Le don en soi

12 octobre 2004 à 6:00

Je me baladais sur le blog de falo (le lien est juste à côté dans la colonne) et j’ai repensé à ce qui se dit, de temps à autres mais de plus en plus souvent, sur ma plume.

J’ai eu envie d’interroger falo. Là, comme ça. De lui envoyer un mail et de lui dire : « voilà, vous, clairement, vous avez un don. Est-ce que moi aussi ? Quelqu’un qui porte votre regard sur le monde doit forcément savoir ». La beauté dans l’âme de cet homme me touche, mais pas seulement parce que ce qu’il fait est beau, non : ce qu’il fait trouve une sorte de résonnance dans certaines de mes proses (qui pour la plupart se trouvent dans ces éternels cahiers d’écolier que tous ceux qui grattent un peu ont fréquenté un jour ou l’autre).

Ecrire, ça a toujours été vital pour moi. C’est ce qui a toujours le plus compté sitôt qu’il s’agissait de moi. Il y a une dizaine d’années, non, un peu moins, je m’étais préparée à l’idée que je devrais peut-être m’enfuir de la maison pendant une crise de mon père. J’avais donc préparé un sac de première urgence qui a trôné sur la plus haute étagère de mon armoire, avec le nécessaire de survie. Ce que je considérais comme tel : la totalité de mes journaux intimes, quelques autres de mes écrits les plus chers, mon ours en peluche (qui gardera ici son anonymat, je lui dois bien ça), et quelques livres et dessins. Le sac était plein à craquer, mais ça ne m’a jamais effleurée que si je devais partir, j’aurais besoin d’un peu plus. Ou plutôt, je refusais de vider quoi que ce soit du sac pour assurer ma pitance. Nourritures pour l’esprit…

Ecrire m’a toujours caractérisée, mais avec la fâcheuse habitude de toujours tout commencer sans jamais finir. Très certainement parce que ma propre vie n’est pas achevée et que donc, mon propre travail ne peut l’être. Et surtout parce que pendant des années, il y avait trop d’idées pour un seul ouvrage. Imagination débordante, plume qui me démangeait, il n’en fallait pas plus pour entamer mille histoires de tous les genres…

Mais aujourd’hui, le besoin s’est transformé. Au fil des ans, mon écriture a un peu changé, je peux le voir, même si je n’arrive pas à la maîtriser et à contraindre les mots, et qu’ils sortent un peu comme ils veulent, je vois que les choses s’affinent. Que je me dessine dans les lettres. Et la question du don s’est alors présentée. Sais-je écrire ? Je peux le faire, mais est-ce que j’ai ce don que falo a pour la photographie…?

Le don autour de moi ? Ca ne signifie pas grand’chose. Mes parents ne parlaient pas mon langage. Ils me répétaient qu’on ne pouvait pas vivre de sa plume (ni même son crayon lorsque j’ai fait quelques incartades vers le dessin), une fois même, ma mère m’a regardée droit dans les yeux pour me dire que ma soeur était plus douée que moi (je n’en ai plus approché un crayon pendant plus d’un mois, blessée comme jamais). Plus tard, faisant lire mes pensées les plus intimes à ma mère suite à ce qu’il faut bien qualifier de tentative de suicide, le seul commentaire dont elle a été capable s’est cantonné à « pourquoi tu te donnes un style ? », ce qui, en plus d’être une marque de mépris le plus total envers le fond, est une grave atteinte à la forme : je ne domine pas mes mots. Tout juste si j’ai appris à les dompter à l’oral, mais à l’écrit je suis leur proie. Bref, rien à attendre de ce côté-là. Lord T ne croit pas au don, rien n’est inné pour lui, tout est fruit d’une éducation, d’un apprentissage. De fait, les autodidactes n’ont pas la moindre valeur à ses yeux. Et les talents artistiques ne sont pas tels : ce sont juste le résultat d’un entrainement acharné. Comme je n’ai fait que subit mon besoin d’écrire sans jamais le travailler, je dois me résoudre, s’il a raison, à n’avoir pas de don en la matière.

Pourtant parfois, peut-être avec orgueil, encore une fois, je me dis que c’est une chose pour laquelle je suis douée (bien que je ne sois pas encore arrivée au stade où je me satisfais de ma production, tout au plus m’émeut-elle lors de la lecture, ce qui en soi est déjà pas mal). Pour ça, et pour les choses de l’âme. Encore un sujet que mes parents n’abordaient pas, et auquel Lord T ne croit pas.

Peut-on avoir un don en soi ? Comment le sait-on ? A quoi le reconnait-on ? Comment s’étiole-t-il pour ne plus être une douleur, un besoin viscéral, mais bien une chose naturelle et apaisante ?

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