Freaky links

18 avril 2021 à 21:53

Cette semaine, Netflix sortait sa toute dernière série originale africaine en date, Dead Places.
Une série sud-africaine, une fois de plus. Les projets nigérians semblent être plus lents à se finaliser, comme le drama Far From Home ou de la série d’animation Iwájú ; les projets kenyans sont à peine plus rapides, et ce alors que la concurrence s’agite pourtant très fort avec la sortie de Crime and Justice sur Showmax plus tôt cette année.
Et une série fantastique, ce qui fait parfaitement suite à Kings of Joburg, qui était la série africaine précédente de la plateforme, au moins en attendant le retour du teen drama Blood & Water (dont le tournage de la saison 2 s’est achevé le mois dernier).
Fort bien. Business as usual, donc.

Trigger warning : auto-mutilation.

…Sauf que vous ne serez qu’à moitié surprises d’apprendre que Dead Places n’est pas une série originale Netflix !
Eh non, en dépit du N sonore en début d’épisode, et des mots « A Netflix original series » qui s’affichent immédiatement à sa suite, il s’agit en réalité d’une acquisition. D’où vient la série ? Ah, ça, je vous le dis à la fin de la review du premier épisode, ce serait trop facile…

Dead Places, c’est l’histoire de Will Stone, un auteur de romans fantastiques sud-africain qui, après des années passées au Royaume-Uni, revient dans son pays natal pour une tournée promotionnelle de son dernier bouquin. Lequel, je vous le donne en mille, s’appelle Dead Places.
Le premier épisode ne veut pas trop nous dire pourquoi il s’est absenté aussi longtemps, en-dehors d’une scène assez vague au début de cet épisode introductif, d’une brève scène avec son psy britannique via Zoom (incarné par l’un des acteurs principaux d’une des rares autres séries de genre sud-africaine, Room9, où figurait également Anthony Oseyemi qui interprète de Will Stone), et d’un peu de paratexte vers la fin. Will s’apprête à faire un circuit englobant plusieurs villes d’un pays qu’il ne connaît pas, ou plus, accompagné par Joe, un chauffeur et homme de main que son éditeur a embauché pour lui ; tout lui apparaît comme étranger, mais cela ne semble pas exactement être ce qui le trouble. Il faudra avoir lu le résumé de la série sur la page de Netflix pour en connaître la raison, je ne vous la gâche pas ici. Ce n’est pas vraiment le propos de cette introduction de toute façon.

Le premier épisode de Dead Places ambitionne plutôt de nous faire comprendre l’aspect fantastique des choses. En effet, Will ne fait pas qu’écrire sur les fantômes, il est également capable de les percevoir ; en fait c’est même très fort la façon dont l’exposition construit cela comme une évidence que seul un personnage va (temporairement) remettre en question. Les fantômes existent, Will sent leur présence (et parfois plus si affinités), et ce sont les faits, point barre. Notre auteur apparaît donc comme plus qu’un romancier : un expert. Au-delà de ses capacités à détecter le surnaturel, il connaît aussi le fonctionnement des fantômes, comme nous le découvrirons au cours de cet épisode.
C’est une jeune femme du nom de Kelly qui va nous permettre de prendre la mesure de ses capacités. Au départ, elle mène une existence qui n’a pas de connexion apparente avec le monde de Will : elle est une streameuse qui se filme pour sa chaîne « Dare Kelly » en train de remplir divers défis. Le premier épisode la montre ainsi en train de pénétrer illégalement dans l’aquarium de Cape Town (pour autant que je puisse en juger, c’est vraiment là où les scènes ont été tournées, d’ailleurs), pour aller nager, en pleine nuit, avec les requins, devant un chat surexcité. Sauf que ce qui n’était pas prévu pour cette petite expédition, c’était de tomber nez-à-nez avec une fantôme !
Terrifiée par ce qu’elle a vu (et qui la poursuit !), Kelly va donc se tourner vers Will pour essayer de comprendre ce qui se passe.

