Where everyone has gone before

11 septembre 2017 à 19:54

Tous les ans au mois de septembre, c’est la même rengaine. Tous les automnes, les oiseaux de mauvais augure vous jurent que cette fois, c’est net, la rentrée étasunienne est en demi-teinte pour ne pas dire morne, les nouveautés sont dans leur majorité embarrassantes de nullité ou de banalité (on ne sait ce qui est pire), les anciennes séries ronronnent, les gros succès des saisons précédentes s’affaissent, les incontournables sont en fin de vie. A se demander comment les gens ont tant de séries en retard quand tout va si mal et que presque plus rien ne vaut la peine d’être vu.
Et pourtant à la fin de la saison, ou au plus tard à l’automne suivant, on recommence le même cirque : les nouveautés de cette année sont encore pire ! Et ainsi de suite. Dans tout ce défaitisme, je me surprends à penser que beaucoup d’entre nous a vraiment besoin de télévision internationale pour s’aérer l’esprit et réapprendre la curiosité ; mais je ne dis rien, vous pensez bien : c’est pas le genre de la maison que de faire du prosélytisme.

Chaque automne sans coup férir, me voilà donc un peu agacée par le défaitisme ambiant. Il semblerait que l’arrivée d’une nouvelle cuvée de séries soit désormais à accueillir de la même manière que des hipsters apprenant l’ouverture d’un bar vegan dans lequel les boissons sont servies dans des bocaux en verre recyclé : on va quand même se précipiter dessus, mais en affichant l’air le plus blasé possible. Bon sang, ce sont des séries, on est supposés aimer ça, un peu d’enthousiasme au nom du ciel !

Et puis, à un moment ou à un autre de la rentrée, une nouveauté absolument abyssale me tombe dessus et je perds toute motivation devant l’horreur que j’ai sous les yeux. Je n’ai alors plus envie d’encourager personne à montrer un peu d’enthousiasme, je veux juste aller m’enfouir sous mes couvertures en attendant que commence la saison japonaise, en octobre, qui elle, c’est sûr, sera excitante.
Ca m’arrive plus tôt que prévu cette année, et au moment où vous lisez ces lignes, pas un orteil ne dépasse de sous ma couette, où je me suis réfugiée. La série coupable ? The Orville.

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En même temps je sais pas trop pourquoi j’ai commencé la rentrée par là. J’admets volontiers une part de responsabilité.
Peut-être parce qu’entre Seth MacFarlane et James Franco, la soirée d’hier soir sur les écrans US rejouait un peu Charybde et Scylla pour moi. Alors à choisir, je me suis dit, écoute, de la SF sera toujours plus digérable qu’une série historique, regarde The Orville. On ne saura jamais si j’aurais mieux fait de regarder The Deuce, où si j’aurais dû d’emblée m’enfermer dans ma chambre jusqu’au mois prochain. Les faits sont là, j’ai commencé la saison américaine par The Orville, on va pas refaire l’Histoire.

The Orville donne un peu l’impression que Seth MacFarlane avait postulé auprès de CBS pour bosser sur Star Trek: Dicovery et n’a pas eu gain cause, alors il a pitché la même chose ailleurs, et FOX s’est retrouvé avec ça sur les bras.

Dans les faits, ça donne quoi ? Ca donne une série qui n’a compris de Star Trek que le superficiel : il y a des uniformes, des aliens, des conflits interpersonnels, des scènes de bataille spatiale. Sauf que The Orville est une série du Trekverse qui n’a rien compris au Trekverse, à son ambition éthique pour ne pas dire politique, à son idéal humaniste, à sa vision de l’humanité (au sens large bien-sûr). Là où, à tort ou à raison, Star Trek s’imaginait ancrer ses intrigues dans une société profondément égalitaire, juste, et compatissante, The Orville propose des personnages détestables, et eux-mêmes détestant souvent des groupes entiers (l’un des personnages est présenté d’entrée de jeu comme un raciste, l’autre venant d’une race uniquement masculine, quant au héros, entre une blague sexiste et une haine profonde envers son ex-femme, il se pose là), qui ne sont là que parce que c’est leur job. La Planetary Union Central (équivalent de la Fédération, donc) ne représente aucune forme de mission si ce n’est offrir à tous ces personnages une excuse pour travailler ensemble. The Orville ne sonne pas simplement creux : elle est l’anti-thèse de ce pour quoi Star Trek existe depuis plus de 5 décennies. De quoi réconcilier les Trekkies les plus puristes avec JJ Abrams, par comparaison.

