëlle Loriot, Une famille formidable a été créée par 4 scénaristes au sein d’une équipe purement paritaire, et la mini-série Dalida a été écrite et réalisée par l’Américaine Joyce Buñuel.
Et ce n’est pas tout… Car on le sait peu, mais Pascale Breugnot est allée encore plus loin en co-créant une série pour TF1, alors que la chaîne privée cherchait une fiction quotidienne à la fin des années 80. Initialement développée sous le titre Villa Villeret, le soap En cas de bonheur débutera en juin 1989. La série est alors prévue pour 260 épisodes d’une demi-heure, et son budget se monte à la colossale somme de 135 millions de francs (ce qui donne environ 30 millions d’euros). Alors certes, la série n’a pas duré, et a quitté l’antenne 6 mois plus tard pour des problèmes d’audiences, mais ça n’est pas rien. Oh, et le co-créateur d’En cas de bonheur aux côtés de Pascale Breugnot ? C’était un certain Bernard Gridaine… le nom de plume de l’homme politique Bernard Kouchner.

MaraBrockAkil-300Mara Brock Akil (USA)
De formation journalistique, elle commence sa carrière de scénariste au sein de la writers’ room de la dramédie South Central, l’une des premières séries de FOX avec un cast essentiellement noir. Cela restera son objectif par la suite : offrir une fiction dite « black » de qualité, et elle enchaînera en travaillant sur les scénarios de Moesha pendant 4 saisons avant de pouvoir créer sa propre série, Girlfriends, avec l’aide de Kelsey Grammer. Le succès sera foudroyant et, forte de son expérience désormais en tant que productrice exécutive, elle continuera sur ce chemin avec le spin-off The Game. La série est aujourd’hui toujours à l’antenne, parallèlement à son drama le plus récent, Being Mary Jane.
Mara Brock Akil est également l’une des rares femmes musulmanes de la télévision américaine.

ConnieFerguson-300Connie Ferguson (Afrique du Sud)
Les spectateurs sud-africains ont plus longtemps connu le visage de Connie Ferguson que ses écrits. Elle démarre sa vie professionnelle par une carrière en tant qu’actrice dans le soap Generations ; elle gardera son rôle, l’un des plus importants de la série, pendant 16 ans, avant de décider en 2010 qu’elle avait envie de tenter d’autres choses. Pourtant on ne peut pas dire qu’entre le tournage de la série et ses emplois en tant que mannequin, elle s’ennuyait ! Elle poursuit son travail d’actrice dans diverses productions, enchaîne sur des rôles réguliers dans Soul City et The Wild pendant quelques années, avant de se rendre à l’évidence : la seule façon d’avoir le rôle idéal, c’est de l’écrire. Elle crée donc, avec son mari l’acteur Aaron « Shona » Ferguson (rencontré sur le plateau de Generations), la série dramatique Rockville, dont ils sont ensemble également les producteurs exécutifs au sein de leur maison de production… logiquement nommée Ferguson Films. La série finit actuellement sa 3e saison, et dans l’attente d’un renouvellement, Connie Ferguson gère également sa propre marque de cosmétiques, étendant son empire.

MariaElenaGertner-300María Elena Gertner (Chili)
Lorsqu’elle commence à se faire connaître dans les années 50, María Elena Gertner est avant tout une femme de théâtre, généralement moderne voire expérimental. En parallèle de ses activités, qui incluent la mise en scène et même l’enseignement du théâtre, elle commence très tôt à écrire et publie plusieurs recueils de poèmes ; elle voyage à Paris et rencontre Sartre, Beauvoir ou Camus qui ont une énorme importance dans son œuvre.
De fil en aiguille, elle s’intéresse aussi à la télévision. Pendant les années 70, la jeune chaîne TVN se cherche encore, et María Elena Gertner fera partie des 5 auteurs les plus influents dans l’élaboration de l’identité culturelle de la chaîne (elle est d’ailleurs la seule femme du lot). Si bien qu’en 1982, elle finit par créer sa première série : De Cara al Mañana est une telenovela pour la jeunesse qui ne recule pas devant les thèmes complexes (il y sera entre autres question de grossesse adolescente) et qui forme de nombreux acteurs débutants qui deviendront plus tard des figures importantes des telenovelas chiliennes. En fait, De Cara al Mañana est même la toute première série pour ados du Chili ! Elle créera plusieurs autres séries jusque dans les années 90, tout en apparaissant de temps à autres en tant qu’actrice dans des rôles mineurs de deux telenovelas. Toute sa carrière à la télévision se fera sur TVN.
María Elena Gertner n’a jamais délaissé l’enseignement, créant une compagnie de théâtre dans sa ville natale, et travaillant même comme consultante pour le ministère de l’Éducation chilien pendant quelques temps dans les années 90. En 2005, elle a reçu une Distinción Pablo Neruda par le ministère de la Culture pour l’ensemble de sa contribution à la culture chilienne.

