Bring her back

24 juillet 2017 à 20:30

Avec le démarrage ce soir de Somewhere Between, la toute première série étasunienne adaptée d’un drama sud-coréen (eh oui, désolée The Good Doctor, mais t’as été coiffé au poteau !), l’heure est, forcément, à la comparaison.
Et il s’avère qu’en ces lieux, cela faisait près de 3 ans que je me promettais de prendre du temps pour Shinui Sunmool – 14 il (alias God’s Gift – 14 days pour les obsédés de l’anglophonie), au point que la succession de tentatives était devenue assez pathétique. Et après je m’étonne d’avoir des disques durs pleins. Pour m’y mettre et vous proposer une review, c’était donc un peu la dernière ligne droite. Bonne nouvelle, je l’ai fait. Mauvaise nouvelle, ça fait 3 ans que j’aurais dû vous prendre par la peau des fesses pour regarder ce drama, et je m’y prends maintenant que vous allez tous vous ruer, par solution de facilité, sur la versions US. Ya des jours, je me déteste, tiens.

Shinui Sunmool – 14 il, c’est l’histoire de Soo Hyun Kim, une femme moderne dont la vie chaotique s’apprête à la devenir plus encore lorsque sa petite fille, Saet Byul, est kidnappée. Quelques jours plus tard, le corps de la petite fille est repêché dans un lac…
Mais contre toute attente, l’histoire ne s’arrête pas là : c’est à ce moment qu’elle commence, ou plutôt qu’elle recommence puisque Soo Hyun a l’opportunité de retourner dans le passé. Vous l’aurez deviné, la série trouve parfaitement sa place parmi la vague de séries de voyages dans le temps de la saison écoulée !

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Et pourtant, de voyage dans le temps, il ne sera absolument pas question pendant le premier épisode de Shinui Sunmool – 14 il (en fait, dans le second non plus, mais je n’en dis pas plus) car la série est absorbée par son exposition, qu’elle choisit de faire de la façon la plus détaillée possible. Sur un épisode inaugural d’une heure, la première demi-heure est entièrement dédiée à ce qui se déroule un an avant l’enlèvement, et en faisant son possible pour être dans un registre dramatique plutôt que mettre en place les éléments d’un quelconque thriller.

Nous allons donc apprendre à connaître Soo Hyun, dont la vie est si compliquée et pourtant si normale. Mère d’une petite fille de 8 ans (Saet Byul, donc), mariée à avocat engagé dans les droits de l’Homme, elle est aussi, elle-même, auteur sur une émission télévisée d’investigation sur des crimes réels, diffusée par le network [fictif] SBC. Cela donne des journées très remplies, souvent stressantes, d’autant que Saet Byul est une enfant charmante, certes, mais aux résultats scolaires catastrophiques, et qui par conséquent a tendance à vouloir faire tout, sauf aller à l’école. Soo Hyun est donc en train de jongler entre toutes sortes de choses, et Shinui Sunmool – 14 il nous montre cette vie sous haute tension, et pourtant dramatiquement normale, sous toutes les coutures.
En outre, la relation entre la mère et la fille est détaillée autant que possible. Shinui Sunmool – 14 il dépeint un lien détérioré par le rythme du quotidien et les soucis ordinaires ; Soo Hyun a, en effet, tendance à être intraitable avec sa fille (le père est plus coulant), à ne pas la lâcher pour qu’elle améliore ses résultats scolaires, ce genre de choses. Rarement une série aura démontré comment les liens familiaux sont à la fois forts et ténus, menacés par des allers-retours constants en voiture ou des mauvaises notes aux contrôles, parce que, bah oui, le quotidien n’est pas fait pour les effusions d’affection. Le fossé persiste au contraire à se creuser.

C’est, hélas, sur le point de devenir le cadet des soucis de Soo Hyun, puisqu’à mi-parcours de ce premier épisode, la série commence à préparer les ingrédients de l’enlèvement, grâce à un bond en avant d’un an.
Nous savons qu’il va y avoir enlèvement ; d’abord nous le savons parce qu’on a lu le synopsis de la série avant de la regarder, et surtout nous le savons avoir vu la scène d’introduction de la série, qui a la particularité d’être un conte morbide (mais ne le sont-ils pas tous) entièrement animé. Comme je fais moyennement confiance à Somewhere Between pour faire aussi bien ce soir, permettez que je partage les images qui vont bien.

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Sur la fin du pilote, au-delà des poncifs du genre (on voit avant même que l’enlèvement ne soit indiqué aux personnages le moment où il a lieu), Shinui Sunmool – 14 il continue de creuser ses personnages sur un plan dramatique, en particulier Soo Hyun dont les réactions sont montrées dans les moindres nuances, mais prend aussi un tour plus surprenant. La profession de notre héroïne est en effet loin de relever de l’anecdote : l’émission d’investigation va être le théâtre, en direct national, de la révélation de l’enlèvement de la petite Saet Byul à sa propre mère.
En outre, le kidnappeur a des motivations à la fois troubles et originales : il affirme être le tueur en série sur lequel Soo Hyun a fait une émission, mais s’être lassé des meurtres… et avoir procédé à cet enlèvement pour faire levier contre la politique pénale du Président sud-coréen ! La politique se mêlerait donc de l’intrigue de Shinui Sunmool – 14 il, en plus du reste ? Et pourquoi pas : après tout, dans la longue phase d’exposition, un an plus tôt, les parents ont pris le temps d’aller voter, et le père a participé à un débat sur la peine de mort.