Ce qui serait parfaitement concevable si The Orville employait ces éléments pour se moquer de Star Trek, mais ce n’est pas le cas. The Orville aurait bien des cartes en main pour critiquer l’angélisme de la Fédération, l’idéalisme forcené de nombre de ses employés les plus célèbres, ou ses doctrines fondatrices. Mais ce n’est même pas le cas, parce que The Orville n’a pas assez de sens du recul, sur elle-même et donc encore moins sur Star Trek, pour pratiquer un quelconque travail critique, et certainement pas parodique. L’un n’allant théoriquement pas sans l’autre.
Et très franchement je ne tiens pas à tout crin à voir une série parodier Star Trek ; Star Trek a déjà été parodiée un million de fois. Ce ne sont pas les émissions, films ou séries qui ont manqué pour le faire, et, pour tout dire, revoir certaines des premières séries de la franchise peut parfois, à l’occasion, faire un aussi bon travail sinon meilleur qu’une parodie pure et dure. The Orville n’avait pas besoin d’être une parodie. Cependant elle avait besoin d’être quelque chose sur Star Trek étant donné son obsession à renvoyer le spectateur, en permanence, à la série de Gene Roddenberry, des codes visuels à ceux, narratifs, ayant fait son succès jadis. Est-il possible de faire autant de références à une œuvre, et une seule, sans rien en dire ? Sans rien dire du tout en fait ?

The Orville
pourrait faire l’impasse sur la parodie si elle était drôle, mais ses quelques gags (ou en tous cas, ceux que j’ai identifiés comme tels) ne le sont même pas. Certains sont clairement identifiables comme des « gags », mais, n’ayant aucune substance, ils se révèlent avoir autant d’humour qu’un ongle incarné. Il y en a beaucoup d’autres dont on n’est même pas vraiment sûrs qu’ils ont été écrits pour être drôles ; ils pourraient simplement être des bouts de dialogues perdus là, par hasard, après avoir tourné dans la mauvaise coursive.
Ce pourrait être un problème de ton, de série qui ne parvient pas à trouver son rythme ou son style humoristique, mais ce n’est pas le cas. Prétendre que c’est une question de ton serait sous-entendre qu’un aspect plus dramatique vient empêcher The Orville d’être drôle. Or ce qui empêche The Orville d’être drôle, c’est son manque d’humour. Pas le fait que de nombreuses scènes soient, par ailleurs, plus sérieuses.
Mais on peut aussi parler de ces scènes plus dramatiques, si vous le voulez. On peut évoquer le fait qu’elle ne suscitent pas une once d’émotion. On peut aussi dire à quel point elles ne disent rien, ne portent aucun propos, ne lancent pas même une intrigue sur le long terme. A quel point elles sont vides de toute substance. A quel point elles semblent plaquées là uniquement parce que dans un épisode moyen de Star Trek, il y aurait une scène similaire à peu près à ce moment-là.

The Orville ne dit rien de drôle, ni rien de triste, ni rien d’humain, ni rien de Star Trek.
The Orville n’existe que parce que, quand il était petit, Seth MacFarlane s’imaginait en Captain Kirk, et qu’il avait dans un fond de tiroir un spec script d’un spin-off dont il serait le héros, écrit pendant son adolescence. Vu la qualité des dialogues et l’intérêt des personnages, je soupçonne que pas une ligne du scénario n’ait reçu la moindre relecture depuis les années 80, sans même parler d’une réécriture.
The Orville, et c’est là la bien triste vérité, n’aurait jamais dû quitter son tiroir, ni moi mon lit.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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