RachelLang-300Rachel Lang (Nouvelle-Zélande)
Si une série néo-zélandaise a trouvé le succès ces dernières années, alors il y a de fortes chances pour que Rachel Lang soit aux commandes. Elle touche d’abord un peu à tout en matière d’écriture télévisuelle (script editing pour le drama Open House, planification de storylines pour le soap Shortland Street, etc.) et même quelques jobs d’actrice (dans The Marching Girls, la première série néo-zélandaise dont les rôles principaux sont féminins).
C’est la rencontre avec un autre scénariste, Gavin Strawhan, qui va lui servir de moteur pour la suite : ensemble, ils créent de nombreuses séries dramatiques, en commençant par Jackson’s Wharf en 1999. Leur collaboration ne donnera pas forcément des séries au long cours dans un premier temps, et entretemps ils travaillent comme scénaristes sur d’autres séries, comme la fiction fantastique pour la jeunesse Maddigan’s Quest. C’est avec Outrageous Fortune que Rachel Lang devient un nom connu jusque dans le moindre foyer néo-zélandais. Le duo s’essaye aussi bien aux dramas et aux dramédies comme Go Girls ou Nothing Trivial… qu’aux séries de genre avec This Is Not My Life. Rachel Lang a également un autre partenaire d’écriture, James Griffin, avec lequel elle a co-créé la série fantastique The Almighty Johnsons puis le thriller The Blue Rose. Et en plus de tout ça, elle est également journaliste pour le magazine de cinéma Onfilm ! Dans les prochains mois, deux de ses nouvelles créations sont également prévues pour ravir les spectateurs néo-zélandais : le drama Westside, un prequel d’Outrageous Fortune, et la mini-série historique When We Go To War.

IlonaLepkowska-300Ilona Łepkowska (Pologne)
Initialement titulaire d’un diplôme en gestion à Varsovie en 1977, Ilona Łepkowska retourne à ses études rapidement pour cette fois apprendre l’écriture à l’école de cinéma de Łodz. Une fois son cursus achevé en 1982, elle commence par écrire pour le cinéma et trouve le succès assez rapidement. Il lui faudra une dizaine d’années encore pour qu’elle se tourne vers la télévision, créant la série Radio Romans qui dure deux saisons.
Mais c’est en 1997, quand elle rejoint l’équipe du soap Klan, lequel vient d’apparaître à la télévision, qu’Ilona Łepkowska trouve vraiment sa place sur le petit écran. Elle va progressivement prendre la tête de la writers’ room, et conduire pendant deux ans la série vers le succès. A la suite de quoi elle passe les rênes, pour piloter un nouveau soap, Na Dobre i na Złe. Là encore, succès immédiat ! Elle s’ajoute donc des heures de travail en co-créant le soap M Jak Miłość un an plus tard ; elle fera partie des deux équipes de scénaristes pendant un an ! Mais visiblement, aime relever de nouveaux défis. Après une mini-série en 2007, elle lance un autre soap, Wszystko Przed Nami, qui ne sera hélas pas une franche réussite. Elle est donc revenue à des séries antérieures, jusqu’à annoncer le mois dernier qu’à 60 ans, il était temps pour elle de prendre sa retraite. La « reine de la telenovela polonaise », comme la presse la surnomme, aura tout de même remporté une dizaine de Telekamery au cours de sa carrière, et lancé des soaps qui sont, dans leur majorité, encore à l’écran aujourd’hui. Sous son impulsion, plusieurs personnages et intrigues gays ou lesbiens sont apparus à la télévision polonaise, pourtant conservatrice.