C’est là que l’on comprend combien ce premier épisode est riche de sujets amenés avec subtilités pendant l’introduction en apparence longuette de Shinui Sunmool – 14 il. L’étrange femme de la boutique du lac et son atroce prédiction, l’ex-policier devenu détective sans foi ni loi, le condamné pour meurtre qui passe sa vie en prison en dépit d’un retard mental qui jette le doute sur sa culpabilité, l’assistante de l’émission de SBC qui est en train de subir les maltraitances domestiques du producteur avec lequel elle sort, l’ami autiste que s’est fait Saet Byul en dépit des instructions de sa mère, le Président sud-coréen qui savoure sa prise de pouvoir… soudain ces personnages n’ont pas de sens dans le cadre de l’enlèvement, mais ils sont capables d’en prendre énormément sur un plan plus large. Ils représentent autant d’erreurs qui pourraient, qui devraient être corrigées ; mais aussi autant d’embûches potentielles sur la route de Soo Hyun, lorsqu’elle retournera dans le passé.
Peut-être que certains ont un rôle, volontaire ou non, à jouer dans cette aventure temporelle, et pour l’instant ce n’est évidemment pas clair (rappelons que le système de diffusion coréen, où sont proposés deux épisodes par semaine, a tendance à conduire le premier épisode à ne porter qu’une partie de l’introduction à l’intrigue). Peut-être pas, ou pas beaucoup. Mais dans tous les cas chacun a une chance de finir différemment, de voir son destin connaître une autre issue.

C’est aussi, bien-sûr, le cas de Soo Hyun également. Lorsqu’elle retournera dans le passé, elle aura une chance unique de travailler sur sa relation à sa fille. De se refocaliser sur l’important. De ne pas laisser le quotidien ronger le lien qui l’unit à Saet Byul et qui, peut-être, s’il ne s’était pas détérioré, aurait pu tout changer. Il n’y a vraiment qu’une seule façon d’en être sûre…

Parce qu’elle est, dés ce premier épisode pourtant peu intéressé par l’intrigue centrale, foisonnante de thèmes, Shinui Sunmool – 14 il se révèle passionnante. Elle s’avère aussi émouvante, et gloire en revient, en grande partie, à l’actrice Bo Young Lee (l’une des meilleures de sa génération ; come at me) qui trouve le moyen de préserver la plupart du temps un grand naturel et une dignité ordinaire qui font des merveilles pour ancrer cette histoire familiale dans une certaine forme d’authenticité. Les pitreries de Seung Woo Jo, qui incarne le détective privé, offrent en outre des respirations caricaturales mais bienvenues dans un épisode qui essaie de ne pas se prendre perpétuellement au sérieux, mais a trouvé là le bon moyen pour ne jamais faire du tort à son intrigue centrale en relâchant son emprise sur son héroïne. Bref, on a un premier épisode solide ; je n’irai pas jusqu’à le qualifier de parfait, mais il est en tous cas une source inépuisable de potentiels, et c’est déjà énorme.

Choisir, en outre, de totalement mettre de côté le thriller à proprement parler et surtout l’intrigue fantastique du voyage dans le temps, au moins pour cet épisode (et le suivant), afin d’insister sur la valeur dramatique de sa situation, est vraiment tout à l’honneur de Shinui Sunmool – 14 il. Le résultat, il est là : dans le fait que ce n’est pas la disparition qui compte, que ce n’est pas l’identité du kidnappeur qui importe, que ce n’est pas la possibilité de tout « résoudre » qui nous préoccupe, mais les émotions de cette mère, qui est vraiment n’importe quelle mère en cela qu’elle a merdé avec sa fille comme tous les parents stressés le font dans une mesure ou une autre, et qui s’aperçoit qu’il ne faut pas attendre le plus grave pour corriger le moins grave.
Plus que les ficelles d’une fiction qui autrement ne serait pas forcément révolutionnaire, et en tous cas certainement pas unique, la série Shinui Sunmool – 14 il fait le pari que c’est s’adresser aux craintes bien réelles (et non à la paranoïa relative aux enlèvements) est ce qui va remporter l’adhésion du public. Elle a au moins la mienne.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

1 commentaire

  1. Mila dit :

    « Mauvaise nouvelle, ça fait 3 ans que j’aurais dû vous prendre par la peau des fesses pour regarder ce drama, et je m’y prends maintenant que vous allez tous vous ruer, par solution de facilité, sur la versions US. Ya des jours, je me déteste, tiens. »

    Je proteste, j’ai tout vu madame, et à sa sortie, même que ! Cessez donc de bafouer mon honneur, ou je te tape (mais pas vraiment, car au fond je t’aime bien).
    J’ai tout vu, et même que j’ai été drôlement déçue, parce que j’ai trouvé que ça se barrait en sucette cette affaire, alors que le début était drôlement prometteur, justement. Enfin, vu que, du coup, tout ce que je pourrais dire serait effectivement drôlement teinté par ma connaissance et mon avis sur les évènements à venir, je vais me retenir, et juste te dire que c’était cool de te lire sur ce pilote, et que j’espère que la suite te plaira autant que ce début 🙂

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