Jusqu’au mariage

24 avril 2011 à 0:30

En fait toute la question est de déterminer ce qu’on cherche dans une relation. Ce qu’on attend et ce qui est superflu.

Il y a plusieurs degrés, certainement, et il ne peut pas nuire de se poser les questions qui y correspondent.
De quoi ai-je besoin ? De quoi ai-je envie ? De quoi puis-je m’accomoder ? De quoi ne puis-je pas me passer ? Que m’est-il impossible d’accepter ?
Dans toute relation, il faut faire des concessions, la chose est entendue… mais pas forcément n’importe lesquelles. Alors j’essaye de chercher, en moi, ce qui définit les limites de l’acceptable et de ce qui ne l’est pas. Ce que je veux vraiment, et ce qui finalement n’est pas si vital. Trop peu de fois par le passé je me suis posé ces questions, j’ai l’impression.
Et parmi ces questions : pourrais-je me passer de sexe dans une relation ?

Ce n’est évidemment pas la même chose lorsqu’on est seule et lorsqu’on ne l’est pas. Prétendre qu’après une période de célibat, je n’en suis plus à ça près, serait évidemment mentir, et prétendre qu’être avec quelqu’un ne me semble pas aller de paire avec une certaine intimité serait plutôt la preuve d’un aveuglement.
Pour autant, si cette intimité me semble naturelle, je ne suis pas convaincue de la considérer comme obligatoire.

Je crois que je peux d’autant plus respecter ce choix qu’il a été le mien à une époque. Il n’a pas été motivé par quoi que ce soit de religieux (c’est peut-être la différence qui fait que je ne me suis pas tenue à ce choix). Je voulais être la femme d’un seul homme, nous nous sommes fiancés, j’ai eu confiance en ces fiançailles et je n’ai pas tellement plus attendu. Puis les fiançailles ont été rompues et j’ai simplement continué ma vie : je n’étais plus vierge, à quoi bon rester fidèle au premier homme, quand lui était parti ? Quelque chose dont je n’aime pas me souvenir, c’est que pendant de nombreuses années, je me suis sentie tellement mal de ne pas m’être tenue à ma décision première… Peut-être que le fait que je ne sois du tout intéressée par les histoires d’une nuit est le reliquat de cette époque où je pensais ne connaître qu’un homme pendant toute mon existence ; quelque chose qui subsiste, même maintenant que j’ai évolué de cette position initiale, et que je considère qu’il n’y a pas de raison d’en faire tant d’histoire. Ce n’est pas grave, mais voilà, il y a 10 ans de ça, j’aurais préféré, avouons-le ; aujourd’hui je vis ma vie de femme sans me sentir sale comme je l’ai ressenti après la rupture, mais peut-être que si c’était si important pour moi de m’envoyer en l’air, je n’attendrais pas de tomber amoureuse, non plus. Il y a des questions qu’on ne se pose pas parce qu’on n’est pas sûr d’aimer la réponse…
Quand je gratte un peu, je réalise que même si je ne trouve pas révoltant d’avoir connu plusieurs hommes, pour autant je n’ai pas tellement envie d’allonger la liste de beaucoup. A mes collègues qui s’écrient qu’il n’est pas normal ni sain de ne jamais avoir eu de coup d’un soir, je n’arrive pas à extirper d’autre explication que « parce qu’il faut vivre sa vie ! » ; j’ai l’impression de vivre ma vie, mais je n’ai pas l’impression qu’il soit nécessaire pour cela de coucher avec des inconnus avec qui on ne vivra rien. C’est normal pour d’autres, et je ne les juge pas, c’est juste que je ne pourrais jamais en faire autant, ça ne me correspond pas ; mais ça me rappelle combien de degrés il existe en la matière ; qui suis-je pour trouver un peu extrême un tel choix quand le mien n’apparait pas plus évident à la majorité de la population ?

Alors, pourrais-je vivre une relation comme celle-là, simplement en me rappelant que ce choix n’est pas si incongru, et pas si éloigné du mien ? Au pire, je pourrais me dire, les jours un peu plus électriques que d’autres, que c’est une façon de reprendre le chemin où je l’ai laissé, que c’est le chemin que je voulais il y a 10 ans après tout.

Mais dans ce cas il me faudrait quand même définir cette relation.
Car une relation amoureuse chaste… comment l’empêche-t-on de ne devenir qu’une simple amitié ?

Je crois que je demanderais encore plus, étrangement, sur un plan affectif. Si on ne peut pas me toucher, il faut me prouver autrement ce pour quoi je n’aurais jamais demandé de preuve en d’autres circonstances. Ou bien l’envie qu’on me prouve son affection est-elle quelque chose qu’implicitement j’associe au sexe ? Sans doute aussi, mais ça fait partie des questions qu’on ne se pose pas, qu’on garde tues, et qui peut-être causent bien plus de malentendus et de ravages qu’on ne le croit. Tout serait à redéfinir, à repenser.
A la vérité, je crois que ça me ferait le plus grand bien d’être avec quelqu’un qui me permette de poser les choses à plat sans me laisser m’aveugler par les papillons dans le ventre. Bien-sûr la chasteté n’est pas obligatoire dans pareille relation, mais si elle faisait partie du package je pense sincèrement que je pourrais la tourner à mon avantage pour me rappeler de ce qui compte, et non de ce qui manque.

La vérité c’est que, bien que je ressente de plus en plus lourdement la solitude, je commence à me demander à quoi ressemblera la prochaine relation. Comment, après avoir tant souffert d’être seule, après avoir tant souffert des abandons et des trahisons, pourrai-je me lancer sainement dans une relation ? Avec quelqu’un qui a fait ce choix, j’ai l’impression que je serai obligée de prendre les choses avec plus de calme. C’est peut-être faux mais c’est comme ça que je l’imagine. J’ai peur de me perdre encore plus dans la prochaine relation, simplement à cause de l’écart entre elle et la précédente, à cause de tout ce qui ne s’est pas passé, et tout ce qui s’est passé, entre les deux. Je ne sais pas comment je serai à ce moment-là.
C’est peut-être aussi pour ça que je ne précipite rien et que je ne tombe plus amoureuse, que je me contente de simple béguins, ces derniers temps. C’est bien plus que je ne ressentais à une époque, au plus fort de ma solitude, mais c’est quand même tellement peu, comme si je ne m’accrochais plus vraiment. S’il n’y avait pas le sexe, j’ai l’impression que je pourrais tirer les choses au clair. Peut-être que c’est une idée confortable parce que j’ai peur, aussi, de ce que l’avenir me réserve en la matière.

Alors, bon, peut-être que la question n’a pas de raison d’être dans les circonstances actuelles. Mais j’apprécie les multiples interrogations, dont celle-ci, que ce choix réveille en moi. C’est aussi cela, faire des rencontres : se poser des questions qu’entre soi, on ne se poserait pas. Et tant pis si elles restent pure théorie.

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