CrisMorena-300Cris Morena (Argentine)
Voilà bientôt 20 ans, les spectateurs argentins découvraient l’actrice et présentatrice Cris Morena sous un nouveau jour : elle créait sa première série, la comédie musicale pour la jeunesse Chiquititas. La jeune femme est avant tout une compositrice, et son expérience devant les cameras à la télévision n’a été que passagère, mais elle se sert de sa connaissance de la télévision pour alimenter cette série musicale.
Cris Morena s’est depuis positionnée comme la productrice de séries la plus populaire d’Argentine, et ses séries à destination des préados et ados (et bien-sûr, souvent musicales) sont très regardées. Parmi elles on compte également Rebelde Way (adaptée dans une demi-douzaine de pays), Alma Pirata, et plus récemment Aliados qui s’est doublé d’une initiative transmédia.

DariaNicolodi-300Daria Nicolodi (Italie)
Derrière le regard calme de cette femme se cache une scénariste et une réalisatrice férue de mystère, de fantastique et d’horreur. Son premier projet pour la télévision sera en tant qu’actrice, pourtant, dans une émission de variétée intitulée Babau, en 1970… dont le contenu est jugé tellement scandaleux que la Rai ne la diffusera que 6 ans plus tard ! Et à ce moment-là, la carrière de Daria Nicolodi est déjà bien transformée, car tout en poursuivant sa carrière d’actrice, au théâtre ou sur les écrans, elle a commencé à écrire. Sa première mini-série, le drame social I Nicotera, reste plutôt conventionnelle, mais en 1975 elle rencontre Dario Argento, et de leur relation personnelle et professionnelle (outre une fille) naîtra la mini-série Ritratto di Donna Velata, un thriller macabre dont elle incarne aussi le rôle central. Entre la télévision et le cinéma (où son compagnon est plus prolifique et où elle sent une plus grande liberté), son cœur balance ; la consécration de son rôle dans le film Profondo rosso, la même année que Ritratto di Donna Velata, fera le choix pour elle.
Régulièrement, pourtant, elle revient à ses premières amours télévisuelles, et proposera plusieurs mini-séries et téléfilms… entre deux tournages glaçants et des apparitions au théâtre. Elle travaille aussi, avec les années, sur les projets terrifiants de sa fille, Asia Argento… Férue de fiction dite « de genre », Daria Nicolodi n’est pas nécessairement la personnalité de la télévision italienne la plus populaire, puisqu’on y préfère les séries policières et les dramas mafieux ; mais elle apparaît encore à la télévision de temps à autres dont, en 2009, dans plusieurs des épisodes de la mini-série Il mostro di Firenze. Le monstre de Florence ? Tout un programme.

SakaeTsuboi-300Sakae Tsuboi (Japon)
En avril 1962, elle écrit Ashita no Kaze, qui devient alors la deuxième série quotidienne de la chaîne publique NHK diffusée le matin (ou « asadora« ) et dont la diffusion se poursuivra jusqu’en mars 1963. C’est la première fois qu’une femme écrit pour ces fictions matinales ; derrière les histoires relativement innocentes, son sujet est pourtant assez grave, puisque ce soap raconte les hauts et les bas de Natsuko, une jeune orpheline de guerre. C’est avec la diffusion d’Ashita no Kaze que NHK grave dans le marbre le format des asadora, qui changera assez peu depuis lors (il est depuis passé à un rythme semestriel, certes).
Cependant, Sakae Tsuboi n’était pas seulement une scénariste. En fait, Ashita no Kaze sera sa seule série télévisée, parce qu’elle est tirée d’un de ses romans, qu’elle a elle-même adapté. Cette femme d’origine très modeste était avant tout une romancière et une poétesse. Son premier ouvrage lui a valu un prix remis par le ministère de la Culture nippon, et elle a aujourd’hui un musée à son nom dans un parc d’attraction, Nijuushi no Hitomi, qui est inspiré par l’un de ses romans. Sakae Tsuboi s’est éteinte 5 ans après ses débuts à la télévision, à l’âge de 67 ans.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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