With a little help from my friends

27 décembre 2010 à 2:37

Comment dit-on à un ami qu’on manque d’amis ? Ça fait plusieurs semaines que je me pose la question. Si c’est un ami, je devrais tout pouvoir lui dire et pourtant, idéalement, on essaye de ne pas blesser ses amis, et ici ne rien dire semble plutôt indiqué. Alors j’ai essayé de lancer le sujet, avec mes amis, de façon détournée, chacun à part, chacun d’une façon différente. Je ne sais pas combien ont percuté. Je ne sais pas comment ceux qui ont compris l’ont pris. Mais c’est là.

Je me sens seule. Je voudrais de nouveaux amis.
Je n’ai rien contre ceux que j’ai mais ils semblent, disons, trop peu nombreux. Si c’étaient des amants je dirais que je suis dans une période de nymphomanie où j’ai besoin de plus pour être satisfaite. Mais ce sont des amis et on va simplement dire que c’est une question de nombre. Ils ont leurs vies, ils ont leurs passions, ils ont leurs préoccupations… j’ai juste l’impression de les avoir un peu souvent fait passer devant moi et que maintenant, c’est trop tard, ils ne seront pas mes amis même pour ce qui est difficile. Que n’importe qui peut aller se faire une virée au restaurant mais qu’il faut les avoir bien accrochées pour aussi m’écouter pour parler de ce qui est sombre. Peut-être que j’ai l’impression d’être leur amie mais qu’ils sont mes copains. Peut-être que c’est injuste de dire cela. Peut-être que j’en demande trop d’un coup alors que pendant longtemps je n’ai rien demandé à personne.

Pendant des mois, des années, j’ai fait cavalier seul. J’ai fait semblant de me contenter des sorties détendues au resto. La vérité c’est que j’adore aller au resto. J’aime les soirées resto entre amis. Mais on dirait depuis quelques mois que je ne sais plus m’en contenter.
J’aime être avec eux. Je prends un sincère plaisir à m’en occuper, comme j’ai pu le faire pour Noël où j’en ai légèrement beaucoup fait pour rendre les choses confortables, notamment, à l’un d’entre eux. Mais peut-être, juste peut-être, que depuis quelques mois, j’attends que ce ne soit plus gratuit. Que j’attends qu’on me renvoie l’ascenseur.

Sans doute que j’ai trop donné l’image d’une nana qui se contentait des restos et gérait le reste toute seule. Peut-être que je leur ai trop renvoyé l’image d’une nana indépendante qui n’a besoin que de copains. A tous les coups, ils ont pensé que depuis qu’elle était partie, je voulais prendre de la distance. Et pendant quelques temps ça a été vrai. C’est sans doute là que les habitudes se sont prises…

Dans le fond je ne peux pas le lui reprocher quand il me dit qu’ils ne peuvent pas faire leurs agendas en fonction de moi. C’est évidemment vrai, et je ne saurais le leur demander. Mais lorsque je m’ouvre, lorsque je sais qu’ils auraient le temps, je leur reproche quand même de ne pas prendre le temps de s’occuper de moi pour de vrai. La vérité, c’est qu’un peu trop souvent, c’est la disponibilité intellectuelle qui semble leur manquer. Peut-être que j’en ai marre d’être celle qui est forte et indépendante. Des fois moi aussi je voudrais pouvoir harceler les autres de questions sur tout ce que je fais et attendre qu’ils valident ce que je dis, comme lui le fait quand il n’entend que quand je vais dans son sens. Moi aussi je devrais avoir droit à ça, non ? Ou bien sommes-nous tous bloqués dans des rôles immuables ? Je suis, serai, éternellement, la vieille du groupe, celle à qui on s’adresse mais dont il semble incongru qu’elle ressente aussi le besoin d’être, de temps en temps, délestée de la responsabilité d’être toujours sûre de ce qu’il faut dire et faire…

Ce qui m’amène à l’autre partie de ce qui me trotte dans la tête : il me faut peut-être de nouveaux amis, certes, mais s’il m’en faut, il me les faut plus âgés. Passer quelques heures l’autre jour chez cette collègue plus âgée m’a fait un bien fou. Mais c’est une collègue et j’aime trop cloisonner. Et puis, dans un monde comme celui dans lequel je travaille, gommer les limites, ce n’est pas très bon… on ne sait jamais. Les collègues bien intentionnées ne sont pas nombreuses, et il faut se méfier des apparences. Cloisonner c’est se protéger.
N’empêche que c’est tellement agréable de se lier avec quelqu’un de plus de 40 ans. C’est tellement libérateur. Horriblement prétentieux à dire mais j’ai l’impression d’être sur la même longueur d’ondes, de parler le même langage. On fait l’économie de tout un tas de choses. Pour autant, les conversations ne sont pas systématiquement sérieuses. On plaisante juste différemment. C’est libérateur. Je plaisante avec cette collègue et me reviennent à l’esprit toutes les fois où je me suis entendue avec des gens du double de mon âge ou plus, depuis toujours. A la maternelle déjà, ce qui m’intéressait, c’était de discuter avec la gardienne, pas de passer la récré avec les autres. Tout ça refait surface et je me sens tellement plus libre. Je n’ai pas besoin de faire semblant d’être forte et personne ne le tient pour acquis, et pourtant je ne suis pas la « petite jeune ». A pied d’égalité, je suis une adulte avec une autre adulte. Ça me manque tellement de ne pas vivre ça plus souvent.