Il n’y a rien dans le travail d’exposition de Dead Places qui soit foncièrement novateur, surtout venant d’un scénariste et réalisateur qui a travaillé sur Shadow et Jongo, dont Dead Places est la parfaite fusion.
Le premier épisode place Will, Joe et Kelly sur la carte des relations (Will et Joe se détestent au premier regard, ça donne de bons dialogues d’ailleurs), établit les contours de leur personnalité et leur background, et surtout pose les règles de son univers fantastique. Visuellement ce n’est pas la série la plus fine au monde, mais le travail fait autour de la couleur fait son petit effet. Le travail introductif est sans surprise, quoiqu’efficace. A la rigueur je m’attendais à ce que les livestreams de Kelly prennent une plus grosse place dans l’épisode, mais gageons qui cela s’intensifiera par la suite, son occupation ne peut pas avoir été décidée par hasard. Dead Places s’oriente vers une série principalement procédurale (avec un aspect monster-of-the-week dont nous sommes bien familières), tout en se réservant la possibilité de détailler avec le temps certains aspects en fil rouge, comme la backstory de Will, ou peut-être même celle de Joe. On sait que ce genre de recettes fonctionne. Malgré cela, l’épisode ne manque pas de charme, avec un bon rythme, des dialogues enlevés, et un univers fantastique qu’on a envie de voir détaillé.

En fait, c’est un peu le problème. Le folklore sud-africain ne manque pas de figures fantastiques (umkhovu, tokoloshe… et sûrement d’autres que je ne connais pas), mais la fantôme du premier épisode de Dead Places est incroyablement familier. Et d’ailleurs, la série, qui se déroule presqu’intégralement en anglais, va la qualifier très exactement de « fantôme ». Pas de référence aux mythes locaux ici (c’est peut-être pour plus tard, cela dit), donc quelque chose de très digestible à l’international.
C’est ce qui m’a mis la puce à l’oreille, en fait. L’auteur de la série étant sud-africain (un blanc sud-africain, mais sud-africain quand même), ce n’était pas la raison de ce flou mythologique. Alors, quoi ? Quelle est la raison qui pousse une série écrite par un Sud-Africain, tournée en Afrique du Sud, avec des actrices sud-africaines, et surtout se déroulant en Afrique du Sud, à effacer toute trace d’afriquedusudité ?

Le fait qu’elle soit conçue pour avoir l’air panafricaine, tout simplement.
Dead Places n’est tellement pas une série originale Netflix qu’elle n’est même pas une exclusivité Netflix : Canal+ Afrique l’a diffusée en novembre dernier dans la sphère francophone sous le titre de Hantés (Canal+ International est même co-financeur du projet), AMC en acquis les droits pour plusieurs autres territoires en prévision d’un lancement pendant l’été 2021… et maintenant Netflix se glisse dans l’interstice, comme c’est si souvent son habitude, en faisant passer la série pour un projet original.
Pour simplifier ses voyages, Dead Places a choisi, au moins pour son introduction (on verra bien pour la suite, et j’ai bien envie quand même de voir ce qu’il en est pour les épisodes suivants) de pouvoir être comprise par toutes sortes de cultures. Ce qui en soit n’est pas fondamentalement un tort, mais reste quand même largement dommage. Vous me direz : ça a marché. Mais bon.
Si pour se vendre à l’international, une série africaine doit gommer qu’elle est africaine (ce qu’on n’exige certainement pas de toutes les séries du monde), on n’est pas sorties des ronces…


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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

1 commentaire

  1. Tiadeets dit :

    Quel dommage de vouloir gommer les spécificités des pays et cultures dans lesquelles se passent les intrigues. Si le spectateur est déjà dépaysé, autant y aller à fond et proposer quelque chose de « nouveau » ou en tout cas d’ancrer dans une culture spécifique.

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