Virtuous circle

3 février 2017 à 17:28

Avant de vous parler de Pure, je vous dois une confession, parce que je sens qu’elle a une influence sur ma perception de cette nouvelle série canadienne. La voici : l’an dernier, après avoir fini un marathon surprenant (et étrangement rapide) de The Tudors, j’ai décidé d’en entamer un de Big Love. Puisque j’avais l’air bien partie pour me faire des intégrales de « vieilles » séries à base d’homme à femmes, pourquoi pas après tout ? Problème : une fois devant, j’ai réalisé qu’il y avait une raison pour laquelle je n’avais jamais dépassé la saison 2 : Big Love n’est pas du tout ce que je viens chercher en elle. Là où je voudrais qu’une série explore la question du mariage polygame, son fondement religieux (dans le cas présent au moins), l’éducation particulière donnée et donc reçue par les enfants… au final Big Love relègue systématiquement ces questions au second plan, au mieux. A la place, Big Love est intéressée par les magouilles qui se trament au sein du compound, transforme un leader religieux en simple mafieux, et finit par tourner au crime drama paranoïaque où quasiment tout est une question de gros sous. J’ai essayé, j’ai vraiment essayé de finir Big Love. Mais au début de la saison 4, mes nerfs ont lâché. Si près du but, j’étais incapable de me forcer à regarder un épisode de plus de ce crime drama en prairie garb.
En soi, ce serait évidemment un parti-pris tout-à-fait respectable (décider que les Mormons sont plus un mouvement sectaire qu’une philosophie) si cela ne semblait pas aussi être, tout simplement, l’option de facilité. S’attarder sur la spiritualité est encore quelque chose que, en dépit du grand nombre de séries s’y essayant, les fictions n’arrivent pas à aborder aussi frontalement qu’on pourrait l’espérer. Mêler la criminalité au religieux, c’est moins souvent une critique qu’un aveu d’échec à faire du drame humain, introspectif, intime. Pur.

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En janvier, me revoilà dans la même situation avec Pure. La série remplace ici les Mormons par les Mennonites (un mouvement chrétien proche des Amish, qui sont plus souvent représentés dans la popculture), et met en scène Noah Funk, un homme profondément droit qui se voit investi un jour, un peu par hasard (ou par Dieu si l’on en croit les traditions mennonites), du pouvoir de pasteur sur sa petite communauté. Ce faisant il découvre qu’il est maintenant la personne en position de se dresser face à Eli Voss, un membre de sa congrégation qui au lieu d’être un gentil Mennonite sage, est un Mennonite trafiquant de drogue. Le pasteur Funk va donc, pour lutter contre le Mal, se rapprocher d’un ancien camarade de classe aujourd’hui devenu flic, Bronco Novak, qui lui n’est absolument pas un Mennonite.

Pure n’a aucune envie de nous dire quoi croient les Mennonites, en fait. Nous faire partager leurs convictions, même juste à des fins d’exposition, ne l’intéresse pas. Le pilote saute en fait une étape, en voulant à raison souligner que tous les Mennonites ne sont pas les mêmes simplement parce qu’ils partagent une foi… il oublie de tout simplement nous dire ce qui constitue ou non cette foi. On se raccroche donc à des clichés sur le niveau de technologie que la communauté s’accorde, qui ne nous disent pas grand’chose sur l’essentiel, du coup. L’épisode nous introduit donc directement Noah Funk (alias « Le Gentil ») et plus subrepticement Eli Voss (ou « Le Méchant »), qui sont bien-sûr très différents : l’un a une carriole et l’autre une voiture ; l’un a un sens moral aigu ainsi qu’un tempérament doux et l’autre est menaçant voire violent ; l’un est attentif à sa famille (et notamment à sa femme, dont j’aurais aimé savoir plus) et l’autre a plutôt un clan voire un gang. Nan mais comme ça c’est bien, on perd pas de temps à nuancer les choses.
En-dehors de cette binarité, Pure se montre également très hésitante à introduire d’autres profils de Mennonites, et il va être établi très clairement que le pasteur Funk est soutenu par sa congrégation, quoique pas trop ouvertement puisque Voss fait peur. Tout le monde compte sur Funk pour se coltiner la lutte contre le crime au sein de la communauté seul comme un grand : vas-y Noah, on est derrière toi… par la pensée.

Cette dynamique étant établie, Noah n’a d’autre choix que de faire appel à Bronco, un flic un peu grossier et à la vie chaotique qu’il a évidemment recroisé par le plus grand des hasards juste après être devenu pasteur, et donc il se dit qu’il pourrait l’aider à trier le bon grain de l’ivraie au sein des Mennonites. Ça tombe plutôt bien, puisque Bronco enquête sur l’incendie d’une voiture qui lui semble suspect. Il identifie rapidement que cette voiture est immatriculée aux États-Unis, et grâce à un contact sur place, a tôt fait d’apprendre l’existence de trafiquants de drogue qui passent leurs produits du Mexique au Canada, discrètement… sous couvert d’être de sages Mennonites. Bon sang, le hasard quand même. Il est donc dans l’intérêt des deux hommes, en dépit de leurs différences
Il va sans dire qu’à ce stade du premier épisode de Pure, je souffre de syndrome post-traumatique et que des flashbacks de Big Love me hantent terriblement. Par conséquent je crains de n’avoir pas pu être totalement juste avec la fin de l’épisode… entre autres parce que c’est difficile de suivre une série lorsqu’on est accroupie en position fœtale sous son bureau.

Pourquoi Pure a-t-elle choisi les Mennonites comme sujets ? C’est pas entièrement clair à mes yeux.
Si, ok, oui, bien-sûr, je comprends que l’idée est en partie de confronter l’image de « pureté » que l’on a de cette communauté (un idéal qui semble être celui des Mennonites eux-mêmes) aux thématiques par essence violentes du trafic de drogue. Ça ne m’a pas échappé du tout, je vous rassure, mais si c’est juste pour insister sur le côté immoral des trafiquants, franchement, fallait pas se donner autant de peine. Au-delà de ça je ne comprends pas ce qu’elle veut en faire une fois qu’il est établi que les Voss sont une exception à la règle (au moins dans la communauté qui nous est montrée), et que Funk se présente comme un pilier moral apparemment indéfectible. Si encore Pure essayait de me laisser penser que Le Gentil va devoir faire des concessions morales pour réussir à éliminer Le Méchant de la communauté qu’il avilit, je ne dis pas. Mais ce n’est pas l’impression que ce premier épisode laisse du tout !
Au bout du compte, on se retrouve avec le sempiternel type de séries qui jouent au policier et au voleur, avec un twist essentiellement cosmétique. On tourne en rond ! Peut-être que ces questions trouvent leur réponse dans les épisodes suivants, qui admettent éventuellement plus de complexité, mais regardez-moi bien : j’ai une tête à perdre mon temps à attendre que ce miracle se produise ?

Elle n’est donc pas encore née, la série nord-américaine qui s’intéressera à la vie spirituelle d’une minorité religieuse comme les Mormons, les Mennonites, les Amish ou encore les Huttérites (par exemple). C’est plus facile de plaquer une enquête sur quelque chose, que de l’interroger intimement, j’entends bien. Mais ce n’est pas la raison pour laquelle ma curiosité peut être piquée par une série comme Pure, et c’est ce qui explique que je n’y reviendrai donc plus.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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