Ces derniers temps la vie semble truffée d’instants de grâce voués à ne jamais se reproduire. C’est aussi ça que j’ai envie d’exprimer quand je ressens le besoin de « plus d’amis, plus vieux ». C’est accéder à une certaine stabilité dans mes relations, plutôt que ces petits instants qui sitôt après, et pour plusieurs semaines, me font retourner à ma solitude.

Pas de méprise : j’aime ma solitude. Sans elle, impossible d’accéder aux friandises intellectuelles, culturelles et personnelles dont ma vie est jalonnée, dont elle semble se remplir chaque jour un peu plus. Sans ma solitude, comment renouer avec l’écriture, comment me gorger des fictions que j’aime, comment lire autant, comment élargir toujours plus mes horizons ! Ça semble incompatible avec une vie sociale soutenue. Mais le problème c’est de trouver l’équilibre. Ça a toujours été de trouver l’équilibre.
Peut-être que je me suis entourée d’amis dont je savais, à la base, qu’ils n’offriraient pas plus. Peut-être que je n’ai laissé entrer dans ma vie, à un moment, que ceux qui n’exigeraient pas de moi qui je sacrifie de ma précieuse solitude, que ceux qui ne m’empêcheraient pas de me goinfrer de mes friandises. Je l’ai sans doute un peu cherché, aussi, finalement. Je ne peux pas le leur reprocher, je dois juste admettre qu’il ne faut pas le leur demander, aller chercher tout cela ailleurs.

La solitude me pèse parce que je réalise que quand je lève le nez, et je commence à lever le nez alors que tant de choses se stabilisent, notamment au boulot où 2010 a été une année compliquée, je ne peux pas demander à mes amis plus de présence.

Et que soyons honnêtes deux secondes, je commence à penser aussi à d’autres choses que les amis. Ça fait assez longtemps maintenant. Ça a assez duré. Mon désir de stabilité, celui qui me taraude depuis des années et dont je cherche la formule magique à tâtons depuis si longtemps, me souffle aussi qu’à un moment il faudra se remettre à y penser. J’ai toujours rêvé de stabilité sans vraiment me lancer dans l’entreprise difficile qui consiste à trouver l’équilibre. Maintenant je commence à y penser à nouveau. J’aime ma solitude, mais j’aimerais qu’il y ait des moments où il y ait autre choses. Ça se réveille depuis des mois, lentement, comme une jambe engourdie, là ça commence un peu à fourmiller, quand même. Et je m’aperçois que la solitude est la seule chose stable dans ma vie.

Alors quand il y a des instants comme celui-là, qui semblent s’étirer pendant des heures dans le calme et la sérénité, quand il y a des instants où tout concorde, la discussion parfaite, la discussion passionnée, la discussion adulte, et le silence, quand je trouve de tout dans la relation nouvelle que j’ai avec quelqu’un que je connais peu, forcément, j’ai des frissons. Aucune idée, dans le fond, de ce que ces frissons signifient, et certainement trop tôt pour le déterminer. Mais des frissons, quelle qu’en soit la raison, c’est nouveau, ou en tous cas, nouveau depuis longtemps, et ça tombe à point nommé.
Mais voilà, je suis seule depuis trop longtemps, je suis déçue depuis trop longtemps, je suis frustrée depuis trop longtemps par l’amitié, l’amour et les relations de travail, et tout le reste, et dans le fond il n’y a pas vraiment de réponse.

C’est ma faute. Je veux plus que ce que je n’ai. Plus que me satisfaire d’une soirée de détente au resto. Après tout, avant, j’y arrivais.

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1 commentaire

  1. Un N@mi dit :

    Toi et seulement toi

    Bonsoir,

    Tu veux un ami qui soit là pour toi et rien que pour toi! Quand tu veux et où tu veux ! Pour aller au resto ou faire des choses que toi seule aime!

    Alors prend un risque et essaye de me louer comme N@mi.

    C’est sur, c’est un peu original. Louer un N@mi, c’est bizarre. Mais c’est reprendre ta vie en main. Respirer l’instant d’un moment, l’oxygène dont tu as tant besoin.
    Préserver ta solitude et te goinfrer de tes friandises préférés tout en ayant à tes côtés un N@mi qui ne te jugera jamais.

    Fais un essai. Et tu verras bien.

    Au pire ça sera un vrai fiasco. Et au mieux tu auras trouvé une solution agréable. Au moins le temps d’un instant.

    A très bientôt.

    Jo

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